Que pouvons-nous faire de Muséomix ?

Muséomix est une expérience. Cette année, la deuxième édition à été lancée à la maison du Rhône par une concertation collective sur le choix des musées qui ont répondu à l’appel à participation. Contrairement à l’année dernière, je me suis rendu à cette réunion afin de voir dans quelle mesure il était possible d’apporter ma pierre à l’édifice. J’écris cet article dans le but de mettre en avant certains éléments qui ont à mon sens manqué lors de la première édition et ainsi de ne plus être en position de simple critique. Il reflète mon point de vue particulier, avec des centres d’intérêt qui m’incitent à mettre en lumière certaines choses, et d’autres moins. J’invite donc le lecteur à commenter, augmenter cet article, mais aussi à consulter la documentation disponible directement sur le site de l’événement.

Je suis allé à Muséomix et…

Il fallait se rendre dans les beaux quartiers pour le lancement de Muséomix. J’étais donc vraiment en terrain inconnu ! Je me suis rendu compte que le public présent était un peu différent de celui des museogeeks habituels : Muséomix permet à une communauté plus large de se rencontrer et de tenter de créer quelque chose.

Cependant, ces cultures différentes, ces attentes différentes, sont forcément plus difficiles à combler, à agencer les unes avec les autres. Ainsi pour Anthony Masure, que j’ai rencontré juste avant le rendez-vous, l’introduction était « brouillonne et manquait de socle théorique. » (voir le très utile Storify de Nicolas Loubet). Il est vrai que moi aussi j’ai eu cette impression : l’effervescence créée par toutes cette énergie n’était pas canalisée.

En arrivant sur les lieux, je n’avais qu’une vague idée du programme de la soirée. Celui-ci consistait en fait surtout en une présentation des musées qui candidataient pour recevoir l’événement. Contrairement à ce que je redoutais, aucun des trois n’était parisien : la deuxième édition aurait forcément lieu en banlieue parisienne ou en province. Bonne nouvelle, car à mon sens Muséomix avait cette ambition d’aider aussi et surtout de plus petites structures à adopter des solutions de médiation nouvelles, respectant des budgets souvent bien différents de ceux des grandes institutions, sur des territoires moins propices.

Cependant, très vite, les choses ont pris un tour moins favorable : les musées étaient venus sans projet. Ils n’avaient en réalité aucune autre envie que de demander une expertise à la communauté, qui leur permettrait de résoudre comme par miracle les problèmes de médiation qui étaient devenus les leurs.

Quoi ! Muséomix est devenu un expert ? Après une conversation avec Yves-Armel Martin, je me suis rendu compte que la démarche manquait cruellement de réciprocité, alors que pour moi Muséomix aurait dû fédérer et encourager les positions amateurs afin de faire évoluer les musées en symbiose avec eux. Voilà une impression fort déplaisante de ce que peuvent comprendre les musées d’un dispositif qui avait tant de promesses à sa naissance…

Est-ce vraiment collaboratif?

Pour rajouter une couche à cette mauvaise impression, un twitte a été diffusé pendant la soirée par le compte de Muséomix : « Le but de notre soirée de #museomix 2012 : quels sont les enjeux des candidats ? Les questions qui émergent ? Aidez-nous à choisir ! »
Peut-être « notre soirée » englobe-t-elle bien les participants dans une démarche collective, admettons. Mais cette interprétation tient plus difficilement définitivement lorsqu’on lit « aidez-nous »… Il y a bien entre ceux qui choisissent et ceux qui aident une différence, qui crée donc un troisième groupe distinct de celui du musée et des organisateurs : celui des participants. La réciprocité tant recherchée est une fois encore absente de l’organisation proposée et  on est assez loin dans ce cas d’un mode de gouvernance nouvelle. Il faudrait pouvoir faire en sorte qu’on ne cherche pas à se faire aider, mais simplement à participer au choix… Mais peut-être ne s’agirait-il ici que de mots auxquels il ne faudrait pas s’attacher plus que ça (déformation de sémioticien). Et alors qu’une organisatrice n’a cessé de répéter tout au long de la soirée un ralliement ambigu sous forme de « C’est vous qui allez bosser après tout », un autre twitte « Ne te demande pas ce que Muséomix aurait pu faire, mais fais-le ». Alors, quelle direction prendre?

Car pour assurer un comportement collaboratif et pallier les quelques défauts de la première édition, l’équipe organisatrice a fait ce qu’il fallait ; une organisation a été présentée, qui clarifie le rôle de chacun. Des groupes se voient attribuer des tâches spécifiques, et au sein de ces groupes une sorte de petite équipe encadre les participants…
Cela ne vous rappelle rien ? Moi si. En fait, ça a un sacré goût de quotidien.

