Catégorie: … de professionnel.

J’ai testé pour vous l’audio guide du Louvre…

Ah, l’audio guide du Louvre ! Mais quelle drôle d’idée ? Pourquoi proposer un audio guide sur smartphone quand on a un audio guide sur Nintendo 3DS ? Intrigué par cette stratégie, je décide de télécharger l’audio guide du Louvre (et je remercie pour ça Niko Melissano de m’avoir fourni le code).

A la découverte de l’interface.

Déjà, l’expérience commence mal. Ou plutôt, je suis content de l’avoir testé de chez moi. Ainsi, l’application me demande ma langue (pas très difficile). Surtout elle me demande si je désire continuer, étant donné qu’un téléchargement de 64Mb est nécessaire ! Accroché à mon wifi, j’accepte. Qu’en aurait-il été sinon ? Fin de l’expérience ?

L’interface proposée est simplissime. Une photo de la pyramide et de l’aile Richelieu surplombe un menu proposant simplement « Audioguide », « Expositions temporaires » et « informations ». Trois icônes énigmatiques se situent juste en dessous, je décide de les cliquer.

La dernière est une loupe, et j’ai comme une idée de son utilité. Un moteur de recherche s’ouvre effectivement, dans lequel j’entre « Grèce ». Rien. « Denon », rien. Je tente alors la lettre A et je tombe sur une série de ressources dont le nom contient la lettre A. J’efface et j’essaye avec le « z » pour un résultat infructueux. En essayant « Joconde », on me propose « Portraits de Monna Lisa » puis en cherchant « noces », ce sont les noces de Cana qui s’affichent. Je choisi de cliquer sur cette entrée. Un message apparaît m’enjoignant à utiliser les écouteurs pendant ma visite de l’exposition.

Je tente les autres icônes et découvre le plan du Louvre, ou un boitier me permettant de rentrer un numéro de salle – en tentant le 8, on me propose la salle 83. 4, la salle 28… Pourquoi pas, après tout, un peu de sérendipité ne fait de mal à personne ! En recliquant sur la flèche qui sautille sur la carte, une pop up s’ouvre m’indiquant ce que contient la salle. Au final, je ne pousse pas plus loin : en étant sur place, j’aurais peut-être trouvé une vraie salle : l’application s’utilise vraiment in situ, donc.

Plus loin, je vous présenterai un peu plus en détail ce qui se cache derrière la partie « audio guide ». Mais je clique tout de suite sur le menu « exposition temporaire » et je suis un peu déçu de constater que celui-ci me propose en réalité très vite de télécharger une autre application pour accéder au contenu de « La Sainte Anne, l’ultime chef d’œuvre de Léonard de Vinci. ».

Même s’il est évident que le diktat des Stores impose au Louvre de publier un contenu sous le nom de l’exposition afin de gagner en visibilité, l’utilisateur n’est pas gâté : on ne lui offre pas une expérience unique des contenus, et il semble être obligé de changer régulièrement d’environnement.

Un audio dans la pure tradition classique.

J’écoute le commentaire des Noces de Cana (sans écouteur, je suis vilain). Le commentaire audio est beaucoup plus classique que les très bonnes pistes sonores de la 3DS. Cependant, il existe trois points de vue pour l’œuvre de Véronèse par exemple, qui donnent la parole à des spécialistes. On passe d’un commentaire à l’autre grâce à des flèches traditionnelles dans ce type de lecteur. Le deuxième commentaire écouté est un peu plus vivant et propose de découvrir un détail, alors même que l’image du tableau reste la même. Pourtant, lorsque le troisième commentaire propose de « mieux connaitre l’artiste », un détail est montré, où se serait autoreprésenté Véronèse.

Bizarrement, les commentaires diffusés dans ce cadre et ceux diffusés dans le cadre des parcours (comme je les expérimenterai plus bas) ne sont pas les mêmes ! On peut y voir un intérêt, bien sûr, pour le visiteur. Cependant, le substrat scientifique est foncièrement identique, le changement étant a priori juste une question de forme – il faudrait que j’analyse tous les commentaires pour le vérifier, mais sur la Vénus de Milo, on nous parle par exemple dans les deux cas de la façon dont le dos est sculpté avec moins de précision, prouvant que la volonté n’était pas de créer une statue autour de laquelle il était possible de tourner.

Je ne peux m’empêcher de penser qu’en termes de production de contenus il est dommage de ne pas avoir mutualisé tout cela. Peut-être est-ce dû au fait qu’il existe de nombreuses versions de commentaires audio sur cette Aphrodite ou les autres pièces présentées dans ce parcours ? Les prochains commentaires seront peut-être mutualisés… ce qui permettra de produire de plus nombreux commentaire et donnera au final satisfaction au visiteur qui accédera à plus de contenus.

Si l’interface est simple, elle ne me semble pas suffisamment adaptée à l’ergonomie des smartphone (ici de l’iPhone… il faudrait faire le test sur Androïd). On reste sur des principes de navigation bien rodés, sans que l’écran tactile ne soit vraiment utilisé : aucun menu ne permet par exemple de sélectionner facilement un commentaire, le zoom sur les œuvres n’est pas possible, etc. Sur smartphone ou tout autre boitier possédant un écran, au fond, l’expérience aurait été la même. Un peu dommage.

Dans quelle aile j’erre ?

Je tente alors une autre icône, qui permet a priori de localiser l’œuvre. Et c’est le cas. Je retrouve le même type de carte assez difficile à lire que sur la 3DS, sur laquelle l’œuvre observée est localisée et apparaît en grand. Dès que je bouge la carte, celle-ci rapetisse et je peux voir les autres œuvres proposées au commentaire, changer de niveau, me promener sur la carte, entrer un code de salle. Je décide par exemple de regarder La vierge du chancelier Rolin.

Peu de fonctions liées à la localisation, donc. L’application ne me propose pas de me géolocaliser – le peut-elle ? Notons que j’ai réalisé ce test en dehors du Louvre, ceci expliquant peut-être cela. Mais je ne le crois pas car, lorsque j’entamerai un parcours de visite plus tard, on me demander de me situer à un endroit précis du Louvre. Puis de respecter le rythme de pas qui ont été enregistrés… Quelle drôle d’impression ! Je me retiens de rire, mais j’admets que le système (D) est ingénieux. Peut-être maladroitement amené, mais ingénieux : pour me guider dans le Louvre sans géolocalisation, le rythme des commentaires a été basé sur cet étalon. Au final, je trouve dommage d’avoir fait un audio guide sur iPhone et d’avoir mis en place un réseau de géolocalisation interne très bien mené pour la 3DS s’il n’est pas réutilisé ici.

Audioguide-moi.

Depuis le menu principal, je sélectionne le menu « Audioguide » (je suis un peu là pour ça, alors allons droit au but).

Je découvre deux parcours proposés, et surtout la possibilité d’en acheter d’autres dans la boutique : celui de « l’Egypte au Louvre » est d’ores et déjà disponible – je clique dessus, et tente un processus d’achat sans que rien ne se produire. Dépité, j’entame le parcours des chefs-d’œuvre. Les commentaires de cette visite sont ceux de la 3DS : assez dynamiques, variés. D’ailleurs, les deux parcours sont identiques, il s’agit donc a priori d’une transposition entre deux supports différents d’un même contenu.

Les experts s’enchainent dans notre visite, parfois des morceaux de musique accompagnent le visiteur dans sa déambulation. Les étapes de la visite sont tantôt ceux du trajet, où des commentaires sont diffusés sur le Louvre en lui-même et son histoire, le contexte historique, puis les commentaires des œuvres elles-mêmes. Au final, j’ai l’impression que ce parcours est dynamique et répond parfaitement à sa fonction première. Sans chichi, ni supplément.

Après des effets d’annonce tonitruants sur la 3DS, il semble donc que le Louvre nous propose ici un produit beaucoup plus classique. Il reprend encore une fois les codes de l’audio guide bien connu, en oubliant que la transposition à l’univers de l’iPhone aurait pu permettre justement de réaliser quelques changements améliorant l’expérience utilisateur sans perdre les habitués de la solution.

Je le soulignais dans mon dernier article, mais l’apparition de cet audio guide – dont on peut noter la disponibilité sur iPhone et Androïd – me fait, une fois de plus, me poser la question de la stratégie de l’offre de médiation numérique du Louvre. Peut-être y verra-t-on plus clair lorsque nous aurons toutes les clefs en main ?

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Des trois Grâces aux 3DS : cultures web et faux semblants geeks au Louvre.

J’ai eu envie d’écrire cet article après avoir été invité par Anaïs Muré, dite @anamure, à tester le nouveau guide multimédia qui a tant fait parler de lui. Mais il faut bien l’avouer, même si cette expérience mérite un compte rendu que je vais vous livrer, il faut la remettre en contexte pour ne pas paraître trop dur sur ce résultat.

Un contexte lourd de sens?

Le musée du Louvre prend le numérique de plein fouet et semble même parfois fortement inspiré. Il faut reconnaître que certaines de ses approches font montre d’une grande compréhension de l’ère numérique et des cultures qui en découlent. Je trouve que ceci est vrai avec l’exemple des financements participatifs de ses projets de restauration ou d’acquisition, comme le très médiatique projet de financement des Trois Grâces. Une façon de faire qui renvoie forcément aux nouveaux modes de financements participatifs venus du web, mais qui promettent aussi un engagement des communautés sur les contenus qui est forcément très puissant (on accepte plus facilement de donner de son attention quand on a donné de son portefeuille, comme aime à le rappeler Robin Sappe).

Et parfois, le Louvre semble moins inspiré ou tout simplement oublie apparemment une donnée importante de l’équation qu’il tente de résoudre. On repense particulièrement à la Communauté Louvre, sorte de mini-site collaboratif dont beaucoup se seront demandé où était passée l’animation et ce qui pouvait bien être fait de ce projet.

