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Quatre petits twelve et puis s’en vont

Vendredi dernier, j’avais la joie de partager une conférence matinale avec Flavie Deprez de Care News à l’invitation de Jérémy Fretin (Culture Time). Tant l’angle de la conférence (les réseaux sociaux et les nouveaux financements) que le format m’avaient donné envie : il ne s’agissait pas de pontifier pendant un temps infini, mais de tenter de faire tenir un propos fort en 12 minutes chacun, de dialoguer pendant un temps identique et enfin d’échanger avec la salle sur une autre tranche de 12 minutes. Un format dynamique qui collait bien avec la verve de ma camarade oratrice d’un matin !

Cela fait longtemps que je n’avais rien publié ici, même si les brouillons s’accumulent dans les nuages. Je profite d’avoir préparé cette conférence sous la menace d’une sanction sévère voire clairement disproportionnée de la part de Jérémy* pour la retranscrire et peut-être briser la boucle du silence. Voici donc une autre version écrite de ce que j’ai dit ce matin-là et que vous pouvez retrouver augmentée des échanges en admirant la captation ! Notez que le grand avantage que vous avez sur les auditeurs présents dans la salle, lecteurs, c’est que vous pouvez comparer les versions écrites et orales qui divergent de-ci, de-là. Impatient, n’est-ce pas ?

 

*Toute ressemblance avec la réalité est improbable, Jérémy étant une perle et je voudrais saluer sa préparation. Du coup, les noms des personnages n’ont pas été changés dans ce récit.

On est tombés au fond du silo.

Vous me connaissez peut-être un peu, mais en introduction de la conférence j’ai présenté mon petit pédigrée : ayant travaillé pendant 6 ans au Centre Pompidou, j’ai également eu l’occasion d’intervenir pour des fondations culturelles privées, d’autres institutions publiques mais aussi pour des PME commercialisant des produits en BtB dans le domaine de la culture.

Un point commun à ces expériences : partout ou presque, il existe encore une structure en silo qui empêche de valoriser les interactions imprévues avec les internautes. Dans certains cas, des objectifs commerciaux laissent également peu de place à l’incertitude de ces interactions numériques humaines. Disons-le donc sans ambages : s’il est même impossible de communiquer efficacement dans ces cadres, vous imaginez bien qu’il y a une impossibilité structurelle à être agile sur les nouveaux financements. Notons pourtant que des démarches politiques au sein d’établissement peuvent garantir des tentatives voire des réussites, et j’en prends pour exemple le CMN, mais le lecteur pourra sans problème me proposer d’autres exemples locaux en commentaire ou sur Twitter !

Jérémy nous avait demandé de présenter le plus possible de projet. Je ne suis pas fort à valoriser mes anciens projets (même si je prépare une petite série pour mémoire). J’ai cependant eu envie de citer les suivants, afin d’illustrer différents rapports conflictuels avec l’esprit du mécénat :

  • Sur un plan classique, le projet Blinkster au Centre Pompidou aurait mérité une démarche de mécénat. Non seulement l’innovation technique s’y prêtait, mais en plus de nombreuses démarches collaboratives autour du projet avaient été mises en place – finalement, un partenariat tardif avec Wikimédia France résultera de ce qui pour moi s’inscrit comme une des plus grosses occasions manquées de cette période. Car, au final, aucun mécénat n’a existé pour ce dispositif qui n’a pas vu le jour dans une version finale. L’innovation numérique et le mécénat ont parfois des difficultés à s’accommoder.
  • Les projets éditoriaux Eduque le Troll et CheckPaint n’ont pas non plus profité d’un élan de générosité. Quel dommage ! Structurés comme des narrations transmédia autour d’un personnage haut en couleur qui a rapidement remporté de l’adhésion plus que de l’audience (j’ai nommé Miss TrollMedia), ces projets auraient pu être eux aussi porteurs dans une période où de nombreuses agences proposaient des démarches similaires aux institutions culturelles. En liant ces projets à une recherche de rentabilité économique, ou en s’appuyant sur des démarches de financement collaboratifs et de microfinancement à inscrire dans leurs histoires, ceux-ci auraient pu être très porteurs. Là encore, une quantité infinie de variable nous ont fait rater le rendez-vous.
  • Que dire des tentatives de microfinancement ? S’il est vrai que les projets portés par mon équipe portaient alors globalement sur la structuration des communautés, aucune demande de la hiérarchie n’avait été faite sur la construction de mécénats participatifs. Pire peut-être, après avoir formulé ces propositions, celles-ci ont été rejetées car « trop compliquées à mettre en œuvre administrativement ».

Bien sûr, il est toujours facile de pointer les défauts de manière rétrospective et je ne voudrais pas verser dans cette facilité sans y prendre ma part. Car, ces exemples montrent bien à mon avis la nécessité sur cette question du financement, de permettre de penser collectivement des stratégies et des projets. Organisées en silo, les équipes développent des cultures de travail qui ne se rencontrent pas ; ces nouveaux outils de financement (comme les nouveaux outils de communication que sont les RSN) ne devraient-ils pas nous permettre de développer une culture commune ?

Fuck yeah Communauté

Au royaume des buzz words, celui de communauté est borgne… enfin roi… enfin, vous m’aurez compris. Il m’a donc semblé important de rappeler quelques points de ce qui fait communauté pour bien comprendre les enjeux spécifiques qui se nouent entre cette assemblée de personnes et le reste du monde. J’aimerais relever deux nécessités incontournables :

  • D’abord, des intérêts communs, des pratiques communes et/ou un but commun. Ceux-ci peuvent être définis de fait, ou apparaître dans le dialogue et le consensus – voire en opposition à une pression extérieure à la communauté. Ce sont là les dynamiques identitaires classiques, et les buts et objectifs communs peuvent être simplement la jouissance d’un instant délicieux et hors des contraintes de la vie quotidienne – le divertissement donc. Certaines communautés créeront des objectifs plus exigeants, mais ceci est une autre histoire !
  • Mais aussi, un discours autour d’un avatar culturel, à partir duquel la marque peut tenter de fédérer pour créer des liens. Ceux-ci peuvent être tissés entre cette communauté et la marque, ou entre les membres de cette communauté si l’avatar culturel en lui-même n’a pas les caractéristiques requises pour créer ce lien seul. Un avatar culturel numérique, par les traces qu’il permet de laisser est plus adapté à la création de ces liens qu’un objet physique, mais ce n’est pas systématique.

A contrario, notons que des pratiques hétéroclites autour d’un avatar culturel créent ce qu’on appelle un public, c’est-à-dire un groupe qui est en capacité d’échanger autour de cet avatar, la variété des pratiques empêchant un objectif ou un but commun. Lorsqu’en plus la communication est morcelée voire inexistante entre les membres de la communauté, on pourra parler d’audience.

La clef de la communauté semble donc être la pratique de l’avatar culturel. Inutile de rappeler combien l’expérience utilisateur est essentielle, n’est-ce pas ? Il faudrait tenter de déconstruire un peu cette notion pour comprendre son impact normatif sur la pratique des membres d’une communauté. Car en effet, si ces membres ont la volonté d’être guidés pour la compréhension des avatars culturels (à mon sens, cette volonté est la résultante de l’acculturation aux politiques culturelles), elles n’ont ce désire que jusqu’à un certain point. Le spectre de l’émancipation les hante sans cesse. Certes, ils se laisseront malheureusement peu tenter par celui-ci, mais ils veulent en avoir la possibilité.

Là encore, cette volonté est issue selon moi d’une culture qui prend de l’importance dans nos sociétés hypermodernes : celle d’un mouvement vers la transparence et l’appropriation. Les industries culturelles et le secteur patrimonial sont vus comme des réserves de contenus à utiliser et exploiter dans des objectifs et des buts communs et individuels à la fois. Serait-il intéressant d’exploiter la volonté de coopération et d’investissement dans ce fonds culturel, en lien avec la transparence de sa gestion ? Certainement, mais à ce jour je n’ai pas vu d’exemple concret reprenant cette stratégie.

L’expression de ces buts communs et individuels se fait par différents moyens, au nombre desquels des actions, du do, à travers des détournements et des réappropriations de contenus culturels par exemple. S’il ne s’agit plus seulement de dire, une multitude de discours critiques continuent cependant d’exister à travers différentes modalités : les blogs et les prises de paroles formelles en occupent encore une part importante en parallèle des réactions informelles dans des échanges courts sur Twitter par exemple. De même, des réactions typiques d’une relation commerciale prennent de plus en plus de places dans des pratiques de consommation culturel à travers par exemple des sites comme TripAdvisor, mais le filtre du faire et de l’expérience utilisateur justifie de prendre en compte ces remarques selon l’angle de lecture proposé dans cet article. Peut-on faire le parallèle entre l’évolution du mécénat au microfinancement et l’évolution du blogging au microblogging ? Peut-être. Mais à ce jour je n’ai vu aucun projet de financement culturel se baser sur cette démarche – lecteur, détrompe-moi si tu as un exemple !

Les contenus sont une interface avec le public

En restant concentrés sur le contenu, on peut noter que de nombreux exemple de projets participatifs montrent que pour faire participer les internautes il faut d’abord solliciter leurs compétences déjà acquises (je cite souvent des projets des Archives de la Manche) et non leur en faire acquérir de nouvelles – une dérivée de l’adage qui veut que les institutions culturelles aillent là où sont les publics. Cela représente certes une vraie contrainte lorsqu’il s’agit de créer des interfaces, puisque celles-ci doivent prendre en compte l’analyse des futurs usagers. Ce n’est pas toujours facile dans un domaine où les études des publics, et a fortiori des non-publics que tentent souvent de toucher les RSN, ne sont pas toujours monnaie courante.

Ainsi, les dispositifs de médiation et de communication ne prévoient pas toujours une vraie place pour l’usager. La partie la plus progressiste des publics peut donc rejeter ceux-ci car ils n’y reconnaissent pas leurs usages, ils ne répondent pas à leurs attentes. D’autres dispositifs tentent cependant de s’adapter et vont sur le terrain des publics : ils sont alors dans une position délicate puisque soumis à la concurrence d’attention et/ou doivent s’adapter sur la forme tout en proposant un fond attrayant. Il s’agit donc d’une double contrainte un peu vicieuse (mais c’est le cas de la plupart des doubles contraintes, me direz-vous).

Pour y répondre, plusieurs niveaux d’implication face aux contenus peuvent être mis en place : d’abord, l’intégration des logiques de contenus et données ouverts (pensons à Gallica), qui permettent une réappropriation et une création d’interface par les publics. On peut aussi mettre à disposition des contenus particuliers et permettre ou laisser faire le remix (je ne voudrais pas rabâcher autour du Forum des images ^^), voire la production de nouveaux contenus à travers des dispositifs incitatifs (en ce moment, la mode est aux marathons photos). Dernièrement soutenu par une charte que j’ai vu fleurir dans de nombreux établissement qui l’arborent fièrement, ce mode photographique permet également une nouvelle appropriation par une forme de langage sans mot (parfois avec des émojis et des annotations) qui vient modifier la légitimité à prendre la parole.