Désolé de le dire, mais plus j’y réfléchis et plus je trouve que ce petit détail a même un arrière-goût de déception. Encore une fois, l’ambition du Muséomix de changer un peu les méthodes de gouvernance des institutions culturelles afin de retrouver le goût du partage des savoirs est plus que justifiée. Mais comment penser qu’on puisse profondément changer ces structures si on les reproduit en réponse aux problèmes nouveaux rencontrés par les organisations fortement décentralisées qui sont la raison d’être de Muséomix?

L’adaptation maladroite de ce système cloisonné ne semble pas permettre a priori une meilleure organisation transversale des projets que celle que nous connaissons déjà. Peut-être cela fonctionnera-t-il cette année car les participants ont cette culture, cette volonté. Mais il ne faut pas oublier que les membres fondateurs d’une institution ont toujours des buts nobles qui, petit à petit, sont dévorés par la nécessité de structurer son action.

L’un des grands défis de Muséomix est de répondre à cette institutionnalisation des projets collaboratifs, de mettre en place une structure qui en garantisse l’esprit autant que la lettre. La première édition ne m’avait pas donné satisfaction, la seconde ne semble pas en prendre le chemin non plus. Mais je concède qu’il faudra réaliser une évaluation de ces dispositifs organisationnels sur le long terme – ceux-ci sauront peut-être évoluer au fil des ans.

Muséomix, et après ?

En attendant de réaliser ce travail pour la deuxième édition, il est déjà possible de chercher à comprendre ce qu’on a retiré de la première.

Je crois avoir souvent été assez explicite sur le sujet, aussi quelques-uns d’entre vous savent déjà ma position tranchée sur Muséomix autant que l’espoir que je peux placer dans ses différentes itérations à venir. Aussi, une fois encore j’invite le lecteur à prendre d’autres points de vue et à compléter le mien en commentaires de cet article s’il le juge nécessaire.

Car pour moi, le bilan de la première édition de Muséomix renvoie surtout à une perte d’ambition. De nombreuses fois, il m’a été répondu à ce sujet par Sébastien Magro (voir son retour sur Muséomix #1) que, contrairement à ce que je pensais, le dispositif n’avait pas le dessein de transformation globale que je lui prêtais. Mais ma perception n’avait pas été celle-là – un groupe de la deuxième édition a d’ailleurs été mis en place de manière à contrôler l’image que produit Muséomix de lui-même.

Mes deux critiques principales à l’égard de la première édition ont donc été cette impossibilité à mettre en acte ce but présupposé, d’une part. Mais je mettrai cette critique de côté pour renvoyer à la question de l’expertise traitée ci-dessus : le groupe des amateurs est vu par les institutions comme un regroupement d’experts, une sorte de prestataire de la dernière chance. Il serait alors impossible de modifier en profondeur cette structure, commanditaire d’un travail dont elle pose les cadres qui la préserveront. Je continue à penser qu’une plus grande radicalité, un positionnement plus ferme dans la volonté de changement auraient grandement profité à toute la communauté, aux musées… au secteur culturel dans son ensemble.

D’autre part, voici donc ma deuxième critique. À y regarder de plus près, les deux sont en quelque sorte liées. Je crois même que la seconde est la cause de la première. Ce que je retire de première édition, c’est effectivement le modèle de gouvernance choisi pour le projet. Là encore, de nombreuses conversations m’ont aidé à mettre des mots sur une impression diffuse : il y a bien un modèle qui préside à la gouvernance de Muséomix. Cependant, la définition de celui-ci n’est pas partagé entre ses membres organisateurs (pour preuve, les oppositions citées plus haut), ni même conscientisée par ses participants. Ce modèle est pour moi celui de l’anarchie politique. Un modèle qui à mon sens, d’ailleurs, n’est pas assez étudié et mis en rapport avec les projets sociaux et collaboratifs, lesquels préfèrent souvent puiser aux sources théoriques du libéralisme (acquérant une plus grande légitimité lorsque les plateformes sociales finissent par se revendre des millions…)

Je le dis tout de go, je ne crois pas à ce modèle. Il a selon moi des faiblesses de fond et de forme qui l’empêchent de maintenir une gouvernance anarchiste lorsqu’un système devient trop important. Et je crois que le système Muséomix a réussi dès le début à atteindre cette taille critique. Des enjeux particuliers, ou pour le moins des horizons d’attentes et des habitudes de faire, ont ainsi très vite brouillé les schémas collectifs.