Mais je ne m’étalerai pas plus sur ces projets qui mériteraient à eux seuls plusieurs articles chacun.

Ici, c’est le numérique in situ qui va m’intéresser. Une fois n’est pas coutume, je vais être un peu direct: les dispositifs présentés m’ont profondément déçu. J’ai retrouvé en eux cette sensation que je peux avoir lorsque, visitant un site d’institution culturelle, je me retrouve face à un site vitrine. Ces dispositions ne semblent pas avoir pris en compte les cultures numériques et leurs enseignements ; on sent, derrière une volonté forte de les mettre en scène, une impossibilité de les déployer réellement. La raison en incombe à n’en pas douter à la structure du Louvre, aux validations et allers-retours hiérarchiques qu’auront subi les projets. Nous n’avons pas trop parlé de ce point, mais connaissant l’institution il semble assez banal que de dire d’un projet avec une ambition telle que celle de la 3DS au Louvre aura forcément pâti de la chaîne décisionnelle. Mais ne connaissant pas assez bien les structures du Louvre, je vais arrêter là les supputations et en passer au compte rendu.

Écran tactile, ou écran de fumée?

Lors de la visite il y a plus d’un mois, nous avions eu l’occasion de passer derrière les palissades dressées à quelques endroits du Louvre pour voir les dispositifs numériques in situ, c’est-à-dire trois tables tactiles que les publics peuvent découvrir depuis quelques semaines maintenant. Sur le sujet abordé, l’une est assurément plus ambitieuse que l’autre. Il s’agit sur quatre écrans à plats équipés d’une technologie tactile infrarouge de présenter des œuvres du musée répondant à des thématiques telles que le corps, la représentation, etc.

L’interface est extrêmement claire et répond à n’en pas douter à un soucis d’être compréhensible par tous. Car c’est la première chose qu’il faut louer sur ce dispositif : il reprend des codes du musée déjà acquis par tous ses visiteurs ; ceux d’un savoir maîtrisé par le musée, d’une présentation univoque des fonds comme on la connaît via le cartel par exemple. Quelques animations légères permettent d’attirer cependant une forme d’attention contemporaine, illustrant les propos sans ambition spectaculaire.

C’est un travail soigné et accessible à tous… Ou pas tout à fait car, de ce que j’ai vu, on peut cependant regretter que ces tables ne soient justement a priori pas accessibles à de nombreuses formes de handicap, je pense notamment aux personnes en fauteuil roulant (mais arrivent-elles déjà jusque cet endroit du musée?).

L’autre écran tactile, incliné, présente des bas reliefs avec la promesse d’en comprendre les graphies. Là encore, il faut louer la qualité de la médiation et de la réponse simple et claire donnée à des préoccupations du Louvre tel que le multilinguisme.

Dans les deux cas, une réponse a été apportée à la question de l’utilisation du matériel par plusieurs personnes simultanément. Dans le premier cas, l’information est tout simplement démultipliée sur les 4 écrans qui sont en fait autant d’interfaces individuelles. J’ai regretté que celles-ci ne puissent communiquer entre elles, qu’elles ne permettent pas par exemple de distribuer à ses amis un contenu qui pourrait les intéresser en leur faisant glisser la fiche sur leur écran. Audrey Defretin m’a fait remarquer « eh, tu n’es pas à Erasme! »… Hum.

Quant au second dispositif, il supporte tout simplement que plusieurs utilisateurs l’utilisent en même temps, mais ne répond au final qu’à une seule commande. Le visiteur est donc canalisé, se retrouve parfois face à un objet qui ne lui répond pas sans pour autant qu’il puisse comprendre pourquoi. À n’en pas douter il recommencera et trouvera alors une réponse favorable, le visiteur précédent lui ayant cédé sa place. Car, peut-être que la simplicité d’usage réside aussi sur ce simple fait que les interactions hommes-machines sont d’abord régies par les lois sociales entre hommes, et qu’il n’est pas toujours besoin d’émettre de réponse technologique complexe à des problèmes que l’interaction sociale résout tout aussi bien. Pour un musée dont l’une des préoccupations principales est la gestion des flux, il est intéressant de voir que les facteurs entropiques ne sont pas vus que comme des problèmes potentiels.

Au final et à la vue d’un dernier écran présentant des céramiques et leurs caractéristiques, dont on peut louer les mêmes qualités et des défauts similaires, j’ai eu l’impression que ces dispositifs avaient plus pour ambition une continuité des pratiques muséales et de médiation que leur prise en main par le numérique. C’est un choix qui est louable, mais que je me permets de regretter car si je pense que le numérique est un outil, il faut valoriser des usages de celui-ci plus innovants, permettant de mettre en œuvre des systèmes de voir et de faire, des façons de penser et de dire différentes, adaptées et adaptables à chacun. Ici, le numérique porte un discours plus traditionnel. Figé, selon moi.

Les nouvelles technologies au service d’une médiation old school?

Les dispositifs décrits plus hauts ont été vus pendant la visite bien après que le groupe eût testé les 3DS… Mais pour dire le vrai, celle-ci pendait déjà lamentablement à mon coups depuis plusieurs dizaines de minutes quand nous sommes arrivés sur les lieux.

Ce qui m’a le plus surpris dans ce dispositif, en effet, c’est qu’il ne m’a pas rendu accroc. Je me suis alors assez rapidement posé une question : à qui donc la 3DS au Louvre est-elle donc destinée? Eh, c’est sûr, sa prise en main n’était pas aisée et il a tout de même fallu qu’on m’explique certaines fonctions dans le peu de temps qui nous était imparti pour la visite. Pas un outil geek, mais pas un outil grand public, donc.

Cette question du public se pose surtout à cause de l’interface. En ne ciblant aucun public, il me semble que le Louvre pêche par orgueil, celui d’un musée monde qui croit en l’universalisme de son discours. Il existe ça et là des efforts au sein de cette institution, mais ils sont si durs à appréhender !

Oui, le dispositif est complexe et m’a mené à une autre grande surprise : celui du parcours de visite guidée. Ce parcours défilait, sans s’arrêter. La voix qui commentait les œuvres et les lieux ne cessait dans l’oreille que le temps de parcourir les 200 prochains mètres, de gravir les quelques marches… Avant de tourner à droite… Puis à gauche… Et, ça y est, vous y êtes, regardez en face de vous.

Cette rapidité était déroutante. Plus qu’une visite guidée, elle fait penser à ces visites au pas de course qui sont justement le cauchemar des détracteurs du tourisme de masse. Le temps n’était pas donné à l’observation et la console que j’avais entre les mains ne m’y invitait pas. Elle ne permettait pas non plus une prise en main facile de l’interface de lecture : sans exagérer, je découvrais presque par hasard comment arrêter, redémarrer (forcément depuis le début) le commentaire, passer à l’œuvre suivante, me relocaliser, etc.

En échangeant avec @anamure par la suite, elle m’a précisé que cette impression pouvait être donnée par le type de visite que nous avions organisée, et que lors du prêt de la 3DS, des instructions étaient données sur son usage. Il est vrai que certaines observations mériteraient d’être doublées et j’invite le lecteur à garder cela en tête à la lecture de ce compte-rendu.

Il semble donc que la fluidité de la médiation n’ait pas toujours été atteinte. Il faut dire que les dispositifs numériques induisent des comportements dans ce domaine qu’il peut être difficile de faire accepter dans des structures traditionnelles. En prouvant qu’il est capable de choisir un support aussi novateur, le Louvre n’a-t-il pourtant pas montré qu’il est capable de justement dépasser les cadres anciens de la médiation? Pourquoi, alors que le premier pas est sauté, ne retrouve-t-on pas des contenus adaptés, au niveau de cette ambition?

Car, il aurait été si logique de pouvoir jouer sur cette console. Un jeu sérieux, un jeu en réseau, un jeu de piste, un jeu solitaire, qu’importe… Ni dans son ergonomie, ni dans ses fonctions, ni même dans ses contenus, la 3DS ne renoue avec son usage initial et ce qui fait la vivacité toute particulière de la médiation numérique : une scénarisation des contenus qui permet à l’usager d’apprendre en s’amusant. D’aucun regretteront que l’art devienne un élément de l’entertainment, de la consommation culturelle – j’en suis le premier. Mais, justement, la 3DS au Louvre et les enjeux qui y ont été clairement posés (et selon le constat fait ici, trop strictement) prouvent que l’équipe était partie sur les bases à mon sens tout à fait louables d’une médiation différente, mais de qualité.

En utilisant la 3DS, j’ai appris des choses. Mais justement, tout cela s’est déroulé selon un schéma d’apprentissage traditionnel. Je n’ai pas retrouvé les codes qui, face à un fonds que j’aurais moins apprécié par exemple, m’auraient engagé à m’y aliéner le temps de le comprendre… La 3DS est là pour répondre à un public déjà conquis par l’audioguide, ou pour faire venir à la culture un public nouveau ?  On peut ici se poser la question.

La double perturbation.

Cependant, la réponse numérique à des problèmes plus anciens de médiation au Louvre est parfois tout à fait justifiée. L’un de ceux-ci est l’immensité du lieu, sa complexité. Un bâtiment comme celui-là ne se laisse pas aborder facilement, et le charme des premières visites au Louvre s’accompagne souvent de la découverte impromptue de salles entières qu’on n’avait pas prévu de visiter et dont la magnificence nous émeut.

