Ce que m’a appris la semaine…

…c’est que Nicolas Sarkozy allait être candidat. Eh, cela m’a un peu décontenancé…

Mis à part ça, j’ai survécu à un autre choc inattendu. Toute la semaine, j’ai été confronté à la violence du temps. Un temps qui manque, un temps qui court et un temps qui se laisse dompter pour peu qu’on ait le loisir de lui passer la bride.
L’accélération du temps, ses à-coups et ses ruées vers l’avant empêchent justement d’avoir un temps d’avance, tout en procurant une l’adrénaline pure de la lutte contre la mort allégorique de la pensée qui fuit. Je repense au mouvement slow science, dont l’attrait était justement de montrer que le temps de l’efficacité était aussi le temps de la réflexion. Je ne comprends pas l’éloge d’une maïeutique au forceps, l’avantage irremplaçable que peut avoir un bataillon de cerveaux coincés pendant quelques jours en lieu clos pour réfléchir à une révolution quelconque sur laquelle on ne reviendra ensuite que de manière périphérique dans la plupart des cas – ceux qui y reviendront en profondeur seront ceux qui, de toute façon, y travaillent sur le long terme. Ceux qui y reviendront en profondeur, pourquoi participent-ils à ce genre de dispositifs ? Est-ce le nouveau sport extrême des intellectuels ? Ou un modèle chic et smart d’un loft, censé répondre à une vacuité des modèles hypermodernes téléréalitesques – une hypermodernité vidée de son intérêt par la rapidité avec laquelle elle a été jugée.

Le temps qui manque, c’est toujours du temps pris sur l’échange, du temps volé à l’enrichissement des uns par les autres. Avoir le temps de ne rien faire correctement, ce n’est même pas seulement aboutir à des choses sans recul et sans perspectives, c’est surtout produire des avatars des solitudes modernes, des objets ronds qui sans aspérité fonctionnent en autonomie.
Le temps de l’échange doit se structurer en amont et en aval de la conception d’un projet, qu’il s’agisse d’une conférence, d’une plateforme web, d’un événement particulier… Il doit permettre de concevoir le projet avec ses usagers, de confronter les vues des participants aux vues des experts (petits systèmes humanoïdes tout ronds également).

La frustration de l’échange complète la frustration du benchmark. Nous sommes peut-être trop nombreux dans les institutions culturelles à connaître ces deux sensations de n’avoir pas pu comprendre, de n’avoir pas pu reconnaître les frontières de notre sujet, d’y aller autant au bluff qu’au savoir lorsqu’il s’agit de finaliser un projet, de fermer la porte d’une salle de conférence en laissant à l’intérieur un public à qui nous avons plus cherché à ouvrir l’esprit que d’entrer en contact avec lui… Quoi, ce public n’est-il pas autant sujet qu’objet dans notre cas ?! Et de toute façon, pris dans son tourbillon temporel, l’esprit ouvert du visiteur ne s’apparente-t-il pas seulement à une voie d’eau ?

Accroché au dessus du vide, pendant au bord du précipice, l’individu hypermoderne que nous sommes a besoin de savoir gérer le temps qui le fait déraper. Pendu à l’aiguille de l’horloge qu’il alourdit, prêt à se soumettre à la gravité en lâchant prise au temps, l’individu hypermoderne que nous sommes cherche à se sauver en agrippant la première timeliane à sa portée. Le réseau est devenu le lieu où chacun met en commun son temps de pensée, créant un cerveau plus puissant, plus rapide. Mais ne voit-on pas que nous sous-exploitons cet outil extraordinaire à cause de contraintes issues d’un mode de fonctionnement individualiste ?

Voilà où j’en suis de mes réflexions alors que mon train arrive en gare. De Paris à Lille, en twittant et en envoyant flopée de sms, j’ai pris une heure pour écrire cette petite chronique. Mon TGV m’a fait gagner du temps (je me réjouis, il m’en vole si souvent), exploité à entamer cette rédaction express. Fin de la semaine placée sous le signe du temps ? Pour la semaine prochaine, je m’attends un peu à avoir des problèmes d’éthique professionnelle… Mais peut-être qu’il y aura un autre enseignement.
Advertisements

Un commentaire

  1. lizarewind

    Cela recoupe mes réflexions aussi. J’essaie de relater les sujets auxquels je m’intéresse dans la semaine (dans word) et de les développer un peu mais il serait nécessaire de revenir dessus pour pousser le raisonnement, et approfondir davantage. Manque de discipline peut-être pour résister au flux. En même temps, souvent les mêmes sujets et questions reviennent et on se retrouve indécis sur la forme à leur donner. Lire et discuter dans les timelines et sur les blogs nous entraine à réfléchir, en ce sens l’individualisme n’est pas si totalitaire. Il y a qd même bc de générosité dans les échanges. Je crois que le web a une histoire et que nos usages personnels ont également leur propre histoire (découverte, maturité, remise en question etc…), ces pb de temps deviennent actuels au point où nous en sommes (reflexivité vs naturalité des usages). La question n’est-elle pas comment créer ? Et comment s’arracher à la superficialité sans perde le fil… L’hypermoderne quadrature du cercle 😉

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s