Si on analyse un tant soit peu la composition des membres « fondateurs » de Muséomix, d’ailleurs, ces divergences inconciliables sont facilement visibles. Il eût fallu un réel effort pour les rendre minoritaires dans la façon dont le projet a été pensé. Ce non-dit a mené, à mon sens, à un refus de penser des solutions et des positionnements communs plus exigeants que les simples déclarations de principe consensuelles auxquelles j’adhère autant que les autres.

Il n’existe ainsi pas de moyen d’empêcher le devenir-spécialiste ou le devenir-expert du projet. Pas de moyen pour le moment d’en faire autre chose qu’une machine à produire de l’expertise et des prototypes qui pourront ensuite à loisir être exploités par les uns ou les autres. Je n’ai d’ailleurs à ce sens pas compris clairement comment les copyrights (ou autre forme de droits) étaient attribués au sein de Muséomix : tout le monde est-il propriétaire de tout, ou seul le groupe peut-il développer un projet issu de la réflexion collaborative ?

Ce qui pourrait m’amener à de nombreuses autres questions, dont celle du modèle économique. Un défaut récurrent dans l’anarchie politique, d’ailleurs. Comment justifier de penser la survie d’un dispositif au sein d’un système qu’on cherche à contourner, à assécher ? Muséomix n’a alors pas tenté de mettre en place de valorisations des projets, de financement collaboratif… Quoi d’autre ? Son financement semble basé sur les partenariats et autres formes de mécénats classiques. À l’heure où le financement de la culture est un des enjeux premiers de sa survie, Muséomix est pour le moment passé à côté de la question. Une bonne illustration du fait qu’en évitant de questionner des évidences pour assurer chacun de sa probité, on oublie de traiter les questions économiques. On ne peut pas pour le moment accuser les organisateurs, majoritairement des agences de conseils ou de prestations cultuelles, d’avoir instrumentalisé le projet ; pourtant, rien n’a été pensé sur ce terme. Peut-être a contrario une volonté de ne pas investir le marché déjà dur par des solutions collaboratives?

Une entreprise osée.

Entre la volonté de mettre à bas le musée Cathédrale (voir Le musée-Légo, de Samuel Bausson) et la réalité du hacking provisoire des musées, la première édition a donc ménagé un espace qui motivé ma critique sur le fond.

De l’extérieur, il semble que le fantasme du musée d’Art (je mets ici la majuscule à dessein) ait guidé la conception de l’événement. À mon sens, l’image du musée Cathédrale doit beaucoup à ce type de conservateurs qui ont une plus haute opinion des avatars culturels dont ils ont la charge que des autres. Mais, enfin… Danser dans une salle de musée ? Tout libre que je me crois, je n’en ai jamais eu envie. Si ce peut être un symbole, ou même une envie pour certains après tout, portés par la douce euphorie des œuvres, pourquoi pas ?

Les symboles sont souvent marginaux et il faut les comprendre comme des symptômes – le musée empêcherait donc le rapport spontané à l’œuvre, relation qu’il faudrait privilégier parmi d’autres ? Or, ce n’est pas celui qui est porté par les musées de manière prioritaire, force est de le constater ; il ne resterait pas de nombreuses solutions pour retrouver ce lien direct à l’œuvre. Pourtant, le réel enjeu selon moi n’est pas la destruction du musée dans un geste néofuturiste ou un ersatz dada ; il serait plutôt de faire évoluer les règles muséales (grand fourre-tout de règles de conservation, de vivre ensemble, de muséographie, etc.) pour leur permettre de sortir de carcans parfois plus étroits qu’il n’est nécessaire.

Pour moi, Muséomix est un grand mouvement de prise de conscience collaborative du pouvoir que les cultures numériques peuvent avoir sur les musées. Mais à la lumière de ce que j’ai pu écrire plus haut, l’événement n’incarne pas encore ce possible – j’ai souvent dit qu’on ne saurait vraiment ce qu’est Muséomix qu’après plusieurs itérations. Voici la deuxième, voyons et surtout…

Faisons.

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15 Commentaires

  1. Aude MATHEY

    Pour ma part, je n’ai pas été sélectionnée pour participer à Muséomix et à mon sens, ce n’est pas plus mal car comme toi, je pensais que l’on réfléchissait à une transformation globale de l’institution musée. Encore que j’ai dû m’y prendre à plusieurs fois pour comprendre le projet, qui, à mon sens, n’était pas très clair, mais peut-être était-ce voulu ?

    Evidemment que les musées souhaitent « utiliser » les participants de Muséomix comme des « experts » ou des « spécialistes » et gratuitement qui plus est ! Peut-être serait-il intéressant de faire participer ces mêmes structures à leur transformation ? Car il est illusoire de prenser qu’ils suivraient d’eux-mêmes une voie tracée par d’autres. Le meilleur moyen d’avoir une transformation efficace est d’associer le personnel de différentes structures (et de façon officielle, non pas des individus intéressés par ce projet et qui interviennent seulement à titre personnel).