Il y aurait d’autres interfaces et interactions à citer (j’avais peu de temps lors de l’intervention, je ne l’ai pas fait) qui dessineraient autant de types de publics et de profils différents, créant des opportunités et stratégies à déployer.

Les contenus, une valeur sacrée dans le Musée

Cependant, dans de nombreux musées ou établissements patrimoniaux, cela reste difficile vis-à-vis des objectifs quant aux contenus. Si la conservation, la compréhension et la diffusion des contenus peut parfaitement entrer en cohérence avec les modes d’interactions proposés, il ne faut pas oublier qu’un fonds a une valeur scientifique mais aussi affective : deux raisons de créer des gardiens du temple. On voit de nombreux conservateurs s’ouvrir sur la question du numérique et lâcher du lest quant à leur lien personnel au fonds qu’ils protègent (j’ai eu l’occasion de citer le Musée Fabre de Montpellier), mais des progrès peuvent être encore faits – tout comme il est possible à certains métiers de l’informatique ou de la communication de s’ouvrir aux différentes valeurs d’un fonds ! Notons pourtant que les politiques culturelles françaises ne sont pas d’une précieuse aide pour ces évolutions, puisqu’à mon sens la valeur qu’elles développent à propos d’un fonds est celle de l’éducation des citoyens, et non la liberté d’interprétation face aux avatars culturels.

Globalement d’ailleurs, les objectifs des institutions quant aux nouveaux médias se retrouvent dans la même impasse :

  • Structurellement, les nouveaux médias sont à la communication ou aux départements des publics où les objectifs sont bien souvent similaires : l’élargissement des publics. Ils sont peu utilisés pour le B2B (on remarquera le peu de pages LinkedIn dans les établissements publics) et rarement tournés vers le crowdfunding (ou avec des objectifs qui relèvent plus de la communication).
  • Les pratiques numériques artistiques ne sont pas en phase avec les pratiques numériques des publics : il s’agit de deux cultures vues comme antagonistes. Et pour cause ! elles n’ont pas du tout la même origine et les mêmes usages. Pourtant, le dialogue qu’elles pourraient instaurer serait fécond. Pour cela, il faudrait cependant que les départements des nouveaux médias puissent créer un travail élaboré avec ceux de la conservation – mon expérience a montré que cela était encore trop sporadique, et suivait bien souvent les lignes de… communication ou de médiation !
  • N’oublions pas non plus qu’au même titre que la communication est vue comme une simplification commerciale, les nouveaux médias vus comme un outil du « Libéralisme » face à la « Culture ». C’est particulièrement vrai dans les bibliothèques où le livre numérique fait se cristalliser certaines positions alors que ces lieux, leurs propositions et leurs usages sont en mutation.

Protéger son fonds des assauts… comment alors permettra à celui-ci de s’enrichir grâce aux financements extérieurs ?

Quelques pistes de réflexion

Sans vouloir faire de poncif, la situation me pousse à donner quelques pistes à explorer selon moi. On voit bien que la question est éminemment culturelle et qu’à ce titre un travail de RH serait indispensable. Cependant, la conduite du changement peut aussi se faire de manière douce en tentant d’aborder les questions liées au contenu :

  • Encourager certains dispositifs : par exemple, l’usage des certains réseaux sociaux est intéressant au-delà de ce qu’ils produisent en eux-mêmes : Instagram ne sert pas qu’à la photo, mais à une acculturation réelle autour des nouvelles pratiques de la représentation des fonds et de l’institution par les publics. Après avoir organisé un #EmptyMusem, le Palais des Beaux-Arts de Lille a mis en place #WikiMuseum, une collecte d’images en collaboration avec Wikimedia France autour du musée, lors du lancement duquel Bruno Girveau (directeur) annonça sa fierté de lâcher prise quant à l’image de l’institution. Que donneront ces pratiques ? Qui seront les auteurs et les garants de ces nouveaux fonds ? Comment la valorisation de ceux-ci auront lieux ? Imaginerons-nous des financements participatifs pour ces productions collaboratives qui seront investis d’un fort sentiments d’appartenance et d’une grande charge émotionnelle ? Nous le serons au(x) prochain(s) numéro(s).
  • J’ai déjà eu l’occasion de le dire : il me semble que le rôle du CM est aussi un politique. Peut-être pourrait-on assumer un peu plus cette position ? Ce n’est pas tellement dans l’air du temps a priori, et les formations de CM s’inscrivent aujourd’hui dans les métiers de la communication plutôt que de la sociologie. Mais peut-être le CM se fera-t-il ubériser ? Peut-être deviendra-t-il simplement inutile lorsque les contenus seront mieux appropriés directement par les publics. Cette désintermédiation provoquera fatalement une modification des économies liées à la diffusion des contenus… en espérant qu’une économie de plateforme culturelle ne se mettra pas en place. Une affaire à suivre (et à encourager ?) !
  • En tout état de cause, il me semble que ce qu’on appelle encore souvent « les nouveaux médias » s’inscrivent dans un temps qui passera vite. Ils s’intégreront au système. Reste à pousser une intégration qui permette non pas de les affadir, mais de transmettre leurs cultures aux mécanismes des institutions culturelles ! Les comprendre dans leurs aspects stratégiques semble être une façon de les voir comme un bon outil d’acculturation de l’institution aux pratiques de demain. Et justement, dans le cadre de ce Twelve, le rapport du contenu à l’engagement financier peut être cité comme l’une des bonnes pistes, malgré les contraintes citées.

Au fond, la question est la suivante : évoluer ou disparaître. Rien d’extraordinaire, de nombreuses industries culturelles se la posent ou ont dû se la poser. Voir les outils numériques et notamment les RSN comme des facilitateur d’une nouvelle économie permettant d’inclure les pratiques immanentes n’est peut-être pas la panacée, mais certainement un moment incontournable de la réflexion !

 

 

#WikiCP : how this partnership between Centre Pompidou and wikimedia France works

Two weeks ago, Centre Pompidou and Wikimedia France signed a new partnership: it’s the next step of a former project begun in 2011. This first test was completely different because it involved a small number of participants, art works and workshops. But the project succeeded: 4 articles were created with the infobox – this formal part of the page is important, because it allows the exchange of data and includes these on the semantic web.

There was a long time between this former project and the new one. The digital staff of Centre Pompidou was busy, working on the launch of this new website. But now, it works and it’s a huge project!

The partnership is designed with two principle goals: the first is the creation of articles on Wikipedia, and the second is the building of the Centre Pompidou community. To reach it, the partnership has 3 parts:

The technological aspect

This first part has not started yet. Wikimedia and Centre Pompidou will be able to create links between the two websites. This part will be facilitated by the Dbpedia project of Wikimedia France, which allows the data of Wikipedia to be crawled by other websites, like the one of Centre Pompidou for example. But to use the data of the free encyclopedia, Centre Pompidou has to study the viability of the process, quality of data, and a lot of others things. It’s not so easy for an institution which includes a museum known for scientific excellency to accept this kind of crowdsourced data and information. So Centre Pompidou will launch this technological aspect when the two others have ended.

We have to notice that contemporary art is not the best treated theme on Wikipedia: the project is to improve it. So, it’s necessary to work on this before using data on the Centre Pompidou websiteof course: that’s the purpose of the second part of the project!

The workshops

This second part is actually divided into three parts.

  • First, there are workshops for audience. 20 workshops of 2 hours are planned, with classes about the interface and spirit of the free encyclopedia, and classes about the writing of contemporary art texts dedicated to audience. There will be a lot of visits with curators and documentation prepared by librarians from Bibliothèque Publique d’Information and Bibliothèque Kandinsky. The program is as important as a university cursus but each participant can personalize it, picking up classes from his needs. They will also choose the subject of the article from a large list of works of art from Centre Pompidou collection.

    The first goal is to write 50 articles on Wikipedia, including 2 “good articles”, and 2 “quality articles”. The second goal is to observe the dynamic of the group, the involvement of each participant, and how it’s possible to make quality contributors from basic public.

  • Second, there are workshops for Centre Pompidou professionals. They will be focused on different forms of publishing, including digital publishing. The group will ask a lot of questions with case studies: what is the impact of collaboration on publishing? Is it possible to use creative commons and other free licenses on the publishing activity, even on paper? Can we imagine a new business model for publishing while the business model for the Internet is beginning to be dominant?

  • And a last part was added recently, to compare the first kind of workshops with more traditional ones. It will involve researchers linked to Bibliothèque Kandinsky, the library of the museum for people with accreditation. It will be composed of just 5 longer workshops, including a short moment of learning of the interface like in the others. The subject of articles will be 10 former Centre Pompidou exhibitions. So these last 5 workshops will be more strictly framed and composed by professionals or future professionals, so it will be very interesting to compare dynamics of collaboration during these workshops.

The Conferences.

Workshops are a very important part of the project, but another one is conferences : they are important steps in the project! Each conference is composed of two moments: the first is a balance sheet of workshops, and the second is a theorical approach to the theme. For example, the second conference will be about publishing and will begin showing the results of the professional workshops. After, 3 specialists from the the publishing industry will debate on a round table.

The first conference, last week, was about digital labour and Louise Merzeau (professor at Paris X University), Antonio Casilli (Professor at ParisTech) and Henri Verdier (director of Etalab) debated about changes and benefits of the collaborative work for cultural institutions.

The last conference will be about the “digital forgotten”, to ask if an institution dedicated to preservation and curation can use the Internet to reach it’s goals.

Conferences are a way to interrogate the new and massive adoption of collaborative projects. It’s particularly important in France, when culture is still a part of the legitimate and dominant class, instead of temptatives of democratization.

As the architect of this project…

I’m really proud that Alain Seban, President of Centre Pompidou, encourages it. It’s a part of the idea of a digital Centre Pompidou, an area where publics can find personalized information about art, at any moment. This digital Centre Pompidou will include different interfaces, like the web site, the future app, digital and social networks and so on. The project is an important step in involving publics in the production of contents and in creating a polyphonic area, where the voice of the museum will be added to the voices of users. It will be an area with different points of view where anyone could find any information, fitted to his needs and his abilities to understand any kind of language.

There are a lot of things to say about it yet, but I think the most important is to know how significant the opening of such an institution, is considering the work of non-professionals and even art lovers.

Joconde a le sourire un peu crispé.

Ce vendredi avait lieu la journée destinée aux professionnels autour de la base Joconde et des usages numériques dans les musées de France. Je n’ai pas pu assister aux présentations et débats du matin, mais j’ai retiré quelques étonnements et questions de l’après midi. Je ne parlerai pas ici en détail de toutes les présentations, aussi vous pourrez retrouver le programme de la journée ici.

Mais que regarde Monna Lisa ?