Un charme qui se rompt souvent dans les minutes suivantes lorsqu’en vain vous tentez de rejoindre l’œuvre précise que vous souhaitiez consulter… Mais ici, la 3Ds va vous aider! Là encore,côté d’ailleurs, @anamure précise en ces termes : « L’audioguide est fortement lié au musée dans le sens du bâtiment et aussi de son offre culturelle. Ce musée immense, foisonnant et complexe […] doit être reflété dans l’audioguide. Pour moi, c’est là que réside l’intérêt de mon activité et constitue un défi stimulant. Le visiteur est au cœur de mes préoccupations […]”

La fonction de géolocalisation est portée par un dispositif de bornes disséminées dans tout le musées qui fonctionne particulièrement bien. Murs épais, plan complexe, contraintes liées au type de bâtiment, kilomètres de coursives et galeries… Tous ces obstacles ont été extraordinairement bien maîtrisés pour permettre au visiteur de retrouver son chemin, savoir où il est…

Si le dispositif fonctionne bien, l’interface sur la 3DS reste là aussi décevante sur ce point. En effet, le plan présenté sur le petit écran est complexe. On sent une volonté de le morceler, de manière à le faire comprendre. Il y a le plan global, et le plan local. L’un est sur l’écran du bas, l’autre sur l’écran du haut. Mais ce plan local manque d’un design clair qui permet de l’aborder facilement sur ce petit écran…

De même, lorsque le visiteur est guidé à travers les salles, le double écran sert là encore de manière ingénieuse, permettant sur celui du bas de voir le plan et sur l’écran du haut d’avoir une vue de la salle selon le bon angle à adopter pour se diriger correctement. Pourtant, tout ceci semble manquer de fluidité. Si le dispositif a une ambition pratique, il se retrouve vidé de toute plus-value.

Ce double écran a fait l’objet d’une vraie recherche. Il est sans cesse utilisé et on voit très facilement que le but de l’équipe a été de lui donner un sens. On ne trouve pas le même type d’information en bas et en haut, ce qui permet peut-être de clarifier des usages du dispositif. Par exemple, l »écran du bas sert à la 3D et aux images hautes définition, tandis que l’écran tactile du bas présente le plan et les fonctions à utiliser. Mais là encore, en échangeant avec @anamure, je me rends compte que j’ai mélangé les informations affichées sur l’écran du bas et celui du haut… Et je semble me souvenir que parfois des images ou menus s’affichent sur des écrans qui ne leur étaient pas destinés…

Au final, j’ai l’impression de n’a pas pas réellement avoir saisi le fonctionnement des écrans l’un en rapport à l’autre. Peut-être aurait-il fallu faire des choix n’ont plus radicaux : plutôt que de montrer tout ce que l’engin savait faire, il eût fallu à mon sens limiter les fonctions à celles qui auraient permis une ergonomie plus claire. Voire aux contenus que le Louvre était en capacité de produire pour chaque oeuvre. En effet, les fonctions déclenchées ne sont pas systématiques (ici une 3D, là une HD, ou un commentaire, etc), et on attend toujours avec une sorte d’incertitude ce que va engendrer notre action. Au final, en mauvais camarades, nous cherchions à trouver les petits bugs de chaque fonction, testant des limites techniques qui ont vocation à disparaître avec les prochaines itérations.

Il est dommage que ces bonnes idées soient noyées dans leur propre profusion, et que l’expérience globale soit celle d’un objet qu’on a du mal à aborder dans son ensemble. Au final, l’application souffre un peu du même syndrome que son musée… Trop grande, trop vaste, elle n’est pas adaptée à ses usagers mais aux vastes enjeux et collections du Louvre…

Google+ fait la manche ?

Google. Plus.

Deux mots qui ont fait couler beaucoup d’encre. Et qui pourraient à en faire couler longtemps. Ce n’est pas que je veuille prophétiser sa longue vie en m’opposant à nombre d’éditorialistes de la culture web, mais j’ai comme l’impression qu’au besoin Google le tiendra sous perfusion tant que nécessaire pour que la plateforme sociale devienne attrayante.

Cette semaine en effet, Google m’a ouvertement dragué avec quelques autres museogeeks. Le but était de proposer aux professionnels des musées que nous sommes d’investir la plateforme; au programme, nous devions découvrir les fonctionnalités de la plateforme et voir combien celle-ci était de toute évidence inévitable pour les institutions culturelles…

D’abord, on nous a vendu la puissance de google.

Je ne sais pas s’il est passionné par son sujet, mais en tout cas notre hôte avait envie de nous vendre son machin. Après nous avoir mis à disposition quelques ordinateurs google que personne n’a même daigné regarder, celui-ci a écourté le tour de table qui venait de commencer pour répondre au fil de l’eau aux demandes implicites de nos présentations. Ainsi, devinez quel argument massue nous a été ascéné, nous laissant k.o. et sans réplique possible face à l’évidence longtemps tenue éloignée de nos esprits endormis?  Eh bien : Google plus, c’est un outil de Google.

Face à une telle puissance argumentative, déclinée au fil de quelques exemples de la galaxie Google qui ont réussi, j’étais déjà consterné. Car, en nous présentant les quelques fonctions qui pourraient nous intéresser, on se rendait bien compte qu’au-delà de ce qui existe déjà et fait la qualité de Google, il n’y avait pas grand chose à voir.

Certes, les bulles – ces conférences vidéo proposées à ses cercles – vont connaître une évolution qui va en rendre l’usage plus simple… Mais au-delà? Avoir un Skype plus ne va pas me donner envie de dépenser du temps et de l’argent sur Google plus, même s’il fonctionne via le navigateur et permet de leurrer tous les firewall cimentés à l’acier plombé par les DSIT de nos institutions. Certes les conférences vidéos streamées en direct vont pouvoir être basculées automatiquement sur YouTube… Mais après?  Quelques évolutions qui aideront à coup sûr à la production d’un contenu directement sur la plate-forme. On le sait, dans la plupart des cas le contenu y restera, sans valorisation. De plus, je doute de la réelle qualité de celui-ci, dans la mesure où ces outils visent plutôt à l’instantané.

Ensuite, on nous a dit qu’on allait tous disparaître…

Quelque chose qui tient du secret de polichinelle a cependant relevé un peu la teneur de la présentation : l’activité de ses cercles sur Google plus va impacter les résultats de recherche de Google. On l’attendait, voilà qui sera fait dans peu de temps. Un résultat plussé sera bientôt visible en haut de la liste, et non pas simplement mis en exergue en restant à sa place.

En tant que museogeek et fervent partisan de l’ouverture du Web, je crains l’impact de cette nouvelle. Serons-nous bientôt tous contraints à vivre dans un univers clos où nos amis seront les seuls prescripteurs de nos goûts, de nos savoirs et de nos découvertes?  Allons-nous vivre bientôt un scénario digne des meilleures (ou des pires) romans d’anticipation où ce ne sera plus l’information et les contenus qui seront la clef du savoir, mais tout simplement son accès, la capacité à sortir du prémaché?! Vivrons-nous bientôt une expérience darwinienne teintée de bourdivisme, qui verra les contenus culturels se reproduire en cercles fermés jusqu’à l’épuisement, sorte de drame beckettien grandeur nature ?

En tant que professionnel du numérique à qui l’on peut demander d’augmenter le trafic du site, j’y vois un intérêt certain: une façon d’aller bien au-delà de la notion de recommandation sociale et d’invisibiliser la concurrence. Car, n’est-ce pas là aussi un risque fort pour les plus petites structures, que de disparaître face aux mastodontes du secteurs qui seront capables de mobiliser des moyens et du temps sur Google+ afin de valoriser leurs contenus au sein de ce qui représente, faut-il l’avouer, la plus puissante plateforme de curation  au monde? Il ne faut pas l’oublier, les premiers résultats de Google sont les résultats qui font loi pour une écrasante majorité des internautes.

J’avoue être assez contre cette idée dans la mesure où elle est un vrai danger pour la pluralité culturelle et la survie de l’accès à des contenus plus confidentiels. Très vite, nous verrons apparaître des castes capables d’utiliser les outils du Web et d’élargir leur savoir face à un grand public qui n’aura à sa disposition que du pré mâché. Une situation identique à celle qui a fait du formidable outil qu’était la télé une grande déception culturelle.

Le monde entier était contre nous….

C’est donc au chevet d’un mourant très combatif que nous avions été invités à petit-déjeuner. Un mourant membre d’une grande famille prête à le soutenir, une famille puissante qui a dû s’élever dans la société et imposer ses vues basées sur des constats intelligents et des stratégies en adéquation avec le quotidien et les aspirations des internautes.

Le mourant a donc un plan, et celui-ci passe par le contenu. Ou plus exactement, l’utilisation d’un contenu toujours plus abondant et qui vient des autres.

A plusieurs égards, on peut sentir que la stratégie de Google est très offensive en France. Et elle l’est particulièrement pour les musées. Le Google Art Project en est le premier avatar, dont on voit les premiers effets : une remise en cause profonde de la force collective des institutions. Non que cette force existât vraiment, mais au moins n’est-il plus possible de se leurrer: lorsqu’une entreprise vient dans les musées prendre les contenus et les diffuser pour elle-même sur sa plateforme, l’institution culturelle n’est pas capable de résister. Faute de quoi?

Peut-être d’une puissance économique crédible, basée sur autre chose que le fantasme de la collection inaliénable dont la beauté et la grandeur résistera à tout. L’un des patrimoines qui avait en Europe été auparavant attaqué avec une plus grande vigueur encore était celui du livre. Or, la résistance n’a pas seulement été à l’ampleur des enjeux, elle a été du niveau de l’économie à protéger – ou plus exactement des volontés politiques qui s’y sont toujours exprimées. Peut-être même avec d’autant plus de force que cette industrie était alors en retard sur son tournant numérique au moment où l’on pleurait celui manqué de la musique.

Le monde des musées prendra-t-il enfin conscience que l’un des plus grands enjeux qui se présente à lui, c’est non pas d’augmenter le nombre ou la qualité de ses contenus – c’est inscrit dans son code source, il ne peut en être autrement – mais bien de diversifier la façon d’y accéder.

A l’heure où l’Etat encourage la diffusion libre des données, l’institution culturelle a besoin de penser des écosystèmes plus complexes qui lui permettent à la fois de mettre à disposition gratuitement son fonds – j’englobe les données et les contenus dans cette notion -, mais également de proposer des expériences nouvelles.