    Enfin, je te rejoins sur le fait que danser dans un musée n’est pas vraiment ce que je recherche comme nouvelle façon de l’appréhender. Je m’attendais effectivement à un travail plus orienté sur les nouveaux publics, dépasser cette logique de CSP… surtout quand on sait que ces mêmes CSP (+ et ++) se retrouvent de façon très majoritaire dans l’utilisation des outils numériques. Donc, peut-être n’ai-je pas compris le but final de cette rencontre même si j’imagine que son intention est louable et peut mener à quelque chose. Mais à quoi ?

    • yam

      > Serait-il intéressant de faire participer ces mêmes structures à leur transformation
      Bien sur, c’est un des objectifs. Il a été difficile à tenir avec le musée des Arts déco. Du coup nous avons pu en faire un point important dans l’étude des candidatures des musées pour la 2eme édition, et les 3 candidats avaient bien compris l’enjeu de ce côté.

  2. Raphaël

    Lors de la première édition de Museomix (où je n’ai pas candidaté parce que bon, un week-end de trois jours, vaut mieux en profiter pour ne pas rester sur Paris), j’étais un peu mal à l’aise face à la communication. Je trouvais que celle-ci n’était lisible que via les « lunettes », le vocabulaire, d’un milieu recouvrant les métiers des technologies de communication, avec une forte attention aux problématiques de design.
    Un exemple qui trahit ce point de vue très ciblé se retrouve sur la page « Visions » du site Museomix, où les publics des musées sont nommés des « utilisateurs », un terme très connoté à mon avis et qui évoque la figure de l’utilisateur de logiciel (et me rappelle l’importance dans le discours des entreprises et services publics que peut prendre le choix du terme usager ou client).
    Certes, j’ai les deux pieds dans ce milieu et j’ai plus « fait semblant » de ne pas comprendre la communication, mais j’ai un penchant pour le « no-bullshit », quand les choses sont d’une part expliquées dans des termes communs et d’autre part quand elles le sont plus en termes concrets, d’actions, que de « visions ».
    De ce que j’ai compris de cette communication et, bien qu’elle utilise ce mot avec une relative parcimonie, le dispositif Museomix est là pour « produire de l’innovation ». Objectif suprême des communautés TIC évoquées plus haut, valeur porteuse d’un discours optimiste repris allègrement dans les médias et en politique, promue dans de nombreuses entreprises des domaines les plus variées (et figurant même dans le nom de mon employeur), l’innovation n’est pas moins un mot complexe à définir et qui s’avère insaisissable: reconnaissable quand elle se produit, quasiment indétectable en amont, difficilement provoquable.
    Chercher à produire de l’innovation c’est, plus qu’une « recette magique », chercher mettre de son côté toutes les chances, en faisant par exemple se rencontrer des gens qui ne se rencontrent pas naturellement. De nombreuses méthodologies existent, dont les logiques se nomment « co-création » ou « innovation ouverte ». Et c’est le métier de certains des organisateurs de Muséomix. Mais généralement, leurs clients, ce sont des entreprises, souvent d’une taille suffisante pour se permettre de payer ce type de prestations. Mais d’une part, ce n’est pas aussi prestigieux que le monde des Musées et surtout, quand on a réussi à aider une boîte à améliorer un produit ou un processus interne, on ne peut pas facilement mettre en valeur son travail sans toucher à des informations que l’entreprise veut garder confidentielles.
    Donc à mon avis, il n’y a pas vraiment de problème de modèle économique, Museomix est théoriquement un très bon moyen de mettre en valeur ce travail d' »intermédiaire en innovation ». Et cela explique également l’importance que revêt la séparation entre l’organisation et les participants, puisqu’il s’agit de « vendre » le premier (mais pas aux musées, qui n’ont pas d’argent) et pas directement le travail des seconds, qui ont ici le rôle des employés de l’entreprise cliente.
    Mais alors, quelle est la position des participants ? Sont-ils exploités pour fournir du travail gratuit ou sont-ils incités à libérer leur esprit créatif ? Il s’agit d’un point sensible du dispositif, où résident des ambitions difficiles à concilier.
    C’est aussi, j’imagine, la raison pour laquelle j’ai dû lire entre les lignes de la communication. Ceux qui connaissent les problématiques du « design thinking » auront reconnu des processus de conception qui leur sont chers et auront à coeur de vouloir y participer. Quant aux autres, je conviens qu’il ne faut pas trop les effrayer, mais je n’ai pas l’impression que grand chose est fait pour les attirer.
    Je pense que le dispositif de Muséomix est tout à fait capable de créer des dispositifs « créatifs » et « nouveaux ». Mais il ne s’agit que d’une seule dimension de ce qu’est l’innovation (et à mon avis, pas la plus déterminante, car pour qui prend soin de veiller, nous sommes bombardés quotidiennement de nouveautés en attente de devenir des innovations). Il est important également de s’assurer que les dispositifs s’articulent avec les habitudes existantes et apportent une plus-value, aussi bien au public qu’à l’institution muséale.
    Ces éléments, essentiels, impliquent de prendre en compte un certain nombre de contraintes liées au musée, aux collections et à la rigueur scientifique du discours autour des collections. Ces contraintes, loin d’empêcher la créativité, impliquent néanmoins une autre relation entre les participants et les musées, nécessitant plus de temps passé à faire des activités qui ne sont pas directement créative et qui, oui, donneront plus aux participants de « travailler gratuitement pour le musée ».
    Si l’on revient au « profil-type » du Muséomixeur, très lié à la communication autour de l’événement, je suis entièrement d’accord avec Aude, il y a un décalage important avec à la fois les publics et les personnels des musées, principaux concernés par ce que les participants sont censés produire.
    Le « Mix » est à mon avis assez déséquilibré: s’il vaut la peine d’y avoir des community managers pour leur expérience en communication, s’il y avait quelques médiatrices et médiateurs culturels plus au courant des problématiques de la culture, où étaient les spécialistes des oeuvres qui étaient les supports de l’exercice, ceux qui connaissent le contexte historique des oeuvres, ou les techniques employées (d’un point de vue théorique ou même pratique, n’excluons pas les potiers d’aujourd’hui pour parler de poterie d’il y a 20 siècles) ? Qui était là pour penser les questions d’accessibilité aux publics handicapés ? Et pourquoi pas les surveillants de salle et personnels de sécurité ? Après tout, ils sont aux premières loges pour voir ce qui accroche l’oeil des publics au quotidien…
    Du côté des personnes sur-représentés, on a attaché trop d’importance aux technologies. En trois jours, vouloir sortir un prototype à tout prix, c’est mettre la charrue avant les boeufs. De plus, si l’innovation implique une articulation des outils aux usages existants, il vaut peut être mieux moins chercher à pousser des technologies certes séduisantes et appréciées de certains milieux, par exemple les composants d’un FabLab (découpe laser, imprimante 3D, etc.) et pousser des non-techniciens à réfléchir aux interactions de leur quotidien (mobile, signalétique, etc.).
    Enfin, le principe même de la co-création est d’associer les « clients » de l’entreprise qui fait cette démarche, ou plutôt ici, les publics. Où seront-ils, ces publics, qu’on préfère appeler utilisateurs (terme qui implique qu’ils aient *déjà* un usage du musée) ? Il ne reste plus qu’à espérer que les habitants des cités de Vénissieux soient téléportés au musée gallo-romain en plein milieu de Muséomix.