A entendre un peu les présentations, je me suis tout d’abord dit qu’effectivement la communauté museogeek n’inventait définitivement rien et que les principes simples de la construction collaborative de contenus avaient été inscrits dans certains projets numériques depuis plus de dix ans. L’exemple des Archives de Vendée forçait ce constat, où des 2003 trois millions de pages numérisées étaient disponibles et augmentées d’outils gratuits et externes à la plateforme pour inciter une utilisation des ressources, même si de l’aveu de l’oratrice, Emmanuelle Roy, la masse critique de participants n’avait pas encore été atteinte malgré une refonte et une intégration des modules participatifs dernièrement. Les enjeux des Archives concernant la participation ont été présentés comme étant les mêmes que les musées, mais peut-être sont-ils plutôt similaires à ceux des bibliothèques ? Car, plût à l’aura et malgré quelques craintes, le rôle du musée (conservation, patrimonialisation, et exposition notamment) restent bien ancrés dans l’esprit des publics. Avec l’arrivée de la numérisation des contenus et surtout de leur diffusion, c’est l’image du rôle des Archives et Bibliothèques dans leur mission d’accès aux contenus qui se voit rectifiée dans l’imaginaire collectif. Car si une certaine figure romantique du chercheur caressant le papier parcheminé d’un vieil état civil peut encore plaire et éveiller des vocations, les travaux qui nécessitent l’accès à de tels données se passent volontiers de l’imaginaire pour embrasser l’accès rapide aux infos utiles via le numérique ; le poids des 25000 connexions quotidiennes au site face aux 1000 lecteurs annuels en salle tend même à prouver la diversification des publics.

Les projets collaboratifs mis en place aux Archives cherchent alors à remplir, sous de nouvelles modalités, les missions de valorisation du fonds, d’encouragement de la recherche, d’amélioration du service aux usagers. Mieux, ils servent à faire de la participation des publics un moteur pour tout le secteur. Tout ceci se base sur une continuité de la pratique admise dans le secteur : la première étape de construction d’une communauté (d’un « réseau ») est en effet présentée comme une pratique fondant la démarche archivistique. Internet vient simplement augmenter le nombre de liens du réseau, fussent-ils des liens faibles. Ce nouveau public devait pouvoir accéder aux contenus facilement, en dehors des normes professionnelles, ce qui a obligé les Archives à proposer plusieurs interfaces d’accès sur le site, ou encore à accompagner cet effort documentaire d’un effort de formation tant auprès des agents que des publics (j’y reviendrai).

Un système de mutualisation et de production des contenus est également adossé aux ressources numérisées : on nous annonce que toutes les données sont validées a priori par un comité de validation qui veille par exemple au référencement. Il s’agirait de répondre a la demande de confiance qui lie l’usager et l’institution. (Hum, j’y reviendrai aussi)

Ce sourire, ce n’est pas juste la peur que quelque chose change ?

Laurent Manœuvre a ensuite pris la parole pour faire un tour d’horizon des pratiques, annoncé comme étant non exhaustif. Il entame son propos en expliquant que certaines institutions sont déjà engagées dans une démarche participative, mais souvent de manière très expérimentale. Parmi les enjeux de ces tests, on trouve la réutilisation (qui qualifie l’acte d’un internaute consommateur) et la contribution (où le statut de l’internaute devient celui d’un acteur et producteur). Deux pratiques intimement mêlées, aux logiques cependant différentes : « c’est un constat qu’il faut garder en tête au moment de la conception d’un site ».

En outre, l’orateur note que la réutilisation dans les musées concerne massivement les images. Détenir une image est une source de revenu pour les institutions, même (surtout) de petite taille. Lorsqu’il cède un droit d’utilisation, le détenteur de l’image devrait même s’assurer de la qualité de la réutilisation – il est cité l’exemple d’un musée américain qui autorise le téléchargement (gratuit) de ses reproductions en faisant signer des CGU indiquant pour seule restriction un respect de la morale due aux œuvres… Comme me le faisait remarquer ma voisine, Françoise Le Coz , nous apprécierons le concept de morale dans l’espace culturel. Peut-être la clef de ce concept est-il à trouver dans une notion que j’aime moi-même à rappeler mais que l’orateur aura lui-même évoquée: la détention de contenu est un enjeu de connaissance mais aussi de pouvoir. Dès lors, partager des contenus mais en limiter l’usage, quel qu’il soit, ne revient-il pas encore à imposer son pouvoir, et tout le système de valeurs qui va avec ?

En promouvant la diffusion des œuvres de manière un peu angélique, Laurent Manœuvre cite l’exemple formidable du Rijksmuseum (dont j’ai un peu parlé ici). Le constat ? Le web est saturé de reproductions dont la qualité est médiocre, qui semblent dénaturer l’œuvre elle-même. Pour contrer cela ce musée aurait simplement choisi de libérer l’utilisation de haute définition. Ensuite l’orateur cite la mise à disposition massive des reproductions par les musées américains, qui pourrait rendre l’art européen invisible sur le web. Un constat un peu alarmiste mais fondé, à mon sens. Ce serait en quelque sorte la continuité des politiques de luttes culturelles entre le Nouveau Continent et la vieille Europe qui ont réussi notamment à imposer le cinéma Hollywoodien dans les clauses du plan Marshall, et plus largement la culture américaine durant la guerre froide.

Derrière, le sfumato cache un horizon limpide.

Pourtant, ne nous trompons pas : le partage est dans le discours de chacun, de manière non-ambiguë depuis maintenant quelques mois à longueur de colloques. Certes, cela relève encore du discours, mais croyons en sa performativité. Ce ne sont donc pas les acteurs opérationnels qui bloquent le plus, mais dans pas mal de cas les ayants-droits qui interdisent ces usages pour les œuvres n’étant pas dans le domaine public, ceux-ci eux-même confortés par le manque d’ambition des politiques culturelles. Une attitude à rapprocher d’une part de la volonté de pouvoir citée plus haut, mais aussi d’autre part d’une grande méconnaissance des potentiels de ces démarches, voire une méconnaissance du droit tout court qui mène parfois à rajouter des couches de protections là où elles ne sont pas nécessaires. Facilitons ces usages, montrons quelques exemples de ce qu’on peut déjà faire dans le cadre du droit actuel et tentons de faire bouger ce « droit d’auteur qui est à la base de l’identité et de l’action du Ministère de la culture », plutôt que de nous auto-flageller sur un retard ou nous effrayer (même à raison) sur une stratégie anglo-saxonne d’acculturation particulièrement efficace.

Le discours semble univoque durant cette après-midi : la collaboration c’est fécond. Certes. Lors d’une prise de parole, j’ai peut-être décroché un peu car j’ai cru entendre un parallèle entre le bénévolat dans les pays anglo-saxons et la coproduction de contenus… Mais je ne peux pas croire que quiconque ait cru qu’ils fussent de même nature ! Eût-il pour cela fallu penser que la co-construction avait pour but de remplacer par le travail des publics celui des spécialistes… Las ! En y réfléchissant je crois bien avoir entendu plusieurs fois des allers-retours linguistiques entre les termes de professionnel et d’amateur… Je pense me souvenir dans les brumes d’un mauvais rêve que certains utilisaient même le terme « d’éducation ».

OK, j’en rajoute un peu dans l’outrance. Mais je me suis permis avec ma trop grande gueule de poser une question à ce propos : que cherchaient à démontrer les orateurs, dont beaucoup s’étaient exprimés en ces termes ? Pensaient-ils que le salut de la contribution était de faire dire la même chose à tout le monde ? La réponse n’a pas été totalement la même pour tous, mais un dialogue s’est engagé avec Laurent Manœuvre qui semblait assumer cette mission d’éducation des institutions culturelles, la continuité des modèles dans leurs fins. Pour moi, pourtant, l’intérêt du numérique ne réside pas dans l’adaptation (nécessaire) des politiques de médiation issues des politiques culturelles cherchant à éduquer le citoyen (on ne parlait pas de pouvoir tout à l’heure ?), mais bien dans l’apparition de la polyphonie, la perte de légitimité d’un sachant qui peut maintenant apprendre par le décentrement des points de vue et leur multiplicité. Une multitude de points de vue qui ne vient pas empêcher l’institution d’être dans une relation de confiance face aux usagers à qui elle fournit des contenus, au contraire : elle lui permettrait de pointer d’autre discours pour enrichir l’échange, faire comprendre les différences entre eux – en étant corporate, peut-être même de valoriser son propre point de vue.

Qu’est capable de nous dire Joconde ?

L’intervention suivante de Thibault Grouas a permis de revenir vers les sujets sémantiques abordés en début de séance et, selon moi, de fournir là encore une réponse au soucis de mise en commun des discours que j’évoque : « Le web sémantique permet de donner accès au multilinguisme, pour relier les données équivalentes dans des langues différentes », « Internet est un outil qui permet l’actualisation, l’enrichissement et la variété linguistique ». L’enjeu porté par la Délégation générale à la langue française et aux langues de France est littéralement celle de la polyphonie, alors qu’il faut valoriser les 75 langues de France (langues d’outre mer et les langues régionales) : il s’agit de donner une autre dimension à celles-ci en les utilisant visa les données.

L’orateur a également parlé du « Joconde lab » à partir de la base contenant 300 000 notices avec images – justement, l’utilisation de ces images sera privilégiée pour permettre un accès multilingue via la sémantisation et le plurilinguisme sans développement d’interfaces spécifiques dans différentes langues. Si tous ces projets permettent dans un premier temps à chacun d’accéder à un maximum de contenus, il ne faudra pas oublier à un moment de créer des approches éditoriales différenciées, y compris dans l’appel à contribution ; à défaut, ces projets participeront du lissage et de la mondialisation de la culture. Une ambition qui viendrait justement s’inscrire dans un rapport mondial conflictuel où ces expérimentations permettraient de nourrir les projets industriels du ministère de la culture, via le schéma directeur de systèmes informatiques qui favorisent les projets de sémantisation.

A cette conférence, je n’ai croisé aucun museogeek. On pourrait se demander pourquoi ! Car, enfin, ont été exposées ici les mêmes tensions, se sont noués ou dénoués les mêmes enjeux que dans n’importe quel autre événement autoproclamé « museogeek » : le rapport des dispositifs numériques aux précédents, la mise en avant du potentiel de la prise de pouvoir par les usagers et la dénégation de son intérêt, les enjeux économiques et politiques que le numérique implique en France et bien au-delà, l’inscription de ces pratiques dans un habitus professionnel… Mais on pouvait surtout lire en filigrane chez certains la volonté de reproduire ad libitum et ad nauseam les politiques culturelles françaises, allant de paire avec la formation d’un citoyen, bon républicain univoque. Le numérique culturel est encore à la croisée des chemins, aucun modèle ne semble plus évident qu’un autre : il faut, encore et encore, suggérer les apports d’un véritable modèle collaboratif où les publics sont aussi légitimes que les institutions, dans un dialogue des uns avec les autres…

Concrètement, quels dispositifs numériques pour nos musées ?

En Octobre 2012, j’étais invité par Museimpresa à donner une conférence dans la banlieue de Véronne. L’association des musées et archives d’entreprises voulaient avoir un point de vue global sur la façon dont le numérique pouvait changer la valorisation du patrimoine.