On a la chance que le coup d’essai, transformé en coup de maître de Google, soit basé sur une technologie relativement dépassée en terme de pluvalue bien qu’encore plébiscitée par les publics. Qu’en sera-t-il lorsque Google proposera des expériences vraiment enrichissantes de nos contenus, mais à son seul profit?

…et nous avons répondu: « cause toujours ».

Il faut utiliser la force de Google, et notamment les aspects novateurs de Google+. Il ne faut pas les rejeter car ils peuvent être de véritables moteurs de notre médiation et de l’élargissement de nos publics, même si j’ai exposé ici des réserves fortes.

Mais justement, il ne faut pas que nous nous montrions faibles devant Google. Nous avons une force collective qui ne demande qu’à s’exprimer. Nous avons la puissance d’un modèle économique en gestation qui ne demande qu’à être incubé pour éclore. Ne laissons pas Google maîtriser ce modèle, déportant les revenus qui nous sont nécessaires à la réalisation de nos autres missions.

Ce jour-là, nous n’avons donc pas cédé aux appels de Google+, et nous avons engagé la conversation sur le terrain de nos intérêts propres.

Le fait que les personnes que nous avons rencontrées ne sachent plus totalement si elles nous avaient invités en tant que représentants de nos institutions ou représentants de nous-même montre bien combien Google a besoin des contenus que notre communauté professionnelle peut créer, de manière individuelle, collective ou institutionnelle. Ils ont un besoin dont nous avons la clef, mais nous avons aussi des envies d’équité dans le développement des outils et la répartition de leurs retombées. Ne fléchissons pas et imposons un échange, plutôt que de nous laisser dépouiller comme nous l’avons trop souvent fait, ravis que nos contenus se diffusent. Nous pouvons les faire se diffuser tout en ayant leur maîtrise commerciale – et donc le choix du modèle d’économie culturelle que nous voulons.

Rencontres du Clic : avons-nous compris les enjeux du numérique dans la culture ?

J’ai découvert le clic l’an dernier lors des deuxièmes rencontres nationales : ça avait été une journée pleine d’enseignements. L’intérêt majeur du clic porte dans le formidable réseau constitué, structure d’échange entre professionnels des musées et lieux de culture tournés vers les outils numériques, unique dans son genre; le petit plus résidant dans l’ambition de créer un dialogue entre les institutions publiques et le monde de l’entreprise vue comme un secteur d’innovation.

Les rencontres nationales du clic ont pour but d’engager un dialogue entre ces acteurs autour d’une thématique précise : cette année « avant, pendant et après la visite: les trois temps du numérique ». je me souviens avoir pensé l’an passé que le panel des musées manquait un peu d’ouverture internationale. Cette année, les rencontres nationales du clic ont pris cet air international avec la participation de Conxa Roda

 

Si je ne suis moi-même pas un fervent défenseur de la position internationaliste qui tend à faire croire que tout va pour le mieux ailleurs, ces interventions permettent d’avoir un regard différent sur des sujets communs – ce n’est pas négligeable quand il s’agit de tenter de constituer des réponses nouvelles à des problèmes rencontrés parfois depuis des années. D’ailleurs, pour preuve de cette foi infondée qu’on place dans les exemples étrangers, j’ai eu l’occasion de discuter avec Conxa Roda après la conférence : celle-ci m’a fait part du plaisir qu’elle avait de travailler avec un directeur qui comprenne les enjeux de son travail, comme une figure d’exception dans le panorama des institutions ibériques qu’elle aimait à suivre. Son intervention avait porté sur les stratégies RSN qu’elle mettait en place ; je l’ai trouvée particulièrement intéressante et utile, car elle nous a montré un exemple de stratégie pensée comme un tout, englobant un certain nombre de synergies essentielles que nous avons souvent du mal à enclencher, faute de réussir à imposer un regard transversal.

Conxa Roda n’a pas ouvert les rencontres, mais sa présence autant que les sujets qu’elle a abordé auraient pu être considérés comme une excellente ouverture. Car, au fond, ce que tentait de résoudre ces 3ème Rencontres Nationales Cultures et Innovation c’était ça: trouver de solutions nouvelles à un problème ancien qui est celui de la préparation et la continuation de la visite…

 

Des enjeux bien ciblés.

Peut-être est-ce cet angle (trop) nécessaire, ou la routine qui m’a un peu démotivé, mais je dois avouer que le programme m’a laissé un peu plus froid que l’an dernier. Il y avait à mon sens de très bonnes questions qui devaient être traitées; sur le papier on trouvait pèle mêle : la transformation du visiteur virtuel en visiteur physique – tarte à la crème dont nous avons tous à nous justifier et pour laquelle il serait bon que les professionnels du secteur trouvent une réponse commune à la mesure des enjeux du secteur culturel.

Le financement des projets innovants, sur lequel je reviendrai plus en détails.

Enfin, les aides à la visite – un enjeu dont on sent également qu’il relève du spectre de la médiation traditionnelle, celle-là même qui compose une partie du public du Clic et qui tremble à l’idée de voir ses compétences se perdre face à l’arrivée de solutions présentées comme nouvelles et en rupture. On l’avait déjà vu lors des rencontres numériques du ministère de la culture l’an passé : la salle se scinde systématiquement en deux groupes dont on comprend rapidement que les écarts culturels sont trop importants pour qu’un dialogue réel ne naisse : il faudrait combler l’écart pour donner une culture commune à tous.

Je crois qu’il est important de très vite parler à nouveau de contenus, de recentrer le but de notre présence sur les réseaux sociaux sur l’œuvre ou l’expérience pour éviter d’aggraver cette fracture médiationnelle.

 

Trouver la cohérence de notre secteur d’activité.

D’une part, c’est une question de stratégie envers ceux qui ont l’impression que tout le travail mené auparavant est caduque. Je crois assez fermement que le travail de démocratisation culturelle a échoué dans sa forme post-malrucienne… Il est assez évident que les politiques menées jusqu’ici ont eu des résultats bien au-deçà de ce à quoi on pouvait s’attendre; il serait assez intéressant de demander à ce secteur précis son « ROI », comme on le demande aux RSN…

Mais ce n’est pas cet échec qui est un problème en soi, puisque le secteur a déjà su évoluer une fois dans les années 80… Pas assez et pas selon des axes suffisamment forts cependant. Il s’agit maintenant de proposer des nouveaux outils pour changer l’optique et poser un regard encore plus précis sur un problème que ces 60 années auront permis d’à peine aborder.

 

Oui, je le pense sincèrement : d’autre part, il s’agit d’une vraie stratégie de contenus à mettre en place. Nous avons besoin d’utiliser les outils numériques à notre disposition, d’emprunter au besoin les méthodes de marketing, de placer note action dans des dispositifs économiques… Mais nous avons surtout besoin de retrouver un but à ces utilisations pluridisciplinaires, véritablement transversales qui nous mènent à nous interroger sur les approches transmédia, les trois temps de la visite et leur facilitation numérique, etc…

La crainte de voir ce but disparaître est au cœur de la peur du numérique. Pour tenter de densifier notre approche professionnelle, il nous faut effacer cette crainte.

 

Nous nous demandâmes entre museogeeks quel était l’enseignement de ces 3èmes rencontres nationales. Pour nous, cette crainte n’existait pas – nous n’avions pas trouvé dans ces rencontres des réponses qui fassent écho à nos propres inquiétudes pragmatiques ou stratégiques. Mais qu’en ont pensé les autres membres de l’assemblée?

Les réactions à mon intervention ont toutes été similaires : il était bon de voir quelqu’un dont l’action se recentre sur le contenu… Bien. Mais au-delà? Globalement, qu’ont-ils pu penser de ces rencontres et de l’image qu’elles donnent de notre secteur d’activité si particulier, venu recouvrir des territoires déjà en partie explorés par eux?

 

Je crois que les réactions de la salle ont prouvé que l’ensemble des interventions sur scène répondait à leurs peurs, sans parvenir à émettre des solutions, sans parvenir à leur faire porter le regard un peu plus loin sur les sujets. Ma table ronde en était exemplaire, puisque sans cesse je crois que nous avons été au bord de parler d’un peu autre chose, d’aller un peu plus loin et de cesser de tourner en rond comme des amateurs autour de notre sujet – financement, image institutionnelle, regard hiérarchique, rapport public-privé, morcellement des pouvoirs, etc. Mais, par manque de préparation de la table ronde, nous avons sans cesse été recentré sur des sujets qui, c’est vrai, pour un novice semblaient être intéressants. Mais tant de problèmes n’ont même pas été abordés… Ces problèmes soulevés par nos usages de plusieurs années ou dizaines d’années pour certains, par les usages massifs nouveau durant la dernière décennie : arrivons-nous vraiment à décentrer les rapports de pouvoirs dans la culture?  Que devons-nous mesurer quand nous parlons d’efficacité sur les réseaux sociaux? La reconnaissance nouvelle du secteur par les représentants hiérarchiques va-t-elle mener à une normalisation des pratiques? Qu’est-ce qui fait lien entre les professionnels : leurs pratiques ou la réception du public?

« Faites-vous de la modération sur vos pages Facebook? » s’interroge la salle… Ou la vacuité d’une bonne question naïve à laquelle on se sent obligé de répondre malgré tout.

 

Ce problème de la cohérence de notre secteur qu’on peut observer en creux dans le manque d’approfondissement des thématiques déjà abordées dans les rencontres précédentes se ressent sur un autre point: l’articulation des secteurs publics avec les enjeux privés.

 

E-album… Veut-on trouver un modèle favorable au secteur culturel?