    • yam

      Sur le mix des participants, contrairement à ton impression les médiateurs étaient les plus représentés (16,7%) contre moins de 10 % pour les profils com (community manager + blogueurs). Par contre c’est vrai qu’il manquait des représentant des publics (quoique de nombreux museomixeurs n’avaient d’autre relation avec le monde des musées que celle de l’amateur) de même que le musée qui accueillait n’était pas assez présent dans les équipes. Sur ce dernier point, le musée de Fourvière devrait être beaucoup plus impliqué.

    • Sébastien Magro

      Raphaël : à propos des profils des participants et l’implication du personnel d’accueil, notamment, je t’invite à consulter mon retour d’expérience sur Muséomix (que Gonzague a linké au lmilieu de son article) : http://bit.ly/PrpQVi.

  3. Omer Pesquer

    Merci Gonzague pour ce article très pertinent, dont je partage globalement les propos.
    A mon sens, il y a beaucoup trop de flou autour des positions et de des véritables objectifs Museomix… Quand on regarde la présentation de Julien Dorra à TEDxParisUniversités http://youtu.be/I2d8VqIRs6o , il raconte une histoire sur la constitution de Museomix en utilisant systématiquement le « on » (toutefois en se mettant en avant lui-même avec un « je » originel – passage sur Orsay Commons). Qui est ce « on » ?
    Le discours de Museomix est par ailleurs bien souvent en opposition, celui du bazar CONTRE la cathédrale Alors que la culture numérique comme l’indique si bien Serge Tisseron ne favorise pas une pensée qui exclue les contraires mais elle les accepte.
    En dehors du flou et discours, il y aussi la « méthode » qui se base sur les hackathons « 3 jours pour « remixer » le musée ensemble ». Sur les hackathons, je partage l’opinion de Ryan Carson http://goo.gl/N44ta , de plus cette « méthode » met à l’écart au niveau des participants certains individus, je pense particulièrement aux introvertis (dont parle si passionnément Clive Thompson dans le Place de Toile du 21.07.2012 http://goo.gl/x2UtS) et ceux qui ont une vie famille ! (J’appartiens à ces deux catégories.)
    Et pour finir, le mécanique Museomix sous entendrait aussi que l’on peut créer et installer rapidement des prototypes dans les musées. Même si je suis toujours très partant pour des expériences communautaires et attaché à la philosophie du libre, à ce niveau, Museomix et son offre gratuite s’oppose à mon travail quotidien. En tant qu’indépendant, je lutte tel un marathonien pour faire avancer les idées, mettre en place des expériences et des dispositifs. Un travail qui comme tout travail doit trouver le moyen d’être viable au niveau économique, ce qui est loin d’être facile !