Je publie ici la dernière partie de mon texte (la première partie est à voir ici et la seconde là) Elle donne un exemple du parcours utilisateur possible dans une institution culturelle qui aurait mis en place une logique d’écosystème numérique.

 

Pour termine cette intervention, j’aimerais à présent vous parler un peu plus concrètement de ce qu’on peut mettre en place dès à présent. Nous avons en effet vu l’importance de la stratégie, les différentes façons de mener un projet numérique structurant et les potentiels des cultures numériques dans un environnement global de la culture qui tend à profondément se bouleverser.

Mais, que permet donc le numérique dès à présent ?

Prenons le cas d’école d’une visite dans un musée par deux garçons que nous nommerons pour les besoins de l’exercice Antoine et Sébastien. Je vais vous montrer comment une expérience si banale peut s’enrichir grâce à quelques concepts numériques possibles dès aujourd’hui. Certains sont des projets encore un peu couteux, d’autres se réalisent à moindre frais, mais il y a un fil rouge de cette histoire : elle ne peut être réalisée que si le numérique est pensé de manière stratégique et globale.

Sébastien s’ennuie. Il navigue sur son smartphone et va chercher une activité nouvelle. Il cherche alors dans la boutique virtuelle de son smartphone une nouvelle application et inscrit au hasard le mot « enquête » dans le moteur de recherche – il vient de regarder Les Experts en VOD. Il télécharge alors une application qui lui promet de « vivre une expérience artistique en plein air ».

Il ouvre l’application et commence à se plonger dans l’histoire dans laquelle un peintre est assassiné. Très vite, il est amené à se déplacer dans la ville car l’application lui demande de chercher des indices sur un lieu précis. Arrivé sur place, l’application lui suggère de filmer en temps réel autour de lui et tout à coup, il voit apparaitre sur l’écran de son appareil des photographies d’archive se superposant à l’image réelle captée par le prisme de l’appareil photo de son smartphone. Il s’agit de photographies de l’atelier de l’artiste, maintenant détruit. Si le lieu n’existe plus, Sébastien peut appréhender le quartier et son ambiance… C’est ce qu’on appelle une expérience de réalité augmentée : des documents numériques viennent enrichir une expérience sensible.

Mais d’où provient la photographie d’archive qui s’affiche sur son écran ? Tout simplement d’un fonds d’archives d’un musée ! Pourtant, l’éditeur de l’application n’est pas ce musée (il y a d’ailleurs fort à parier que Sébastien n’aurait jamais téléchargé cette application si elle venait d’un musée : il cherchait juste à s’amuser). Cela peut être possible lorsque le musée participe du web de données et libère ses ressources. Il s’agit de permettre la création de nouvelles expériences autour de contenus mis à dispositions de start up qui créent des applications innovantes, par exemple. Cette démarche a eu pour intérêt dans notre cas de faire connaître un artiste et son atelier à quelqu’un qui ne cherchait pas d’expérience culturelle.

Pensant à son ami Antoine qui pourrait être intéressé par ces informations, Sébastien envoie un twitte via l’application en utilisant la fonction « Partager sur les réseaux sociaux ». Un message préenregistré du type « Découvrez l’atelier d’un artiste majeur du XXe siècle grâce aux archives du musée @artModerne {LIEN} » lui est alors proposé. Par flemme, il ajoute juste le nom de son ami au message, sans supprimer le lien qui renvoie vers une page présentant une reproduction de la photographie qu’il a vue. Profitant d’avoir été cité dans le message, le musée répond à Sébastien et Antoine en leur envoyant le lien de l’exposition du moment. Après quelques échanges, Antoine décide d’aller voir l’exposition. Il s’agit ici d’investir les réseaux sociaux et d’y effectuer une conversation numérique, qui conduira dans de nombreux cas à une visite virtuelle d’un contenu voire à une visite physique. Cette conversation numérique va permettre d’augmenter la notoriété de la « marque musée », créer une présence sur les réseaux de ses contenus, participer du partage et finalement des logiques de recommandations sociales entre usagers des réseaux sociaux : c’est Sébastien qui avait consulté le contenu numérique, mais c’est finalement Antoine qui vient au musée.

Arrivé sur place, le garçon constate que l’exposition a du succès puisqu’une longue file d’attente s’étire sur toute la longueur du long hall d’accueil. Mais Antoine repère un écran qui capte son attention et finalement il consulte une bande annonce d’une minute présentant l’exposition et les œuvres. A la fin de cette bande annonce, un QR code apparait et propose de télécharger l’application du musée : il saisit son smartphone et flashe le code. Dans l’application, il découvre quatre des œuvres majeures de l’exposition : il apprend leur contexte, les détails qui ont fait leur valeur dans l’histoire de l’art, leur signification et quelques autres termes qu’il se fera plus tard un plaisir de twitter pendant sa visite, comme s’il les avait toujours connus. Très vite, il découvre aussi que l’application lui permet d’acheter des billets en ligne : autant de temps de gagné car il change de fil pour accéder à l’exposition directement ! Ici, c’est l’idée que le numérique peut aider à la gestion du lieu physique. En proposant des contenus numériques, le visiteur peut être détourné de taches fastidieuses qui peuvent lui laisser une impression amère : ici, plutôt que d’attendre, le visiteur est amené à préparer sa visite. Dans l’exposition, son regard se portera vers les détails qui lui ont été signifiés, réalisant ainsi un acte de médiation supplémentaire. On voit aussi des logiques de m-commerce, qui peuvent s’appliquer à d’autres éléments que les billets d’entrée : imaginons par exemple que le musée ait voulu commercialiser un documentaire sous la forme vidéo à la demande, qu’Antoine aurait pu consulter dans les transports qui le ramèneront chez lui…

Imaginons que ce ne soit justement pas le cas de notre musée fictif : Antoine aurait pu s’en plaindre sur les réseaux sociaux et là encore, le community manager du musée l’aurait repéré. Intéressé par cette doléance, il aurait pu la faire remonter au directeur chargé de la médiation pour qu’un projet de production de vidéos à la demande soit étudié. Mais je vais m’arrêter là, car ce que je commence à décrire ici c’est tout simplement ce dont je vous ai parlé au début : la façon dont le pouvoir des visiteurs, des internautes, des citoyens, peut remonter depuis la base vers le sommet et influencer des pratiques institutionnelles… pour peu que les structures culturelles se donnent la peine de penser une stratégie qui rende toutes ces expériences possibles !

Avant de vous quitter, je voudrais ajouter une dernière chose : c’est qu’il faut évaluer les dispositifs numériques, sans cesse voir s’ils sont conformes aux attentes des publics. Dans mon exemple, on voit bien qu’Antoine attendait autre chose de l’application (qu’elle lui permette d’accès à des vidéos en VOD). Si notre musée fictif a réussi à capter sa proposition sur les réseaux sociaux, il aurait pu aussi mettre en place une structure observant le comportement des usagers via des statistiques de consultation des ressources présentes dans l’application et constater que la bande annonce était très consultée…

 

 

 Courte conclusion de la conférence

Évaluation, expérimentation, stratégie. Voici au fond trois mots qui décrivent assez bien les démarches des cultures numériques dans la culture. La démarche stratégique vous permettra de coller avec les buts fixés par le projet d’établissement ou à l’environnement global de la culture.. L’expérimentation vous permettra de mettre en place des projets sans risque, et l’évaluation de ceux-ci vous autorisera à les agencer puis à les déployer à plus grande ampleur.

Le numérique, c’est simple comme trois mots.

 

 

Ce texte conclue la série de trois articles reprenant ma présentation pour Museimpres. la première partie est à voir ici et la seconde là.

L’itération ou la grand-messe ? Questions de stratégies numériques.

En Octobre 2012, j’étais invité par Museimpresa à donner une conférence dans la banlieue de Véronne. L’association des musées et archives d’entreprises voulaient avoir un point de vue global sur la façon dont le numérique pouvait changer la valorisation du patrimoine.

Je publie ici la première partie de mon texte (la première partie est à voir ici) Elle traite des façons dont les deux types de stratégies opposées que sont l’itération et la stratégie hiérarchique peuvent s’enrichir l’une l’autre.

 

Le monde du numérique représente encore un monde où tout est possible. Il est assez fréquent de penser que dans ce monde il n’y a pas de loi. Il est vrai que l’expérience, la tentative et les ratés y sont très nombreux. Est-ce à dire que le monde du numérique n’est pas encore mature ?

Pas tout à fait. Les choses sont déjà en place pour que nous puissions travailler avec sérieux et non plus bricoler, sans oublier ce que sont les cultures web : des pratiques hybrides basées sur le retour d’expériences nombreuses et novatrices.

Une grande stratégie pour un projet ambitieux.

Il est donc possible de mixer des cultures à la base très éloignées. La culture la plus éloignée des cultures web est très certainement celle de l’institution qui régit les musées, les archives, les lieux de culture ainsi que chaque structure ayant pour ambition de réaliser des projets d’ampleur.

Si on étudie ce que cette culture centralisée a apporté à nos institutions, il n’y a pas que de mauvaises choses ; certes, avec le temps elle ne permet plus tout à fait l’innovation dont le monde actuel a besoin, mais elle a donné des orientations communes, des règles de conservation utiles à la préservation de nos œuvres ou documents, une normalisation des pratiques… Cela ne vous rappelle rien ? Oui, c’est exactement le moment dans lequel se trouve le web ! Ce n’est donc pas ce système en lui-même qui est à jeter, mais seulement ce qu’il est devenu qu’il faut questionner.

Nous ne réinventerons pas toutes ces règles construites au fil des années – il nous faut donc les mixer avec celles qui font le web. Actuellement, le monde de la bibliothéconomie le sait et mixe les pratiques web de l’open data aux identités des bibliothèques, à leurs missions sanctuarisées. Il faut aussi noter toutes ces expériences dans les musées que sont des nouvelles formes de médiation numérique ; le Centre Pompidou en fait partie dès 2010 avec les livetwittes, regards des visiteurs invités de manière légitime à s’exprimer à travers des messages repostés par le compte Twitter de l’institution, mais il existe à présent d’autres formes encore plus intéressantes un peu partout en France et dans le monde.

La coexistence actuelle de ces deux formes d’organisation de projets, au-delà de donner des phrases à la mode du type « c’est un projet agile » doit également engendrer un mouvement de fond positif : il ne faut pas réinventer les règles mais les mixer en fonction des nouveaux usages. Pour cela, il existe le besoin de faire comprendre les enjeux du numérique à toute la structure institutionnelle, en faisant des comptes-rendus des activités et des conversations numériques. S’il est important de faire remonter, je crois qu’il est aussi nécessaire de « faire descendre » en quelque sorte ! Une méconnaissance totale des dispositifs et des raisons d’être de l’institution se répand en effet dans les milieux prônant la co-construction, figeant peu à peu l’image de l’institution vue comme un ennemi de la cause. A tort ! Ce que chacun veut, c’est la diffusion de la culture – seuls les moyens diffèrent. Il faut donc que la compréhension et mise en place de la démarche de digitalisation de l’entreprise soit étendue et faite de manière collaborative.