Le Clic rassemble de plus en plus d’institutions et semble jouer son rôle de mise en contact avec les professionnels : pour preuve l’intervention renouvelée en cette 3ème année de Frédéric Durand de Smartapps qui est venu présenter le modèle économique qu’il propose dans le monde de la transposition numérique des maquettes d’albums papiers (vous savez, ces produits éditoriaux venus sauver in extremis par une offre moins onéreuse les presses de beaux livres) et autres audioguides d’entrée de gamme.

 

Le modèle clef en main rassure les directions d’établissements publics, car il est rôdé et présente un intéressement identique pour l’entreprise et l’institution quant au partage des revenus : si le privé y trouve son compte, c’est que forcément ce sera aussi le cas pour le secteur public, non? Et quid du contenu? Si le Louvre affiche farouchement sa volonté d’en rester le garant, je crois que nous sommes pourtant bel et bien sur une pente dangereuse – et je sais de quoi je parle, croyez moi.

Là encore, si nous n’arrivons pas à orienter nos pratiques collectives vers les vrais enjeux, nous n’arrivons pas à garantir nos missions.

 

De manière plus impromptue, Audio Visite a également eu l’occasion de prendre la parole un court moment, présentant un modèle économique relativement similaire. Connaissant un modèle différent au Centre Pompidou, j’ai moi-même pris la parole pour exposer un modèle d’accès à un générateur d’e-album par forfait annuel, clef en main, pour l’instant piloté par le prestataire lui-même (Cronos technologies) et sans aucun partage de revenu. Un modèle que je juge bien plus intéressant pour l’institution sans qu’il mette en péril l’entreprise qui le propose : les coûts de gestion de ce type d’app sont très faibles et il n’existe pour ainsi dire aucune maintenance.

S’il semble qu’un seul modèle économique soit présenté de façon récurrente, va-t-il vraiment s’imposer? Malheureusement, nous n’avons pas pu aborder ce point lors de cette rencontre, mais un atelier y sera sûrement consacré prochainement au clic et j’espère que celui-ci sera l’occasion de réfléchir à ces questions très importantes qui pour une fois permettraient le point de vue de l’intérêt stratégique du secteur culturel.

 

Peu de perspectives pour le financement de la culture.

Un autre très bon sujet abordé lors de ces rencontres est celui du financement des projets innovants. Une table ronde regroupant principalement des acteurs du mécénat s’est donc tenue dans l’après-midi, qui a montré combien les structures institutionnelles étaient mal dimensionnés pour le numérique… Pour illustrer ce propos, j’ai retenu la phrase d’une des responsables du mécénat dans l’une des deux institutions présentes qui très honnêtement a expliqué que la nature de leurs actions de financement habituelles la conduisait à aller vers de gros mécènes lorsque le numérique encourageait de petites structures à aller vers eux, sans qu’ils ne puissent répondre à ces propositions.

 

On le voit ici comme ailleurs, le numérique est un mouvement fortement décentralisé et le financement de la culture doit en prendre note également.

Cette table ronde pourtant n’a pas permis de dégager ces nouveaux enjeux de financement. On a peu ou pas parlé des alternatives au mécénat qui de fait s’impose actuellement comme l’autre grand financeur de la culture avec l’augmentation des ressources propres issues de l’activité de la structure. Cela rend plus que fragile le modèle économique de la culture car il ne permet pas les investissements sur le long terme pour les plus petites structures et orientera les mécènes vers les institutions qui sauront le mieux valoriser l’action et l’image du mécène.

 

Au-delà de cette idée sur laquelle de longs débats pourraient avoir lieu, il y a des conséquences prosaïques, à court et moyen terme, de cette polarisation des financements.

Par exemple: a-t-on interrogé la mode absurde de l’externalisation dans ce contexte? Comment pourrait-on encore penser qu’au-delà du court terme maintenir une activité dans l’institution ne reviendrait pas moins cher? Tous les professionnels avec lesquels j’ai pu parler ce jour comme les autres jours se plaignent du recours de plus en plus systématique aux marchés publics, à l’incohérence du code des marchés publics face aux contraintes réelles actuelles de nos domaines d’activité… mais le sujet, est peu glam(our). Il s’agit sûrement d’une révision globale des politiques publiques qu’il faut entamer et dont le secteur culturel est un avatar.

 

Une maison d’e-publishing unique pour tout le secteur culturel publique ?

Un des intervenants de cette table, cependant, a réfléchi un peu plus profondément à ces sujets, même si sa réponse peut là encore faire débat. Je voudrais donc noter la démarche d’un des acteurs culturels qui a pris selon moi un chemin courageux, alors même qu’il emporte principalement le contenu d’autres: la RMN. Car son système de e-publishing, basé sur une technologie que j’aimerais beaucoup voir adoptée par le Centre Pompidou, permet effectivement d’internaliser et de mutualiser une série de traitements des contenus depuis leur création jusqu’à leur publication.

La stratégie de la RMN-GP se recentre fortement sur la valorisation de ces contenus (dernier avatar : le plutôt prometteur quoi qu’encore peu mature Grand format), comme s’il y avait chez eux un devoir supplémentaire de mise en avant de ceux-ci afin de ne pas sembler vendre de l’espace et du vide, fut-il un vide exceptionnellement bien emballé… J’anticipe le modèle, mais j’imagine qu’en utilisant AquaFadas, l’institution se positionne comme un éventuel futur prestataire de service des autres institutions qui n’auront pas la possibilité d’ajouter de la valeur à leur contenu : la RMN-GP le fera à leur place avec des équipes ad hoc réunies pour l’occasion, dans le même temps où ils mettront en forme ces contenus grâce à leurs outils internes. On voit là une stratégie de financement très offensive, mais qui place encore une fois l’institution dans un secteur concurrentiel pour lequel elle n’aura au final pas les bonnes armes : le secteur a-t-il besoin de voir apparaître de nouveaux prestataires centralisant une série de compétences nécessaires au développement numérique, fussent-ils soi-disant publics, plutôt que de diffuser ces compétences et ces moyens?

 

La question connexe, qui n’est pas la seule mais qui est revenue lors de la table ronde : Faut-il pour financer la culture que celle-ci soit rentable? Ne peut-on pas séparer le traitement et la valorisation des contenus du service proposé? Il me semble pourtant, même si cela fait débat, qu’une partie de l’économie numérique nous a montré que c’est le service, la facilité d’accès et de compréhension plutôt que le contenu brut qui est valorisable. Ne serait-ce car ce contenu est diffusable trop facilement sans contrôle et que plutôt que de lutter contre un mouvement de partage, de générosité culturelle, il vaut mieux augmenter la qualité de ce que les visiteurs sont amenés à « consommer » (j’utilise ce terme pour montrer un appétit passif de culture, par opposition aux contenus qu’on cherche activement – j’y reviendrai).

 

 

En fait…

Je crois que ces rencontres du clic ont été un très bon cru. Elles le sont forcément pour tous ceux qui mettent un premier pas dans le monde du numérique. Arriver dans un tel dispositif, c’est comprendre tout à coup la force du numérique dans la culture… Comprendre qu’il ne s’agit pas que d’un jeu.

Mais ça aura aussi été un bon cru pour les professionnels déjà conscients des enjeux, car ils auront remarqué que ce qui manque le plus au secteur, c’est un but commun, une organisation collective qui applique nos principes à nous-même. Par le manque de dynamique qui a pu exister dans le relais des propos inauguraux de Conxa Roda tout au long de la journée, figure de proue d’un bateau amiral dont on n’a toujours pas hissées les voilés, ces mêmes professionnels prendront assurément conscience que sans s’organiser entre nous, nous n’arriverons jamais à faire que la culture déborde de nos musées avant ou après les visites…

ce que m’a appris la semaine…

… c’est que même le monde diplomatique pouvait publier des articles avec lesquels je ne suis pas d’accord. En mélangeant les termes permettant de comparer l’efficacité politique d’un système, Serge Halimi m’a beaucoup déçu dans l’article « internet, entre émancipation et marchandisation ». Comment comparer l’efficacité des structures politiques traditionnelles et celles des réseaux sociaux sans remettre en perspective avec le matérialisme qui a forgé au cours des siècles les syndicats, partis politiques, etc…? N’est-ce pas un peu de mauvaise foi partisane envers le système politique traditionnel que de faire croire que les réseaux sociaux ne permettront jamais la recomposition dialectique d’une opinion?

Sinon, un appel m’a aussi donné l’occasion de réfléchir à un des éléments communs à la quasi totalité des dispositifs numériques du moment : Facebook. Car, oui, c’est assez rare pour le souligner, mais j’ai eu un contact humain avec Facebook.
J’avais par le passé suffisamment galéré – sans succès d’ailleurs – pour protéger des changements arbitraires décrétés à propos de l’utilisation des pages profils une stratégie qui permettait d’engager un rapport particulier aux professionnelle sur Facebook… Impossible alors de rentrer en contact avec un humain pour faire rétablir le travail qui avait été effectué, m’expliquer, ou même comprendre pourquoi autant de cruauté.
J’étais alors jeune CM, idéaliste et rêveur, je partais la fleur au fusil (un jasmin?) lutter contre les géants qui n’avaient, je le comprendrais bientôt, du concept d’amitié assimilié que le cynisme. Et finalement, après tant de rancoeur accumulée, voici qu’il me rappelle. L’objet de mon désir qui avait fait muer mes sentiments en haine revient vers moi et me sollicité. C’est directement Facebook qui contacte Le Centre Pompidou.

Je n’ai pas le premier appel et le numéro qu’on m’indique est en (4?) 04. Je me méfie : s’agit-il d’une boite de conseils qui démarche de façon peu honnête? Mon premier appel me permet un entretien court mais instructif avec un… répondeur. Facebook se fait désirer. Mais, me dis-je: y a-t-on des consignes pour se la jouer à la sillicon valley? Voilà en tout cas une réputation bien entretenue, à travers les variations culturelles qu’obligent les voyages transatlantiques, un peu de cette attitude décontractée, un peu de fraîcheur… …qui cache mal la diabolique attitude!