    • yam

      Certains choix d’organisation, comme le fait d’organiser Museomix un week end, posent problème à certains et notamment aux professionnels comme toi, Gonzagues ou moi qui travaillons sur ce sujet toute la semaine et préfèrerions l’intégrer dans notre temps de travail plutôt que de le prendre sur le temps personnel. Mais nous en avons discuté et au final ce serait privilégier les professionnels du secteurs (les experts visés par l’article) contre les amateurs. Et que ce soit pour les étudiants, les professionnels dont ce n’est pas le sujet principal, les amateurs le week-end est un meilleur compromis. Les amateurs sont donc privilégiés….

      Quand aux introvertis, je pense que tu as raison, le format d’une manifestation privilégie certains profils. Plutôt qu’aux introvertis, je pense aux caractères secondaires, ceux qui ont besoin de recul et qui voient à plus long terme : un des participants me confiait que c’était allé tellement vite pour lui la première demie-journée qu’il s’était retrouvé embarqué dans une équipe sans avoir eu la possibilité de percevoir et d’exprimer ce qu’il portait lui même. C’est effectivement un inconvénient des évènements courts avec beaucoup d’énergies ramassées. Les plates-formes en ligne pourraient aider à palier à ce défaut en introduisant les sujets avant la rencontre et en trouvant le moyen d’aider les participants à déjà se construire un projet. Mais il faut préserver aussi l’ouverture et la spontanéité. On a vu aussi que des projets qui avaient été préparé au préalable par des participants avaient eu ensuite plus de mal à fonctionner en équipe car ils manquaient de co-construction.
      Une fois ceci dit, comment fait-on pour réussir cet avant Museomix… ce n’est pas évident.

      Sur la question des dispositifs je t’ai (en partie) répondu dans mon autre commentaire.

      Amicalement,

      Yam

      • Omer Pesquer

        Merci Yam pour ta réponse.
        Personnellement, j’ai de plus en plus de mal avec le terme amateur et ce qu’il « couvre » exactement.
        Ainsi parmi les participants (amateurs) de la première édition de Museomix , il y avait quand même une bonne proportion de pros des musées et du numérique (ou des pré-pros) http://www.museomix.com/les-participants/ . #museogeeks
        Amicalement
        o m e r

  4. yam

    Merci pour ton article qui soulève un certain nombre de questions. Du coup, il y a plusieurs points qu’il me semble importants de préciser :
    – tout d’abord que l’objectif de Muséomix n’est pas de fabriquer des dispositifs numériques pour les musées. Cela peut être un moyen mais aucunement un objectif. Ce n’est pas une fabrique à dispositifs technologiques innovants. Pour cela, il est nécessaire d’avoir des temps longs et le modèle que l’on développe au muséolab me semble beaucoup plus adapté (mélange de temps très courts créatifs, de temps courts de prototypage, de temps long de confrontation à des publics choisis avant d’aboutir après itération à une utilisation in situ face à un public large). Quand on regarde d’ailleurs le résultat du travail des équipes de Museomix 1, pour certaines la valeur n’est pas dans la technologie (certaines n’en ont aucune d’ailleurs !) mais dans l’analyse du lieu, les contenus produits, l’histoire raconté, le regard différent porté sur le musée, l’impact sur les personnels du Musée…
    Il peut sortir de Museomix des dispositifs technologiques particulièrement adaptés au musée, ou un usage innovant de la technologie, mais ce n’est pas la finalité.
    On peut tout à fait imaginer des projets sortis de Museomix qui n’utilisent pas de technologies numériques. Les réalisations du SFMOMA’s Art Game Laboratory sont le bon exemple de tels projets : no tech / expérience nouvelle et collective du musée.