Car ces deux modèles permettent simplement deux choses très différentes : d’un côté un modèle structuré permet une vision plus globale et une harmonisation des pratiques collectives, quand de l’autre le modèle rhizomique permet d’articuler les actions de manière immanente. En France, justement, je voudrais citer deux projets qui s’opposent par leur conception du mixage entre ceux deux points de vue: « Musémoix » d’une part et « Fantasmons le Centre Pompidou » d’autre part.

« Fantasmons le Centre Pompidou » prend le temps long de l’institution comme une force réflexive. S’il manque de réactivité immédiate, il permet surtout d’enregistrer les évolutions profondes des pratiques culturelles qui mutent au contact des pratiques numériques. « Fantasmons le Centre Pompidou » est une série d’ateliers thématiques dans lesquels des membres d’horizons divers vont venir partager leur histoire professionnelle d’un domaine d’expertise : l’open data, l’e-publishing, les réseaux sociaux, la médiation, etc. Autant de domaines qui seront abordés avec un œil neuf lors de séances de brainstorming dont les synthèses serviront à mettre en place une veille technologique, des ateliers avec les agents du Centre Pompidou et devraient aboutir à la conception de projets au sein de l’institution, voire avec des incubateurs et des start up lorsque cela sera possible. Car toute la production de « Fantasmons le Centre Pompidou » sera ouverte et disponible hors de l’institution. De fait, il s’agit de mêler les pratiques du web (co-construction, ouverture, etc.) aux pratiques de l’institution (mise en place d’un projet sur le temps long pour qu’il s’inscrive profondément dans sa pratique).

Des petits projets pour une efficacité immédiate.

Sur un temps court, Muséomix est le reflet parfait de cet esprit participatif et non professionnel où les publics sont invités à repenser autrement leurs pratiques en fonctions des cultures très éloignées de celle de l’institution. Le positionnement idéologique n’est pas assumé, mais ma lecture en est la suivante : d’année en année, le projet de Muséomix n’est en fait pas de repenser l’institution, mais de la court-circuiter. Il met en place des dispositifs très courts que construisent une part des publics sélectionnés sur candidature, qui permettent potentiellement beaucoup d’inventivité : il s’agit donc au fond plus d’une expérience humaine que d’une réelle remise en cause de l’institution dans sa manière de fonctionner et son rapport aux cultures numériques. Les dispositifs pensés lors d’ateliers intensifs ne sont pas, par exemple, destinés à rester de manière pérenne dans l’institution qui accueille l’événement, même si un travail sur ce point est en cours. L’expérience ponctuelle prime donc.

Les projets de ce type permettent de faire un lien direct avec le public (faudrait-il encore que ce lien soit relayé dans l’institution voire que la distinction institution vs. public soient rendue inopérante !). La liberté d’action de ceux qui font les cultures numériques engendre un univers de possibles et de nouveautés important que dans certains cas peut même s’autofinancer grâce aux logiques de micro financements participatifs.

Il ne faut pas oublier cependant que tout ce qui se fait en dehors de l’institution mais à son contact va créer des tensions avec les métiers du musée : la médiation qui est mise en place au travers de ces projets va bouleverser les méthodes traditionnelles issues des politiques culturelles et des querelles esthétiques. Doit-on faire rempart à l’œuvre ou laisser les publics à son contact ? Doit-on expliquer, ou faire comprendre ? Doit-on créer avec les publics ou sanctuariser l’acte de production artistique ? Tant de questions que les cultures numériques, chantres du Do It Yourself et adeptes des écrans, ne se poseront pas. Pourtant, le fond du sujet est toujours le même : dire en mots simples ce que l’artiste veut faire passer dans un langage que les novices ne peuvent pas encore décrypter, donner des clefs d’un contexte qui dépasse les notions de culture général… bref, les contenus de médiations que les métiers traditionnels transmettaient avant sont les mêmes. Il semble nécessaire d’éviter la rupture médiationnelle qui semble à l’œuvre en accompagnant et en intégrant ses métiers aux nouvelles pratiques des cultures numériques.

On peut s’en rendre compte facilement : les communautés elles-mêmes se sont mises à produire les contenus. L’institution qui deviendrait alors médiatrice de contenus qu’elle assimilerait renforcerait son devenir média : la diffusion d’un côté pourrait se coupler à une pratique de qualification des publics permettant cette production collaborative de qualité. Au-delà de participer à la mutation des lieux de production de savoir, on peut voir cela d’un œil pragmatique : c’est une réponse aux manques structurels induits par la nouvelle économie de la culture. De plus, il ne faut pas oublier que ces projets collaboratifs immanents profitent d’un « effet start up » : s’ils sont une réussite, ils deviennent visibles tandis que s’ils sont un échec, ils se font vite oublier. Mais cette réussite doit être relayée jusqu’au sein de l’institution, ce qui nécessite (on y revient) une stratégie globale !

En conclusion et avant de vous narrer une petite histoire, j’aimerais synthétiser ce dernier point : la centralisation des projets va permettre des avancées politiques au sein de structures et de réseaux complexes. La rapidité de la mise en place d’un projet en souffrira. La décentralisation engendrera une production rapide mais amoindrira la qualité du projet tout en augmentant son lien avec les publics. On peut imaginer un couplage des deux systèmes en mode itératif qui est une possibilité de répondre aux enjeux de l’évolution du monde de la culture. Il faut les coupler avec une stratégie sur le long terme, sauf à vouloir bricoler au risque de s’essouffler.

 

Retrouvez bientôt la troisième et ultime partie. Pour être tenu au courant, vous pouvez suivre le hasthag #Véculture ou directement mon compte twitter @gonzagauthier

L’institution culturelle sans le numérique ? Sérieusement ?

Ce billet fait suite à mon intervention dans le cadre du Colloque de l’AVICOM, à Montréal. Malheureusement, le dispositif que j’avais proposé à la suite de la publication de ma note d’intention n’a pas pu être tenu, faute de pouvoir réunir suffisamment de réactions écrites (beaucoup m’en ont fait par à l’oral – cette culture a encore de l’avenir malgré les twittes !)
L’intervention durait 15 minutes. Je ne vais pas vous faire croire que j’y ai dit tout ce qui suit. Mais la trame y était je crois – je préfère vous faire partager la version entière. Pour les curieux, je tiens à préciser que cette conférence avait été rédigée avant le lancement de nouveau site internet du Centre Pompidou (ceci étant précisé à toutes fins utiles).

Introduction :

Actuellement, le secteur culturel français doit faire face à des évolutions qui conditionnent son avenir. Il n’est même pas nécessaire de parler des enjeux politiques actuels qui font suite à l’alternance au sommet de l’Etat, dont on aurait pu penser qu’elle redessinerait à terme le paysage de l’action culturelle. Les perspectives des bouleversements à venir, entamés depuis plusieurs années et reflétant inévitablement le sens global de nos sociétés occidentales, sont largement suffisants à dresser le panorama nécessaire à la conduite de ce petit exposé.

Car, un fait essentiel préside à ce que le numérique prenne de plus en plus de place dans les structures françaises : l’injonction à la recherche de fonds propres. Comme dans le secteur universitaire français par exemple, cette nouvelle économie est le reflet d’une nouvelle stratégie de gouvernance globale : l’université doit maintenant se financer de manière « autonome », nécessitant une « autonomie » nouvelle dans sa gestion. La culture ne sera pas en reste. Si les dispositifs nécessaires à cette « autonomie » n’y ont pas encore pris place, nul doute qu’ils seront inventés (importés ?) dès qu’ils deviendront absolument nécessaires – l’entre-deux actuel n’était pas propice à la prise de décision rapide.

Que l’on soit partisan ou non de cette gouvernance à venir, il est un fait : le secteur culturel va devoir se construire avec un demi-frère qui a déjà pris des dispositions quant à sa survie en milieu concurrentiel : le secteur de l’entertainment. Sa part d’héritage du au secteur de l’économie de marché lui donne un avantage non négligeable d’innovation qu’il nous faut réussir à acquérir en peu de temps.

Entre 3D, Tv connectées, transmédia, livres numériques, apparitions des smartphones et tablettes, etc. qui pourra nier que cette inventivité se trouve du côté du numérique et au coeur de l’expérience utilisateur ? Voilà le défi que devront relever médiateurs, conservateurs, administratifs, artistes, galeristes, et autres gens d’une culture dite « légitime ». Eh, justement ! Le mot « légitime » est l’héritage de la structure bourdivine de la culture française, de Malraux à Mitrerand en passant – avouons-le – par Lang. C’est par cette façon de penser le secteur de la culture qu’il nous faut commencer – c’est par là que les réseaux sociaux nous aident à agir.

Permettre le re-empowerment

Je dois l’avouer tout de go, mon introduction s’inscrit dans un contexte historique bien plus large : celui de la République. La construction révolutionnaire du musée français, basée sur des dogmes bourgeois et des principes d’universalisme, a essaimé si fort et si loin dans le monde occidental que ses avatars seraient presque difficiles à distinguer s’ils n’étaient pas teintés des particularismes locaux et adaptés aux objets exposés (la moindre des choses, au fond). Le projet politique a presque disparu derrière les règles toujours plus nombreuses qui doivent présider à la conservation et à la monstration ordonnée des œuvres.

Pourquoi les choses évolueraient-elles à présent ? Comment cette narration, tout à coup, serait-elle perturbée ?

Je me fais souvent moquer par certains lorsque je le rappelle, mais il ne faut pas oublier que même en 2012 de nombreux musées n’ont pas encore de site web. Pas même un site vitrine. Les sites de grandes institutions qui brillent par la qualité de leurs accrochages ou de leurs expositions sont parfois encore cantonnés à la rubrique « culture » d’un site municipal. Un fossé immense se construit sur le plan du développement numérique entre ces structures et d’autres, plus ambitieuses en ce domaine, qui explorent les possibles d’un monde numérique – voire d’un réseau pervasif en devenir – et développent des projets structurants. Ces grandes institutions sont bien évidemment – et c’est une profonde tristesse que de le dire – principalement celles qui ont les moyens d’investir. D’autres structures plus petites ayant des visions tout aussi intéressantes du numérique investissent plutôt les réseaux sociaux. Dans ces deux cas, il s’agit souvent d’une volonté émanant des deux extrêmes de la chaine de travail des structures culturelles : la volonté de s’impliquer dans les réseaux sociaux est immanente, en lien avec la connaissance empirique des publics, tandis que le besoin de digitalisation de l’institution culturelle est un phénomène descendant, répondant à la hiérarchisation des prises de décisions politiques.