L’appel de Facebook correspond en réalité à un démarchage des plus classiques. On me propose tout simplement une nouvelle formule de régie publicitaire sur Facebook, ainsi que l’ancienne formule, plus chère. J’y vais de mon, couplet misérabiliste sur les lourdeurs administratives, les impossibilité budgétaires… Quoi?  Il faut bien que ça serve de temps en temps, non?  Quand on démarche, il faut être capable d’être flexible, après tout.
Non : rien n’y fait. Les prix sont les prix, et comme dans tout bon système inflexible, la personne que j’ai au bout du fil, de toute façon, ne peut rien faire pour moi. La forme, donc, ne change pas.

Mais que Facebook démarche m’a semblé significatif en soi. De quoi exactement?
C’est un autre élément qui m’a permis de commencer à comprendre ce qui allait évoluer prochainement sur ce réseau social (ou plus exactement autour de lui). Pour rendre son offre attractive, comme tout bon marchand de soupe, Facebook y ajoute les croûtons (mais pas la rouille, faut pas exagérer). Ainsi, pour tout achat d’un « espace publicitaire » Facebook a le plaisir de m’offrir un support de conseils. Eh oui. Pour l’instant c’est gratuit et j’ai eu beau demander, impossible de savoir à hauteur de combien ce génreux cadeau est valorisable.

Entamer un échange commercial sans donner de valeur à ce qu’on propose ? Certes, quand on s’offre un cadeau entre amis, on ne dit pas son prix, mais il ne faut pas pousser aussi loin le concept quand même! Pour moi, cela montre surtout que cette prestation n’a pas de valeur pour Facebook, non car elle ne coûte pas, mais parce que la société se sent obligée de la fournir.

Facebook, donc, ne vend toujours pas de conseil. Mais pour combien de temps encore? Après tout, c’est logique. C’est bien, là que se fait une partie non négligeable du flux financiers. En changeant régulièrement, les conditions d’usage de nombreuses fonctions essentielles à tous ceux qui veulent établir leur stratégie sur le réseau social (les sans stratégie se contentant de subir les changements), Facebook a donné l’habitude – ou obligé – à recourir à des boîtes de conseils. En maintenant l’urgence, il a entretenu cette nécessité pour interdire à chacun de la remettre en cause ou de réfléchir au bienfondé de cette course en avant.
Facebook a maintenu le mystère sur certaines de ses pratiques, sans expliquer pourquoi telle ou telle suppression de page – ici à cause d’une mauvaise pratique sur un jeu concours, ici sur un nom. Jamais bien clair, toujours assez flou pour garder une part de la peur de voir son travail s’évanouir avant de se dire que, finalement, si on avait consulté un spécialiste, on n’aurait pas fait cette erreur… Une démarche encore un peu plus poussée que la démarche similaire d’Apple.
Toutes ces nouveautés avaient pour but essentiel de maintenir l’attractivité de la plateforme, d’être réactif aux demandes et de s’adapter aux pratiques évoluant très vite. Directement lié à cette volonté, un autre effet désirable se faisait sentir, qui était celui de donner à l’utilisateur final des nouveautés à chaque moment et casser les habitudes – là encore, la nouveauté empêche plus de remettre en cause sa pratique quotidienne qu’elle ne fait peur (position anti-gramscienne de l’hypermodernité numérique ?), surtout quand elle est menée par petites touches. Par petites touches?

Oui, pour les particuliers, on attend toujours un passage unique au journal tandis que les entreprises ont eu un mois pour se mettre en conformité. Les uns ne doivent pas être brusqués tandis que les autres peuvent payer, n’est-ce pas?
Car, pour y revenir, le troisième effet est bien celui-là : maintenir un flux financiers constant dans les sphères professionnelles proches de Facebook. Mais ce flux financier ne profite pas directement à Facebook. Là société peut certes se targuer d’un nombre impressionnant d’inscrits, de régies publicitaires de plus en plus ciblés répondant à des impératifs traditionnels sur ce marché, et d’une quantité de données personnelles plus ou moins protégées qu’un jour il sera possible de transformer en contacts qualifiés en un clic. Techniquement parlant, l’opengraph est une évolution plus que majeure qui montrera toutes ses qualités… quoi… dans 3 ou 4 ans ? Il sera alors trop tard pour mettre en place du côté des utilisateurs professionnels de la plateforme des stratégies qui permettront de se défaire d’une emprise trop forte de Facebook sur ses données CRM. Un gros avantage pour Facebook, bien sûr !
Cette situation sera idéale… Mais il sera aussi trop tard pour la valoriser auprès des actionnaires. Il ne faut pas l’oublier : Facebook est en bourse. Les premiers effets d’entraînement donneront forcément à court ou moyen terme des résultats positifs. L’action va grimper pendant un bon moment car la confiance sera au rendez-vous. Mais les actionnaires ne se contenteront pas des petits jeux intéressants (?) auxquels s’adonnent les Community manger de tous poils, les techniciens du Web et les professionnels de l’éducation-marketing.
Certes, la cover offre des possibilités nouvelles, le journal un intérêt graphique et narratif important; mais à combien de points en bourse cela revient-il? Si le monde boursier doit vivre des crises systémiques aussi fortes que celles que nous avons connues dernièrement, je pense que ce petit calcul s’effectuera en négatif. Il faudra du solide. Et le solide, dans cette économie du numérique, c’est de l’immatériel. Un immatériel qui pendant au moins quelques années sera vendu sur un marché physique, de personne à personne. Un peu comme si Facebook était condamné à démarcher des prospects s’il souhaite s’assurer des évolutions boursières positives au-delà de ce que peut lui permettre sa stratégie habituelle de développement liée à la satsifaction de l’utilisateur final comme une valeur ajoutée (je ne parlerai pas du besoin de contrôle de la big data…)

Ce coup de fil, finalement, on aurait pu s’y attendre. Facebook a besoin vendre du service. Ce n’était peut-être pas son plan initial (et de toute façon une plateforme si complexe qu’elle fut obligée de vendre elle-même un service propre à s’en assurer l’accès n’aurait jamais pu autant se développer). Mais maintenant que Facebook est un incontournable, que l’habitude de conseil est prise, la société peut se permettre de vendre ce conseil. Pour l’instant, la chose est offerte et non valorisable. Mais bientôt elle sera incluse dans un pack complet destiné aux plus gros clients. On trouve déjà ce conseil en anglais espagnol et italien, et à n’en pas douter il sera donné en d’autres langues dès que les contrats nécessaires auront été signés.

Tant pis pour les agences, qui travaillent main dans la main avec Facebook. Il leur restera sûrement des plus petits clients. Mais Facebook aura besoin de gros contrats, fussent-ils symboliques face à la masse monétaire que représentera l’achat d’espaces d’un côté, l’exploitation de la big data de l’autre. Au-delà du développement propre de sa plateforme et pour rassurer la bourse, Facebook aura besoin d’être capable de muter vers une expertise globale du marketing Web dont il aura forgé les nouveaux principes. L’open graphe sort de sa plateforme, le conseil devra s’exporter aussi.

La semaine prochaine, peut-être que je parlerai un peu de statistiques… Mais ça, ça dépendra de la conjoncture des agenda des uns et des autres… Alors on verra bien!

Ce que m’a appris la semaine…

… C’est que le Web offre toujours, à un moment ou un autre, le projet qu’on attend. Ainsi, Wikimédia France à annoncé l’ouverture de son DBpedia à la française (SemanticPedia), permettant ainsi au monde francophone d’espérer dans les prochains mois un saut qualitatifs autant que quantitif des projets sémantiques autour de données libres. Peut-être cette annonce pourra-t-elle avoir un impact sur certains des projets du Centre Pompidou d’ailleurs?! À n’en pas douter, j’aurai l’occasion d’en reparler.

Mais cette semaine, c’est d’une expérience un peu particulière dont je voudrais parler. Peut-on la qualifier d’exceptionnelle?  J’espère que non ; peut-être de prototype ?!
Il s’agit de la première rencontré entre « influenceurs » qui a eu lieu au Centre Pompidou. Ce n’est pas une rencontre isolée puisqu’elle s’inscrit dans la démarche de co-construction si chère aux membres du Service Multimédia. Ce qui la rend si importante à mes yeux, c’est aussi qu’elle marque une volonté forte de l’institution et de ses représentants d’entrer de plain pied dans les cultures du Web.

Pourquoi une telle affirmation?  Cela tient déjà des quelques occasions manquées qui ont précédées celle-ci. Je me souviens par exemple d’un pilotage depuis l’extérieur d’une rencontre qui finalement n’avait pas eu lieu : je reste persuadé que fussent-ils fondés, tous les conseils du monde ne peuvent remplacer une démarche immanente. Car une institution comme la nôtre est plus qu’ailleurs encore mue par ses propres dynamiques. Mais ce sera assurément le sujet d’une autre chronique.
Cette affirmation, donc, je la tiens aussi de ce que j’ai pu observer pendant le petit déjeuner. Et ces observations méritent à elles seules qu’on s’y attarde un peu.

À quelques pas de la grande loge où se tenait notre petit déjeuner, les agents du Centre démontaient le studio de Guy Maddin où pendant le Nouveau festival ont été tournés 10 scénarios « perdus » devant les yeux du public. Est-ce le onzième qui s’est joué devant moi, un scénario que je n’avais pas imaginé?
Globalement, les acteurs étaient assez proches de ce que j’avais pu penser en organisant la rencontre. Avec l’équipe, comme toujours, nous avions veillé à l’équilibre des rôles afin qu’aucun ne se sente seul et puisse dialoguer, pour respecter la complémentarité des points de vue et des expertises. Une partie de l’équipe était là (il ne fallait pas donner l’impression d’être supérieurs en nombre) et la directrice de la communication avait souhaité être présente.
J’imaginais assez bien chacun grignoter une viennoiserie et, un verre de café à la main, palabrer sur sa vision du Web et la conformité à celle-ci de nos projets numériques dont nous aurions distillé des éléments au fil de la conversation. Mais en réalité, l’assemblée était peut-être moins à l’aise et a investi les fauteuils de la salle avant que notre directrice ne prenne la parole.