    Par contre, c’est vrai que l’on voit émerger de museomix des équipes de personnes qui ont envie de continuer de travailler ensemble et de pousser des collaborations. Ces équipes peuvent entrer dans les temps long dont je parle précédemment qui aboutiront à la production de solutions et d’équipes capable de les développer.

    C’est pourquoi j’avais répondu à ton tweet qui pointait le manque de caractère innovant des dispositifs technologiques utilisés que ce n’était pas le propos de Museomix. C’est aussi pourquoi je ne pense pas que Museomix concurrence Omer, même si je comprend qu’il puisse souffrir des raccourcis qu’on en fait.

    Il y a donc un hiatus sur le « numérique » dans Museomix. Nous le comprenons comme une culture numérique qui change nos manières de travailler, de collaborer et peut être notre regard sur le monde. Il est compris comme dispositifs de médiation numérique. Est-ce du à la présence d’Erasme (pour le coup notre métier est bien dans le développement d’usages innovants du numérique) et consorts ou à la fascination que nous avons tous pour les nouveaux possibles apportés par la technologie ? En tout cas, il y a effectivement un message à clarifier et à défaut de vouloir « contrôler » la communication comme tu l’indiques, il est au moins nécessaire de mieux expliquer ce qu’est Museomix.

    – sur la question connexe des experts/amateurs. Il se trouve que ce sont ceux qui ont déjà un pied dans le sujet qui sont les plus près à donner. Tout simplement parce qu’ils comprennent mieux les enjeux et bénéfices de ce type de démarche alors même que celle-ci n’est pas finement définie. Donc naturellement au début de ce type de projet, on trouve beaucoup de personnes connectées, expertes dans les domaines concernées. C’est avec l’expérience que le rôle de Museomix sera mieux défini et mieux compris. Avec le temps les choses évolueront, la participation de public moins geek sera plus facile à obtenir. Déjà sur l’implication du musée il devrait y avoir une évolution sensible cette année.

    Sur le fond, quand les uns et les autres avons imaginé Museomix, nous souhaitions aller au delà des nombreux débats que nous avions pour enfin le faire et le vivre ensemble. Construire une expérience qui ait une valeur en soi. C’est pour cela qu’avant d’instrumenter muséomix pour en faire une fabrique à dispositifs innovants ou un réformateur de musée, il faut le voir comme une expérience qui nous fait vivre autrement, habiter autrement le musée. Que les fondateurs de Museomix aient des cultures, des métiers et des points vues différents est à mon sens une richesse et intègre dans l’ADN de Museomix cette part de métissage et d’indéterminé qui fait sa richesse. J’aimerais qu’on puisse arrêter de se situer toujours sur le terrain de l’efficacité (MX ça sert à ça) pour s’ouvrir à celui de la fécondité (nous avons vécu ça ensemble).
    J’aimerais que cette année on puisse aussi proposer une expérience véritablement partagée à ceux qui sont à distance. Tu m’as dit que ce sera ton cas, c’est pourquoi si tu veux t’atteler à cette tâche d’inventer cette participation distante il y a là un véritable défi.

    Je ne répond pas à tous les points de ton article car j’en suis bien incapable et qu’il soulève des vrais problématiques. Sur les questions d’organisation et de leadership par exemple, si tu as des propositions concrètes nous sommes complètement à ton écoute, mais nous avançons aussi pragmatiquement avec nos maigres moyens.

    Amicalement,
    Yam

  5. juliendorra (@juliendorra)

    « le musée empêcherait donc le rapport spontané à l’œuvre, relation qu’il faudrait privilégier parmi d’autres »

    Personnellement, ce n’est pas et n’a jamais été mon but ou ma vision. La relation spontané à l’œuvre n’existe pas.

    Je note même qu’un musée réactionnaire comme Orsay fait justement appel à cette supposé relation directe pour l’opposer à la relation photographique à l’œuvre.

    Je n’ai pas perçu que les participants et organisateurs de Museomix 2011 aient été dans cette position naïve et caricaturale. Les prototypes produits en 2011 ne vont *vraiment* pas dans ce sens.