Cette digitalisation de l’institution culturelle est un processus long et complexe dont la réussite dépend de sa capacité à innerver l’ensemble de la structure. Cet impératif justifie à lui seul que, contrairement à ce qu’il eut été agréable d’imaginer lorsqu’on connait bien les cultures numériques fortement décentralisées, les injonctions de digitalisation des processus culturels viennent du haut de la hiérarchie. Cela est en fait tout à fait bénéfique pour les structures anciennes qui souhaitent évoluer – gageons que les structures nouvelles (oseré-je citer la Gaité Lyrique ?) sauront inventer des modes de gouvernance alternatifs lorsque celles-ci ont des ambitions numériques.

Le Centre Pompidou s’est engagé dans un tel processus depuis la présidence d’Alain Seban. L’ambition numérique a été hissée au rang de « projet stratégique », donnant un souffle extraordinaire à celle-ci. Et, croyez-moi, ce soutient était nécessaire. J’ai déjà eu l’occasion de dire que pendant les 3 années durant lesquelles ce projet a fait l’objet d’un véritable travail transversal entre les équipes  du Centre Pompidou, l’envie de numérique a remplacé la peur du numérique. Je crois que notre environnement et notre culture particulière, voulue dès notre ouverture en 1977, a facilité cette approche numérique transversale : même si les années ont renforcé une structure contraignante, nous n’avons jamais perdu de vue le dessein d’un culture qui ne souffrirait aucune frontière dans sa façon d’apparaître au public.

Le projet du nouveau site internet a été structurant pour la digitalisation du Centre Pompidou qui est à venir. Car ce projet est à mille lieux du « site vitrine » que je citais plus haut : il s’agit de mettre en ligne tous les contenus du Centre Pompidou produits à destination des publics. Imaginez le travail ! Depuis les archives jusqu’aux réserves en passant par les bases de données ou les étagères stockant des productions vidéo, des dépliants d’exposition, les maquettes du concours d’architecture, les grands moments du Centre Pompidou comme ses petits événements faisant la diversité de notre programmation… tout cela a du être numérisé ou re-numérisé lorsque les formats étaient devenus obsolètes. Mais ce n’est pas tout : il a fallu libérer les droits d’une production dont les auteurs sont souvent encore en vie ou pour lesquels les ayants droit ont tout pouvoir.

Cette immense production et celle à venir ne pouvait pas être simplement mise à disposition des publics sans que nous nous souciions de la façon dont ils allaient pouvoir y accéder. La structuration de ses données en sémantique a alors présidé à la construction du projet – et entrainé des chantiers techniques, des chantiers d’indexation et des changements de pratiques là aussi très nombreux.

Cela peut paraitre simple, résumé ici en quelques phrases. Mais le chantier est énorme et engendre des défis incommensurables. Le premier d’entre eux était de faire comprendre aux programmateurs que ce temps investi dans le numérique allait réellement profiter à toutes leurs missions – pour ne citer que le musée : aux missions de conservation, de monstration et de développement du fonds.

L’originalité du projet du Centre Pompidou était de ne pas se cantonner à la chaîne finale. Il fallait à la fois considérer les forces internes et les publics tout en respectant l’esprit du Centre Pompidou. Des choix difficiles ont été pris pour cela, comme celui de ne jamais produire à destination seule de ce site internet ou même de ne pas éditorialiser cet espace. Une idée qui a permis de garder à l’esprit que le numérique n’était pas une fin, mais bien un outil au service des publics fréquentant notre institution.

Un outil, oui : rien de plus – avec toute la noblesse, la savoir-faire et la complexité que cela sous-entend. Il possède une forte composante technique qui a nécessité un travail d’interfaçage complexe avec toutes les équipes du Centre Pompidou. Comme nous travaillions directement avec leurs données, ces équipes ont été des relais essentiels du développement de ce projet et, de proche en proche, se le sont approprié.

« Les données ». Voici l’autre point essentiel de ce projet ! C’est un enjeu global qui a été traité dans celui-ci. Certes, celles-ci ne sont pas encore libres dans notre cas. Elles ne sont pas exposées – les contraintes techniques et juridiques étant trop fortes pour que ce chantier soit mené de front avec les autres. Cependant, nous nous sommes mis en mesure de les rendre accessibles dans peu de temps à nos publics. Cette démarche est essentielle à ce que ceux-ci puissent reprendre le pouvoir sur ce qui est produit pas l’institution. Il ne s’agit pas seulement de montrer, mais vraiment d’en permettre la saisie.

En attendant, le fait de mettre ces données à disposition des publics ne suffisait pas. Nous avons également voulu mettre en place une interface poreuse, qui permette aux publics de réagir à ces données. Cette interface n’est pas suffisante en soi et nous avons mis en place là encore des dispositifs qui permettront son évolution rapidement. Il faut imaginer également comment estomper la frontière, tout en profitant de sa vivacité et de sa créativité. Car, toute la vitalité que porte le numérique en ce moment vient de la rupture du sentiment d’impossible face à l’institution. Le politique a déjà pris acte de cela (je ne me prononcerai pas ici pour dire s’il l’exploite à sa juste valeur ou non). L’entertainment exploite le nouvel imaginaire dans des productions qui atteindront bientôt une perfection formelle difficile à égaler. Le monde de la culture doit prendre acte du fait que le web de demain, zone d’autonomie permanente couvrant les territoires du social et des données, donne la possibilité aux publics d’enfin jouir du pouvoir que celui-ci rêvait de leur passer. La culture qui libère doit d’abord être une culture libérée et accessible.

Aider à la mise en place d’un agenda culturel.

Le projet que je viens de citer est le reflet d’une volonté politique descendante. Il est l’illustration que les nouveaux projets numériques peuvent prendre en compte l’évolution de la médiation jusque dans l’organisation interne de l’établissement culturel et la mise en place de sa stratégie. Je crois que c’est l’étape ultime du numérique dans les institutions culturelles, l’étape ultime des politiques culturelles. Je ne sais pas si le Centre Pompidou y arrivera – il faudrait qu’il ne soit pas seul. Mais en tout cas, la tentative est belle.

Faut-il encore que nous donnions les moyens aux publics de saisir ces occasions. Le dialogue qu’entretiennent les publics avec les institutions culturelles répond exactement aux mêmes règles qui régissent les échangent sociaux : a priori, c’est un rapport de force. A priori seulement, car la médiation nous prouve que ce rapport de force imposé par la possession du savoir peut être atténué.
Le numérique nous permet d’aller plus loin. Il a démontré avec des projets comme Wikipédia – pour ne citer que lui, mais ils sont légions – que le savoir n’existait pas que d’un côté de l’écran.

Le savoir, lorsqu’il était imprimé, se diffusait. Mais ces feuilles serrés, alignés, tenues à bout de bras devant nos yeux, occultaient notre regard, empêchaient celui qui composait de voir celui qui lisait. L’écran lui a rendu la vue. D’ailleurs, on ne sait plus bien si un internaute se trouve devant ou derrière son écran.
Je ne vais pas cacher les mots : je parle bien de savoir situé. Alors que cette idée naissait, naissaient également les premiers réseaux. La structure postmoderne puis hypermoderne des outils numériques vient bouleverser notre façon de comprendre les phénomènes culturels et implique obligatoirement une évolution de nos modes de médiation. Lorsque la production des contenus peut de fait émaner de n’importe où et se diffuser rapidement, quelle que soit sa qualité, il ne s’agit plus de l’empêcher mais bien de l’accompagner. L’action culturelle envers les publics ne peut plus se contenter de leur montrer ce qu’est le bon goût, ce qu’est la bonne histoire de l’art, ce qu’est la culture légitime : elle doit à présent aider à structurer, accompagner la monté en qualité des pratiques des publics. Je me souviens des cours de sociologie de la culture où l’on cherchait à me faire comprendre que les musiques de chambres participaient de la culture non légitime mais pouvaient y amener. Aujourd’hui, nous devrions enseigner que les pratiques de chambre sont des pratiques créatrices. Nous pouvons les laisser prospérer de manière anarchique et espérer qu’elles mènent à quelque chose. Mais il faudra à un moment ou un autre évaluer ce qu’elles ont permis d’accomplir. A ce moment, nous nous rendront peut-être compte – je l’espère – que ces pratiques se sont fédérées et qu’elles ont constitué un contrepoint à cette culture enfermée dans les enceintes de nos musées. Des sortes d’institutions, moins rigides, agencées les unes aux autres sans créer de légitimité afin de rester vivaces, se seront constitué sur la base de ce que nous nommons « savoirs situés ». Des savoirs situés qui existent d’une communauté à l’autre, communiquent à travers les données et les réseaux.

Le Centre Pompidou s’est engagé dans cette démarche, mais il nous reste encore du chemin. Plusieurs exemples illustrent plusieurs tentatives de différents niveaux.

Nous avons d’abord mis en place les livetwittes (par exemple dernièrement sur Matisse). Cette pratique encore controversée auprès de mes collègues de la médiation consiste à vivre une expérience de contenus et à la partager instantanément. Le simple fait de structurer sa pensée plutôt que de la laisser vagabonder via le sentiment permet de revenir au contenu de manière ténue. Bien sûr, ce système est imparfait et il faut qu’il acquière notamment un devenir pérenne. Mais à l’heure où les institutions culturelles ont un devenir média évident (nous pourrions en reparler), placer le spectateur à la place d’un émetteur permet de déjouer cette focalisation et cette orientation du regard.

Nous avons produit des interfaces d’accès aux contenus ludiques, où la présence physique autant que numérique permettait de renforcer ce réseau. Ces interfaces étaient souvent événementielles jusque maintenant, mais à n’en pas douter elles sont des prototypes de futurs dispositifs pérennes. Ainsi, j’aimerais citer La Bataille du Centre Pompidou, jeu sérieux produit avec Florent Deloison – artiste travaillant notamment sur les jeux vidéos. La Bataille du Centre Pompidou consistait en un jeu d’arcade du type « Space Invador » dans lequel les joueurs téléguidaient collectivement un personnage détruisant les extraterrestres venus mettre à bas le Centre Pompidou. La manette de jeu était tout simplement Twitter qui, en plus de l’interface physique constituée par les écrans dans le Forum du Centre Pompidou était une interface où l’échange et la valeur pédagogique du jeu avaient lieu. Car le but était de sauver le Centre et de participer à sa reconstruction symbolique après l’attaque des extraterrestres en reconnaissant les œuvres qui se dessinaient derrière une reproduction du bâtiment. Ce dispositif nous a permis de comprendre comment nos communautés numériques pouvaient se transformer en visiteurs physiques, quels étaient les leviers d’attraction, et surtout la composition d’amateurs d’art parmi nos communautés.