Nous voulions montrer comment notre projet s’inscrivait dans la lignée de l’esprit du Centre Pompidou. Je crois que cette idée à été bien comprise àla suite de l’intervention de notre directrice (je reviendrai sur le contenu même de ce petit déjeuner dans un autre article). Cette prise de parole était classique, et même si j’ai eu peur du ton qu’elle pourrait donner à la rencontre, il s’est avéré qu’elle fut fort utile et qu’elle a réellement permis de structurer les débats qui ont suivi.
Mais nous voulions avant tout échanger et comprendre comment notre projet, nos orientations futures, étaient perçues avec un regard extérieur. Nous nourrir de ces approches dégagées de toutes contingences internes pour toucher du doigt l’absolu (je plaisante)… Plus sérieusement, pour revenir concrètement aux lignes de forces qui guident notre réflexion. C’est pourquoi nous avons ensuite discuté sur un mode plus informel, en mobilisant d’abord ceux qui étaient proches du Centre, puis en élargissant très vite les thèmes. Les participants sont très vite entrés dans la conversation et si nous n’avons pas été étonnés de ce qui a été dit, nous avons renforcé nos convictions et entrevu de nouvelles façons de percevoir notre propre action.

Ce qui m’a le plus plu, le plus étonné dans cette rencontre, pour parler vrai, c’est que notre institution soit capable à travers les volontés individuelles de ceux qui y travaillent, quel que soit leur poste ou leur fonction, de s’adapter à l’esprit du Web. La chose n’est pas facile, et même si indirectement j’ai alors été moqué par un camarade, je continue comme lors de la Social Média Week parisienne d’affirmer que le Web n’est toujours pas compris par les institutions culturelles car elles ont seulement acquis le fait qu’il leur fallait un site internet, sans même en savoir quoi faire – une différence notable avec les administrations, qui y ont au moins trouvé une fonction de réduction des coûts.

Suis-je trop corporate si je dis ça ? Je pense cependant sincérement que notre institution a depuis quelques années déjà posé les bases. Elle s’est dotée de moyens pour les rendre concrètes. Vient maintenant le temps pour chacun de faire entrer ce concret dans sa pratique. Nous avons tout fait dans la structure de nos projets numériques pour que la transition se fasse en douceur, que l’outil numérique ne soit pas une contrainte supplémentaire. Il faut en effet faciliter la transition vers le numérique à la mesure de l’enjeu de celle-ci : le changement complet de pouvoir qu’il engendre, la destitution de l’institution de son rôle de prescripteur. C’est cela qui est compris, et qui peut faire peur – je le comprends, au-delà même de ceux qui simplement voudraient garder simplement les attribus de leur pouvoir.

Mais ce qui se joue au Centre Pompidou, c’est justement la prise en main par tous les corps de métier, à la tête comme à la base, de ces enjeux dans le respect des philosphiesdu Web. Si notre directrice de la communication voulait être présente, c’était bien pour prendre la mesure de ce qui est nouveau et révolutionnaire dans la démarche numérique du Centre. Il semble normal que notre équipe numérique elle-même soit capable de jauger ces changements et leur impact – quoi que certaines équipes sont encore à la recherche d’une image numérique plutôt que d’une pratique. Il faut noter dans notre histoire, et cela trouve son intérêt dans les structures fortement hiérarchisées, qu’une impulsion est venue d’en haut. Mais ensuite, ce sont bien les projets, rendus concrets au fil du temps, qui ont fait frissonner le corps de notre institution.
En construisant avec chacun les chaînes d’alimentation, en élaborant les projets dans l’échange, l’envie de connaître s’est répandue depuis la base jusqu’à la tête des équipes. En deux ans, l’envie du numérique à remplacé la peur du changement.
Ce petit déjeuner, c’est un nouvel acte de cette pièce. Il n’y a ni destin ni tragique, ni scénario préétabli : il n’y a qu’un travail où, à tout niveau, il ne faut pas se croire maître de son outil mais acteur de l’histoire qu’il va permettre de raconter, ensemble. Les enjeux que porte le numérique sont déjà des enjeux internes, qui dépassent de loin les questions économiques mais interrogent fortement les rapports disciplinaires et hiérarchiques.

Bon, il y a quand même des compétences techniques qu’on ne peut pas remplacer. Là preuve: cette semaine j’ai appris ce qu’était un « nas » !
Et la semaine prochaine? J’ai comme l’impression qu’elle sera baignée de préoccupations éminemment matérialistes… Je vous dirai si c’est le cas!

Ce que m’a appris la semaine…

… C’est que Facebook allait imposer sur un temps très court un changement profond de l’apparence de ses pages fan. Une façon de faire qui se radicalise un peu plus par rapport à ses anciennes pratiques et qui montre peut-être un peu de fébrilité face aux gages nécessaires à donner pour maintenir son écosystème.

Mais ce que m’a aussi apporté la semaine, c’est une bonne dose d’adrénaline. Autour de deux projets actuels principalement, nous avons été confrontés au besoin de faire vite et bien, notamment pour organiser un concours dans le cadre du nouveau festival du Centre Pompidou. Virtuel ? Notre activité s’est retrouvée pourtant confrontée à des contraintes bien physiques (lieu, temps…) et a mis à rude épreuve une organisation que nous rodons à peine.
Car dans ces cas là, il est inestimable de pouvoir compter sur une équipe efficace. Lorsqu’on a une équipe avec soi, la différence se fait nettement sentir car, tout à coup, les choses se font. Ma frustration d’avoir longtemps été seul, sans relais de mon action, à vite été effacée par le plaisir d’un travail commun, basé sur une grande flexibilité d’esprit et des routines de travail qui permettent d’avancer efficacement en construisant de la nouveauté.

Notre méthode consiste tout d’abord, à aller chercher ce que nous appelons très mal à propos les influenceurs. Car en effet, le but est de pouvoir prévenir une série ciblée de personnes qui pourront être intéressées ou se faire le relais de l’événement qu’on propose. Mais justement, notre angle n’est pas tellement l’influence, même si c’est un facteur qui rentre en ligne de compte, que la qualité des contenus que produisent ces personnes.
Il nous manque encore pas mal d’outils, et il est difficile de panacher entre influence et qualité, mais nous nous y essayons et modifions de manière empirique nos approches selon les cas. Ce travail de reconnaissance, c’est celui que mène Aurore, principalement. Il est essentiel car il est à la base de l’échange qui doit se produire sur les réseaux sociaux.

Vient ensuite la mise en place des éléments plus concrets.
Nous avons pour le jeu concours utilisé des grands classiques et mis en place un pool sur Flickr. Tout ne nous a pas convaincu dans l’utilisation de cette plateforme – notamment Thomas, qui est plus en charge de cette partie. Mais je pensais qu’il était essentiel dans le cadre qui est le nôtre de reprendre des dispositifs communs, des dispositifs traditionnels qui auraient permis aux internautes de s’y retrouver. Le concours photo, c’est Flickr ou rien, non?

J’avoue que cette démarche est un peu contraire à ma position habituelle : diversifier les plateformes, ne pas proposer ce qui est proposé partout ailleurs (ou en tout cas « pas que »).
Mais le contexte était ici particulier. En effet, en nous basant sur les groupes d’influenceurs que nous avions cibles, sur le temps et les contraintes précises de cette activité dans le cadre du Nouveau festival, nous avions fait le choix de perturber le rythme habituel de ces concours photo et de proposer un temps ultra court. Il nous fallait être dans la continuité des autres concours photo, mais aussi dans l’esprit du Centre Pompidou, où la prise de photographie est autorisée partout a priori, sauf dans les espaces signalés (souvent à la demande des artistes ou des ayants-droits qui y sont exposés). Le jeu concours photo était une bonne idée! Mais elle est arrivée un peu tard.
Il nous restait donc le choix de mettre un maximum d’effets sur un événement, de proposer à des gens de venir physiquement nous rencontrer, en essayant de mettre en place des visites avec les médiateurs à cette occasion spéciale, etc. Des choses plus efficaces auprès d’une communauté acquise que de nouveaux groupes.
Tout était en place, avec une grande efficacité.

Et là… je me suis refusé à ne pas faire participer à cette organisation tous ceux qui auraient dû en faire partie dans le cadre d’un fonctionnement normal (à force de faire autrement, l’institution détruit l’efficacité qu’elle peut avoir). Mais certains corps de métier n’ont pas vocation, de manière structurelle, à travailler sur le temps court. Ainsi, les complexité des droits de reproduction des oeuvres ont entraîné des craintes qu’il aurait fallu rassurer par un long travail de balisage juridique et par des prises de positions hiérarchiques qui n’ont pas encore eu l’occasion d’être explicites. Ce manque de temps à empêché le concours de se réaliser et nous avons communiqué sur le fait que le concours était annulé dans le cadre du Nouveau festival et que nous en proposerions un autre prochainement.

Ce cas d’école tend à montrer qu’il est impossible de mettre en place une stratégie sociale sans une vraie équipe, dont chaque membre porte un aspect essentiel. Le travail de Community management ne peut pas être un travail solitaire car il nécessite de faire appel à de nombreuses expertises différentes qu’il faut regrouper et organiser. Souvent, ce travail est réalisé en bout de chaîne. Peut-être est-ce un biais de l’organisation interne au Centre Pompidou, mais le fait que le Community management ait longtemps été réalisé par la même personne que le webmastering à renforcé l’idée fausse qu’il s’agit d’un simple média fonctionnant sur le modèle de la seringue hypodermique : un contenu poussé dans un média entraînant forcément une réaction d’adhésion. S’il est déjà parfois difficile d’avoir ces contenus, être inclus dans la chaîne de production relève du défi (là encore, est-ce un biais, car nous ne sommes pas producteurs ?).