  6. Sophie Tan - Ehrhardt

    Après avoir lu les différents commentaires, il m’est venue une réflexion d’ordre pratique. Je pense qu’il y a un gap naturel entre la volonté légitime de créer une communauté, de créer un moment d’échange et de partage, et les contraintes techniques liées à l’organisation d’un événement de cette ampleur. Soyons réalistes, il n’est pas possible de recréer en live les avantages participatifs des communautés internet où tout le monde peut intervenir facilement et où la modération s’auto-régule de façon intelligente. Organiser Museomix dans un cadre muséal implique de respecter des règles qu’on le veuille ou non. Il faut tenir compte des déplacements des participants dans le musée, organiser la logistique pour acheminer des repas, prévoir du wifi, privatiser un espace de travail, gérer des horaires, un planning, etc… Même si nos envies de « bousculer » le musée-cathédrale et de proposer une autre forme d’utilisation du lieu sont légitimes, on ne peux pas pour autant venir et, pardonnez-moi l’expression, « tout foutre en l’air ». Il faut y aller pas à pas.
    D’où la nécessiter d’organiser et d’avoir des « officiels », et il y en a effectivement quoi qu’on en dise. Je ne pense cependant pas que ce soit un mal, au contraire. L’absence d’organisation est ce qui engendre le plus de frustration car alors on ne se sent pas écouté et inclus dans l’événement. En résulte un sentiment commun à de nombreux museomixeurs de la première édition , celui d’être « passé à côté »… Un certain goût d’inachevé…
    De même on avait beaucoup critiqué l’attitude des gardiens de salles du Musée des Arts Déco lors de la première édition, pour leurs gestes ou mouvements d’humeur face à notre débarquement en force dans le musée. Certains n’étaient même pas au courant de l’événement. Je me mets 5 min à leur place. Ils sont responsables de la sécurité des œuvres et doivent veiller au respect de l’ordre et du calme… Comment accepter sans broncher que des gens déboulent et bousculent leurs codes et habitudes. C’est peut-être une bonne chose de le faire effectivement car cela contribue à l’évolution des mentalités. Mais il y a un certain respect à avoir et une façon de faire peut-être plus pédagogique, en se rappelant notamment qu’au sein de notre communauté d’amateurs, tous ne sont pas sensibilisés aux principes de conservations des œuvres.

    Je pense qu’il serait bénéfique pour Museomix d’assumer clairement les choses. Qu’on le veuille ou non, il y a des organisateurs qui prennent le projet à bras le corps et oui il faut parfois prendre des décisions qui ne plairont pas à tous, et oui il y aura des critiques. Critiques qui montrent aujourd’hui essentiellement un manque de compréhension des bases du projet. Assumer des règles et une organisation concrète, poser un cadre et des objectifs précis, n’est pas synonyme de renonciation aux échanges, à la liberté et à l’interaction. Bien au contraire, la clarté et la précision du projet rendront les choses encore plus intéressantes! On aura clairement ceux qui adhèrent et ceux qui n’adhèrent pas. Là beaucoup de personnes aimeraient vraiment y croire, participer, adhérer mais se sentent freinées par un je-ne-sais-quoi qui résulte essentiellement du flou dans lequel le projet est maintenu, à dessein, pour laisser la porte ouverte aux nouveautés, et aux idées de chacun.
    Nous sommes au tout début d’un nouveau mouvement pour les musées et notre société en générale. Les chose viendront d’elles-même au fur et à mesure et bon nombre d’institutions ont déjà beaucoup évoluées en quelques années. Ce genre d’événement ouvert et participatif est encore nouveau et je suis persuadé qu’il tendra à se développer dans l’avenir. Mais il est à mon sens nécessaire de laisser le temps au temps et de se rappeler que le temps d’Internet auquel notre génération est habituée n’est pas (encore) celui des musées et des institutions au sein desquels nous vivons et travaillons tous.

  7. samuelbausson

    @raphael :
    tu demandes : Où étaient les spécialistes des oeuvres ? Qui était là pour penser les questions d’accessibilité ?
    Et pourquoi pas les surveillants de salle et personnels de sécurité ?
    Peut être que comme toi ils n’ont « pas candidaté parce que bon, un week-end de trois jours, vaut mieux en profiter pour ne pas rester sur Paris »
    Je partage ton « penchant pour le « no-bullshit » »

  8. samuelbausson

    @sophie : merci pour ton commentaire qui fait l’effort d’essayer de traduire en synthèse, de façon concrète et mesurée, ce qu’éprouvent certaines personnes. ça m’aide à mieux comprendre…
    J’ai pas l’impression qu’on a essayer de “tout foutre en l’air” et qu’il y avait une organisation globale plus ou moins callée, avec des déficiences, sur le déroulement des 3 jours. Ce qui a manqué et qui participe sans doute de ce sentiment que tu évoques est peut être plutôt dans l’organisation « interne » de chaque équipe, aider les membres à mieux penser ce qu’ils veulent faire, avec des processus qui les aides à mieux se concerter et à mieux se répartir les actions à faire. ça c’est vrai que l’année passée ce manque à parfois fais que ceux qui « parlait plus fort » (extravertis) ou venait « avec une techno », se sont imposés au détriment d’une réflexion partagée et plus aboutie sur l’expérience finale du visiteur… c’est un point que nous avons intégré pour l’édition à venir, l’équipe « facilitation » y travaille.

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