Justement, la façon dont nous constituons notre communauté, en nous basant sur les contenus et les thématiques nous permet d’anticiper également la montée en puissance de ces savoirs situés. Pour ce faire, il nous faut croiser des outils de marketing, de sociologie et de médiation, dans une perspective hypermoderne : se baser sur la compréhension des dynamiques individuelles (monstration de soi sur Facebook, personnal branding, liens communautaires, exploitation des temps de loisir, etc.) et des dynamiques collectives (création d’un public réactif, engagement, pratiques collaboratives, déplacement des centres d’intérêt et des interfaces, etc.). Nous devons travailler sur un axe que la médiation traditionnelle nous reproche souvent : celui du renforcement de notre communauté, qui passe principalement dans un premier temps avant celui de son élargissement. Car, pour le Centre Pompidou, il est relativement facile de recruter dans cette communauté grâce à l’effet de marque – mais il est plus difficile de transformer l’attention en engagement. Il nous faut donc mettre en place des outils dont la base se comprend par les pratiques du CRM mais dont la finalité se rapproche des buts de la médiation, mobilisant tour à tour les concepts de marque et de contenus dans une relation triangulaire où le troisième pôle est celui des publics.

Nous avons tenté de synthétiser ces expérience dans une approche transmédia lors d’un jeu intitulé « Éduque le Troll« . Ce jeu initié à l’occasion de la venue de l’éminent théoricien du transmédia, Henry Jenkins, au Centre Pompidou proposait aux publics de suivre un jeu de piste à clefs à travers plusieurs lieux et plusieurs média. Il permettait ainsi de reconstituer une adresse postale à laquelle envoyer la preuve que le transmédia existe à un personnage sceptique (un troll). Cette preuve était symbolisée par une photo qui ne pouvait exister qu’après avoir consulté tous les médias impliqués dans le jeu (web, conférence, cinéma, presse, radio). Ce jeu transmédia était un méta discours et, honnêtement? C’était prématuré. Cette tentative nous a en effet montré que les publics n’étaient pas encore habitués à cette nouvelle façon d’aborder la culture. Cette tentative nous a montré qu’il n’y avait pas une rupture nette entre des générations précédentes et des générations actuelles face à la culture ; elle nous a montré que si rupture et incompréhension il avait, c’était au sein de nos institutions. Car le jeu a trouvé un écho auprès des spécialistes, mais il a surtout manqué de relai (avouons aussi que son principe était un peu complexe pour une première). Nous avons besoin, praticiens du numériques, de nous  nourrir des expériences de médiation qui nous ont mené à faire ce que nous faisons aujourd’hui. Nous avons besoin que ceux qui ont construit la culture d’aujourd’hui évaluent leur travail et nous en donnent les clefs. Le problème que nous avons à résoudre pour que les publics enfin puissent évoluer dans leur pratique et leur rapport à la culture est celui d’une fracture médiative entre ceux qui sont devant des écrans et ceux qui sont devant des livres.

Repenser les perspectives de l’action culturelle.

Jusqu’ici, mon discours a porté sur deux éléments : la façon dont l’institution structure la stratégie d’une nouvelle action culturelle décentralisée, puis la façon dont elle pouvait aider les publics à prendre part à celle-ci. Ma troisième partie va être prospective : faut-il préciser que je décrivais plus haut des situations qui se mettent en place, et non des projets déjà aboutis ? Ainsi, lorsque je vais parler de ce que pourra devenir le pouvoir des publics, je parlerai forcémet d’un futur, d’un possible.

Précisons donc d’entrée de jeu que nous avons besoin d’encourager ce possible. J’y crois fortement, sans que cela se base sur un dogme ou un prétendu sens de l’histoire qui nous forcerait à plus de démocratie alors que l’humanité gagnerait en maturité ou en sagesse. Non, je crois que la décentralisation des savoirs et la prise de pouvoir des publics que j’ai cités plus haut doivent être encouragés car nous sommes à une période où la brassage culturel intense détruit les structures issues de la modernité. Une tension politique s’exerce sur nos sociétés construites pour une pensée locale et une diffusion de l’esprit propre aux régimes des XVIII et XIXème siécles ayant forgés ceux du XXème. Nous aurions le choix et pourrions résister aux évolutions qui s’annoncent, refuser la dispersion des savoirs, la diffusion des pratiques… nous le pourrions, mais ce serait une erreur. Comme je le disais tout à l’heure à propos des données, pensons en disciple de Machiavel et assurons-nous de contrôler et d’encourager ce qui pourrait nous dépasser si nous l’ignorions. C’est à ce prix que nous réussirons à faire fructifier ce pour quoi nous nous sommes battus depuis des années, des décennies, des siècles : le patrimoine culturel occidental (je me refuse à l’appeler mondial tant nous avions jusqu’ici du mal à sortir de l’occidentalocentrisme malgré quelques tentatives notables et réussies).

Justement : qu’avons-nous fait durant ces décennies ? A nouveau : nous devons évaluer ce qui a été produite jusqu’alors. Cette évaluation doit perdurer et s’intensifier également pour les nouvelles pratiques. Il n’est pas imaginable de demander à nos prédécesseurs (je ne parle pas de génération) d’évaluer leurs pratiques sans évaluer les nôtres. Si la société numérique telle que nous la connaissons est un panoptique complexe dont il faut se méfier, nous pouvons aussi nous en jouer : utilisons les outils de la traçabilité pour comprendre quels sont les pratiques culturelles, pour évaluer les dispositifs que nous mettons en place par rapport à celles-ci, aux missions inchangées de nos établissements culturels et au nouveau contexte décrit plus haut.

Avant de conclure, j’aimerais que nous prenions le temps de nous intéresser à deux projets dont un ami et néanmoins collègue m’avait fait remarquer qu’ils étaient très proches. Ces deux projets sont « Fantasmons le Centre Pompidou » et « Muséomix« .

« Fantasmons le Centre Pompidou » s’inscrit dans notre démarche de co-construction : après quelques mois de développement de notre nouveau centrepompidou.fr, nous avons dû faire des choix quant à ce que nous aurions les moyens de développer dans le temps court qui avait été celui choisi pour la mise en place de cette première brique de l’écosystème numérique du Centre. Le constat était simple à établir : pour mettre en place une politique thématique et de contenus, il nous faillait des contenus ! Je ne reviens pas sur la démarche de mise en ligne des contenus citée plus haut. La priorité établie, nous avons également pris en compte l’échec relatif de certains projets communautaires d’autres institutions et avons décidé que nous ne voulions pas imposer des outils sociaux et des outils de contenus à nos publics : il fallait qu’ils nous en expriment les besoins de manière à les adapter à leurs usages. Le projet « Fantasmons le Centre Pompidou » est entièrement tourné vers l’expérience utilisateur des contenus et vient incarner la co-construction : les publics sont invités à réagir et à utiliser le module collaboratif expérimental déjà en place sur le nouveau centrepompidou.fr, ce qui mène à une étude de notre part. Adossé à ces données issues de l’expérience utilisateur, nous menons des ateliers avec des professionnels, des amateurs, des grands publics : à partir des ressources du nouveau centrepompidou.fr, nous étudions quelles sont leurs pratiques, quels sont leurs besoins. Enfin, d’autres groupes de discussion sont menés avec des professionnels et amateurs venus des horizons thématiques définis dans le cadre de notre activité (par exemple et de manière non exhaustive : l’open data, l’art contemporain, les phénomènes collaboratifs, etc.) : dans ces groupes, ils viennent avec leur histoire vis-à-vis des interfaces numériques et des institutions culturelles et nous en font part de manière à ce que nous imaginions des nouveaux projets, en collaboration avec nos collègues en interne. Tous ces dispositifs seront évalués par un laboratoire de recherche qui nous aidera à définir des cahiers de charges en vue de produire des prototypes qui serviront plus tard à mettre en production des outils ainsi co-construits.

Muséomix, quant à lui, investit depuis deux ans de manière annuelle un musée et tente de répondre aux nouveaux besoins de médiation en ces lieux : l’idée est de mixer les pratiques à travers la venue de non-professionnels pendant 3 jours de workshops intense. Là aussi, la recherche de l’interaction avec les équipes des musées venus accueillir des personnes extérieures est un but issu des pratiques web.

Je ne vais pas revenir sur les différences nombreuses entre les projets mais plutôt sur une ressemblance : elles permettent de repenser les perspectives de l’action culturelle. Elles ne se demandent plus ce que le numérique peut apporter, elles ne considèrent même plus le numérique comme une fin en soi. Non, elles prennent actes des changements que le numérique a apporté dans la gouvernance culturelle et parmi les plus importants : la nouvelle place des publics comme des acteurs des outils leur étant destinés.

L’art contemporain est plein de ces artistes qui ont tenté de transfigurer le banal ou de renvoyer l’art dans le quotidien. Je crois qu’ils ont échoué : c’est la culture, tout entière, légitime ou non, qui a envahi l’art. Et c’est l’institution muséale, gardienne du temple, qui va s’en faire le relai le plus efficace pour peu que ses membres ne prennent pas peur. Et, si je me réfère à l’exemple du Centre Pompidou, j’ai espoir que cette peur du numérique va être remplacée par une envie du numérique.

Faites entendre votre voix avec moi à l’AVICOM…

En octobre, je présenterai au colloque AVICOM à Montréal. Cette année, trois institutions françaises seront présentes : le musée du Louvre, le Château des ducs de Bretagne et le Centre Pompidou. Pourtant, la culture française se compose de tellement d’autres institutions, plus petites, dans ou hors de Paris, parfois extrêmement inventives, qui tentent des choses dans le domaine du numérique – on trouve aussi des expériences telles que Muséomix, dont je reparlerai bientôt. Elle se compose aussi de tout un réseau appelé museogeek, qui au quotidien écrit l’approche culturelle de demain.

C’est pourquoi j’ai décidé que ma tribune serait également la tribune de toutes ces personnes. Pour ce faire, je présenterai le point de vue de chacun via des QRcodes diffusés pendant ma présentation, qui donneront accès à une page de site mobile permettant de retrouver ces points de vue divers.

Pour composer cette page, je vous invite donc à réagir à la note d’intention que je reproduis ci-dessous. Faites-le de la manière la plus libre possible (réaction à ce que j’écris, nouvelle tribune, série de liens illustrant les propos ou les contredisant, etc.).
[PS : Merci C. Courtin pour avoir repéré mon erreur sur le nombre d’institutions françaises présentes]

Introduction :

Le domaine culturel français est façonné par des débats extrêmement structurants à propos de médiation et de démocratisation culturelle. A l’heure où son économie est en complète évolution, l’apparition des outils numériques ainsi que des cultures et pratiques Web permet d’aborder enfin ces questions en proposant des solutions innovantes autour de la réappropriation des contenus par les publics ; mais à quel prix?

Du point de vue de la grande institution pluridisciplinaire qu’est le Centre Pompidou – mais sans oublier la diversité des structures sur le sol français – , je tenterai de dresser un panorama rapide des besoins et contraintes que le numérique apporte aux pratiques professionnelles du domaine culturel. J’aborderai aussi les questions de la réception active par les publics : quelle décentralisation des échanges et du pouvoir lié au savoir? Quels modèles de création collaborative pour quels buts?

Note d’intention de la communication :

Mon intervention sera distribuée en trois parties de 5 minutes, permettant de prendre en compte trois angles de vue nécessaires à la bonne compréhension du phénomène numérique dans les musées français. En tant que membre d’un centre d’art, mon expérience permettra d’ailleurs de traiter de manière large de la façon dont les enjeux numériques prennent place dans les institutions culturelles françaises et non seulement les musées.