Cette semaine fut donc celle de l’apprentissage du Community management de crise – d’autant que j’aurais sûrement l’occasion de revenir sur les autres éléments de la semaine qui occuperont les prochaines également!

Ce que m’a appris la semaine…

…c’est que Nicolas Sarkozy allait être candidat. Eh, cela m’a un peu décontenancé…

Mis à part ça, j’ai survécu à un autre choc inattendu. Toute la semaine, j’ai été confronté à la violence du temps. Un temps qui manque, un temps qui court et un temps qui se laisse dompter pour peu qu’on ait le loisir de lui passer la bride.
L’accélération du temps, ses à-coups et ses ruées vers l’avant empêchent justement d’avoir un temps d’avance, tout en procurant une l’adrénaline pure de la lutte contre la mort allégorique de la pensée qui fuit. Je repense au mouvement slow science, dont l’attrait était justement de montrer que le temps de l’efficacité était aussi le temps de la réflexion. Je ne comprends pas l’éloge d’une maïeutique au forceps, l’avantage irremplaçable que peut avoir un bataillon de cerveaux coincés pendant quelques jours en lieu clos pour réfléchir à une révolution quelconque sur laquelle on ne reviendra ensuite que de manière périphérique dans la plupart des cas – ceux qui y reviendront en profondeur seront ceux qui, de toute façon, y travaillent sur le long terme. Ceux qui y reviendront en profondeur, pourquoi participent-ils à ce genre de dispositifs ? Est-ce le nouveau sport extrême des intellectuels ? Ou un modèle chic et smart d’un loft, censé répondre à une vacuité des modèles hypermodernes téléréalitesques – une hypermodernité vidée de son intérêt par la rapidité avec laquelle elle a été jugée.

Le temps qui manque, c’est toujours du temps pris sur l’échange, du temps volé à l’enrichissement des uns par les autres. Avoir le temps de ne rien faire correctement, ce n’est même pas seulement aboutir à des choses sans recul et sans perspectives, c’est surtout produire des avatars des solitudes modernes, des objets ronds qui sans aspérité fonctionnent en autonomie.
Le temps de l’échange doit se structurer en amont et en aval de la conception d’un projet, qu’il s’agisse d’une conférence, d’une plateforme web, d’un événement particulier… Il doit permettre de concevoir le projet avec ses usagers, de confronter les vues des participants aux vues des experts (petits systèmes humanoïdes tout ronds également).

La frustration de l’échange complète la frustration du benchmark. Nous sommes peut-être trop nombreux dans les institutions culturelles à connaître ces deux sensations de n’avoir pas pu comprendre, de n’avoir pas pu reconnaître les frontières de notre sujet, d’y aller autant au bluff qu’au savoir lorsqu’il s’agit de finaliser un projet, de fermer la porte d’une salle de conférence en laissant à l’intérieur un public à qui nous avons plus cherché à ouvrir l’esprit que d’entrer en contact avec lui… Quoi, ce public n’est-il pas autant sujet qu’objet dans notre cas ?! Et de toute façon, pris dans son tourbillon temporel, l’esprit ouvert du visiteur ne s’apparente-t-il pas seulement à une voie d’eau ?

Accroché au dessus du vide, pendant au bord du précipice, l’individu hypermoderne que nous sommes a besoin de savoir gérer le temps qui le fait déraper. Pendu à l’aiguille de l’horloge qu’il alourdit, prêt à se soumettre à la gravité en lâchant prise au temps, l’individu hypermoderne que nous sommes cherche à se sauver en agrippant la première timeliane à sa portée. Le réseau est devenu le lieu où chacun met en commun son temps de pensée, créant un cerveau plus puissant, plus rapide. Mais ne voit-on pas que nous sous-exploitons cet outil extraordinaire à cause de contraintes issues d’un mode de fonctionnement individualiste ?

Voilà où j’en suis de mes réflexions alors que mon train arrive en gare. De Paris à Lille, en twittant et en envoyant flopée de sms, j’ai pris une heure pour écrire cette petite chronique. Mon TGV m’a fait gagner du temps (je me réjouis, il m’en vole si souvent), exploité à entamer cette rédaction express. Fin de la semaine placée sous le signe du temps ? Pour la semaine prochaine, je m’attends un peu à avoir des problèmes d’éthique professionnelle… Mais peut-être qu’il y aura un autre enseignement.

Ce que m’a appris la semaine…

… outre que déjà au sortir du moyen-âge, les architectes avaient cherché à rendre leur langue compréhensible de chacun, en n’utilisant plus le latin mais la langue vernaculaire pour transformer leur pouvoir en un consensus auprès du plus grand nombre. Comme quoi, il y a des flux et des reflux des buts de l’architecture jusqu’à Jean Nouvel !

Mais de manière moins littérale, j’ai aussi été confronté à tout ce qu’il pouvait y avoir de frustrant dans la volonté d’innover.
Initiant ce journal réflexif sur mes pratiques de muséogeek, je me suis dit que livrer quelques idées d’entrée de jeu sur l’échec semblait être une approche suffisamment cynique pour me refléter. J’ai donc passé mon week-end à manger un gros pot de glace aux cookies (ma caution à la culture américaine) en établissant une pensée se structurant petit à petit.

Bien sûr, la facilité était à portée de cuillère, et le début du pot me la servait accompagnée de la fine couche de givre qui trahit immanquablement la mauvaise réfrigération de mon congélateur. A n’en pas douter, la méchante institution mangeuse d’hommes m’avait broyé, concassé en plein rêve, fait de mes ambitions – forcément désintéressées et intelligentes – un champ de désolation. Mais une fois sur le palais, cette première bouchée était inconsistante, et il me fallu bien me rendre à l’évidence : l’institution n’y est pour rien, elle n’est qu’un cadre dans lequel se jouent tous les (im)possibles. Jeu sérieux issus d’une forme un peu ancienne de gouvernance culturelle, l’institution n’est coupable que de ce que les hommes à son contact en font. Remettre en cause l’institution, c’eût été me remettre en cause personnellement… Et pour ça, j’avais encore un pot entier devant moi : il était trop tôt.

Arrivé à la moitié du pot, la drogue douce du chocolat me rendit l’esprit un peu plus clair. Ce n’était pas l’institution qui était en cause, mais le monde. Un gigantesque complot mondial contre l’innovation devait avoir été mis en place. A coup sûr, utilisant les armes de la dialectique pour imposer ses visions antihumanistes, ce groupe anonyme devait empêcher l’esprit d’évoluer, l’humain d’entreprendre. Il est assez évident de constater que les grands moments d’innovation se font toujours lorsqu’un groupe a le dos au mur. Un pays innove énormément, investit en temps de guerre. Une société tente souvent une nouvelle approche de son marché pour éviter la déroute. C’est quand plus personne n’a le contrôle que tout peut advenir ? Quand les bases d’un système pensé solide vacillent qu’on cherche à le faire évoluer ?
Peut-être faut-il laisser les choses aller en se dégradant pour apporter ensuite ses idées comme des bouées de sauvetage ? Mais à partir de quel niveau de responsabilité cette stratégie de la terre brulée serait-elle valable ? Et pourquoi devrait-on conduire une telle politique dans le monde de la culture, lieu de tous les dialogues ?

Arrivé à la moitié de mon pot, je naviguais donc entre le délire du complot et la douce naïveté anti-machiavélique dont je me suis toujours fait le chantre. Mais ayant dépassé cette ligne de démarcation fatidique, je commençais à être écoeuré. Écoeuré de me rendre compte de tout ce qui stagnait autour de moi… Toutes ces belles choses prêtes à éclore, portées par des gens formidables, qui devaient attendre que le temps de l’inertie passe pour voir le jour.
Je n’avais pas tout à fait quitté mon état candide, mais je repensais à présent aux enjeux humains portés par le changement et que le changement pouvait porter. L’esprit d’innovation n’était peut-être pas ce qui manquait le plus. Ce qui faisait défaut, c’était l’envie de la mettre en oeuvre, la vision qui devait sous-tendre une stratégie efficace qui pourrait porter loin les beaux projets des uns et des autres. Il faut réussir à sortir des cadres, réussir à échapper aux contraintes qui existent de part et d’autre et qui réenclanchent les vieilles habitudes. Les habitudes de penser autant que les habitudes de faire, les petites compromission avec sa volonté d’aller plus loin et de faire autrement, concédées à sa peur de ne savoir où l’on va.

Bizarrement, les dernier morceaux de cookies me donnaient une acuité toute nouvelle sur ma situation. Il était vrai que l’institution était en cause. Et il était vrai que globalement, quelque chose de pourri sévissait en royaume humain, autant qu’une force d’innovation qui donnait foi en l’humanité. Mais le liant de toutes ces expériences était en réalité ce qui faisait tenir les choses entre elles. Ce qui les figeait ou les mettait en mouvement. Le liant, la vision, la stratégie… en d’autres mots la politique culturelle. Elle venait de se dévoiler, agissant à tous les niveaux et je l’avais négligée.
L’échec, ce n’est pas une remise en cause de soi – de son identité. L’échec est toujours une remise en cause de notre capacité à lire le monde, à comprendre non pas les faits bruts, mais la force qui les agence les uns aux autres, dans la dynamique ou l’immobilisme.

Ah, et j’ai aussi appris quelques petites choses : ne pas couper les gens quand ils parlent, leur dire qu’ils ont raison meme quand ils ont « objectivement tort » (c’est-à-dire « tort d’après moi ») et être patient en attendant… La semaine prochaine devrait donc être l’occasion de mettre tout ça en pratique ! Bon, ça je vais essayer, mais je suis pas sûr d’y arriver.