 

1) Permettre le re-empowerment.

L’histoire du musée commence avec la volonté révolutionnaire de créer un patrimoine culturel national, possession de tous les citoyens. Si le développement du domaine culturel a rendu cette utopie difficilement lisible à travers les siècles et même à l’aune d’une histoire de la muséographie et de la médiation, cet enjeu est de plus en plus vif à mesure que des mouvements théoriques justifient un aller-retour constant entre les phénomènes culturels et le quotidien des populations. On a pu constater combien le numérique facilite cet aller-retour.

L’apparition de ces enjeux constitue une période de transition importante que nous avons le devoir, en tant que professionnels du numérique d’institutions culturelles, d’accompagner et d’amplifier. J’aborderai la question de l’écosystème numérique en dressant un panorama rapide de l’état du numérique dans le domaine culturel institutionnel en France. Tout ceci aura pour but de montrer l’évolution que le numérique apporte à la question de démocratisation de la culture en France.

L’exemple que je traiterai alors sera celui de la mise en place de l’écosystème du Centre Pompidou Virtuel, autour d’une base de données exhaustive des ressources du Centre Pompidou et d’un espace personnel destiné à devenir une véritable plateforme de production collaborative et de personnalisation de la pratique numérique (et physique) des contenus. Les autres éléments du dispositif, qui créent la cohérence de l’expérience que le public aura de l’écosystème, seront traités au sein des deux parties suivantes.

2) Aider à la mise en place d’un agenda culturel.

L’apparition récente d’outils facilitant les tentatives participatives (réseaux sociaux, cloud computing, appareils mobiles, etc.) a créé une fracture médiative dans les pratiques institutionnelles. Même dans une institution comme le Centre Pompidou, qui a dès sa création cherché à mettre en place des politiques d’inclusion des publics dans les démarches artistiques (nouvelles formes de médiation basées par exemple sur les ateliers), on peut trouver deux postures très différentes.

La première s’inscrit en continuité des politiques culturelles qui, malgré une évolution dans les années 80, considèrent le rapport du public à l’art comme une découverte d’un monde étranger, basé sur la légitimité (présumée) de celui qui parle par rapport à celui qui écoute. Les partisans de cette approche utilisent relativement peu les outils cités ci-dessus et ont du mal à les aborder.

La seconde posture – qui conduit l’action numérique au Centre Pompidou – tire les enseignements de ces pratiques de médiation et opère un changement radical dans ses conceptions. De  nouveaux horizons d’attente des publics sont envisagés : en considérant ceux-ci comme des amateurs et en remplaçant la notion de légitimité par celle de savoir situé, il est alors possible de leur faire espérer un dialogue sensible et savant sur l’art.

Ainsi, cette deuxième posture permet de redistribuer le pouvoir symbolique habituellement attribué à l’institution culturelle et de renforcer l’agency des publics sur les politiques culturelles. Mais comment mettre en place et encourager cette nouvelle forme d’appropriation créatrice en conservant les missions liées à l’institution (conservation, diffusion, étude, etc.) ?

En traitant concrètement de l’approche pluridisciplinaire offerte aux publics, à travers l’évocation de quelques dispositifs, je tenterai ici de montrer qu’il semble possible de concevoir un rapport riche et complexe du public, de l’institution et des contenus, en respectant les enjeux ou missions liés à chacun des trois termes.

 

3) Repenser les perspectives de l’action culturelle.

Après avoir montré comment l’institution devait aider à l’émergence de nouvelles pratiques afin de les co-construire au regard de ses missions traditionnelles, il s’agira ici de se placer du côté des publics. Au travers d’exemples tirés des pratiques des publics du Centre Pompidou, je définirai ce que les pratiques nouvelles engendrent dans la création des contenus.

Comment la création collaborative peut-elle redessiner un savoir collectif ? Est-il différent du savoir institutionnel ? Est-il conditionné aux outils actuellement proposés ou est-il une construction immanente qui s’adapte en attendant que des dispositifs ad hoc soient créés ? Faut-il l’encourager ou est-il une force susceptible d’apparaître seule ?  Et dans quelles conditions ? Je questionnerai aussi bien les créations collaboratives, que les phénomènes de partage et de curation : la recommandation sociale concernant le e-commerce (que nous devons également considérer au regard de nos problématiques de ROI des investissements numériques) s’applique en effet aux contenus, créant une sorte de goût collectif des communautés agrégées autour de nos institutions.

D’autres formes d’action collaborative existent au-delà des contenus et du e-commerce : elles ont trait au financement direct, comme dans le cas du crowdfunding. Couplée à une capacité d’agir (agency) que l’institution pourrait renforcer, le crowdfunding pourrait à terme peser sur les perspectives de l’action culturelle de l’institution. Nous devrions nous demander dès maintenant, alors que nous structurons les habitudes sur les plateformes numériques, si celles-ci sont destinées à devenir des interfaces de pouvoir financier décentralisé. Le financement collaboratif sera-t-il dans le futur un financement sur lequel nous devrons compter, ou simplement une marque d’engagement fort ? Devons-nous agencer la production des contenus sur les modèles économiques nouveaux issus des impératifs numériques et des contraintes particulières du web de données (données brutes gratuites, licences nouvelles, éditorialisation payante, par exemple) ?

Ces questions permettront de repenser les perspectives de notre action culturelle sur le court, moyen et long terme, en développant des outils adéquats aux différentes missions données à ces plateformes numériques. Au travers des points de vues des professionnels, de l’institution et des publics, elles permettront de poser les bases d’une identification des publics dits experts ou amateurs, de définir les périmètres de leurs actions laissés libres par l’institution et ce que celle-ci devra leur mettre à disposition en terme d’outils et de contenus afin de remplir ses missions, traditionnelles ou nouvelles.

Rencontres du Clic : avons-nous compris les enjeux du numérique dans la culture ?

J’ai découvert le clic l’an dernier lors des deuxièmes rencontres nationales : ça avait été une journée pleine d’enseignements. L’intérêt majeur du clic porte dans le formidable réseau constitué, structure d’échange entre professionnels des musées et lieux de culture tournés vers les outils numériques, unique dans son genre; le petit plus résidant dans l’ambition de créer un dialogue entre les institutions publiques et le monde de l’entreprise vue comme un secteur d’innovation.

Les rencontres nationales du clic ont pour but d’engager un dialogue entre ces acteurs autour d’une thématique précise : cette année « avant, pendant et après la visite: les trois temps du numérique ». je me souviens avoir pensé l’an passé que le panel des musées manquait un peu d’ouverture internationale. Cette année, les rencontres nationales du clic ont pris cet air international avec la participation de Conxa Roda

 

Si je ne suis moi-même pas un fervent défenseur de la position internationaliste qui tend à faire croire que tout va pour le mieux ailleurs, ces interventions permettent d’avoir un regard différent sur des sujets communs – ce n’est pas négligeable quand il s’agit de tenter de constituer des réponses nouvelles à des problèmes rencontrés parfois depuis des années. D’ailleurs, pour preuve de cette foi infondée qu’on place dans les exemples étrangers, j’ai eu l’occasion de discuter avec Conxa Roda après la conférence : celle-ci m’a fait part du plaisir qu’elle avait de travailler avec un directeur qui comprenne les enjeux de son travail, comme une figure d’exception dans le panorama des institutions ibériques qu’elle aimait à suivre. Son intervention avait porté sur les stratégies RSN qu’elle mettait en place ; je l’ai trouvée particulièrement intéressante et utile, car elle nous a montré un exemple de stratégie pensée comme un tout, englobant un certain nombre de synergies essentielles que nous avons souvent du mal à enclencher, faute de réussir à imposer un regard transversal.

Conxa Roda n’a pas ouvert les rencontres, mais sa présence autant que les sujets qu’elle a abordé auraient pu être considérés comme une excellente ouverture. Car, au fond, ce que tentait de résoudre ces 3ème Rencontres Nationales Cultures et Innovation c’était ça: trouver de solutions nouvelles à un problème ancien qui est celui de la préparation et la continuation de la visite…

 

Des enjeux bien ciblés.

Peut-être est-ce cet angle (trop) nécessaire, ou la routine qui m’a un peu démotivé, mais je dois avouer que le programme m’a laissé un peu plus froid que l’an dernier. Il y avait à mon sens de très bonnes questions qui devaient être traitées; sur le papier on trouvait pèle mêle : la transformation du visiteur virtuel en visiteur physique – tarte à la crème dont nous avons tous à nous justifier et pour laquelle il serait bon que les professionnels du secteur trouvent une réponse commune à la mesure des enjeux du secteur culturel.

Le financement des projets innovants, sur lequel je reviendrai plus en détails.

Enfin, les aides à la visite – un enjeu dont on sent également qu’il relève du spectre de la médiation traditionnelle, celle-là même qui compose une partie du public du Clic et qui tremble à l’idée de voir ses compétences se perdre face à l’arrivée de solutions présentées comme nouvelles et en rupture. On l’avait déjà vu lors des rencontres numériques du ministère de la culture l’an passé : la salle se scinde systématiquement en deux groupes dont on comprend rapidement que les écarts culturels sont trop importants pour qu’un dialogue réel ne naisse : il faudrait combler l’écart pour donner une culture commune à tous.

Je crois qu’il est important de très vite parler à nouveau de contenus, de recentrer le but de notre présence sur les réseaux sociaux sur l’œuvre ou l’expérience pour éviter d’aggraver cette fracture médiationnelle.

 

Trouver la cohérence de notre secteur d’activité.

D’une part, c’est une question de stratégie envers ceux qui ont l’impression que tout le travail mené auparavant est caduque. Je crois assez fermement que le travail de démocratisation culturelle a échoué dans sa forme post-malrucienne… Il est assez évident que les politiques menées jusqu’ici ont eu des résultats bien au-deçà de ce à quoi on pouvait s’attendre; il serait assez intéressant de demander à ce secteur précis son « ROI », comme on le demande aux RSN…

Mais ce n’est pas cet échec qui est un problème en soi, puisque le secteur a déjà su évoluer une fois dans les années 80… Pas assez et pas selon des axes suffisamment forts cependant. Il s’agit maintenant de proposer des nouveaux outils pour changer l’optique et poser un regard encore plus précis sur un problème que ces 60 années auront permis d’à peine aborder.

 

Oui, je le pense sincèrement : d’autre part, il s’agit d’une vraie stratégie de contenus à mettre en place. Nous avons besoin d’utiliser les outils numériques à notre disposition, d’emprunter au besoin les méthodes de marketing, de placer note action dans des dispositifs économiques… Mais nous avons surtout besoin de retrouver un but à ces utilisations pluridisciplinaires, véritablement transversales qui nous mènent à nous interroger sur les approches transmédia, les trois temps de la visite et leur facilitation numérique, etc…

La crainte de voir ce but disparaître est au cœur de la peur du numérique. Pour tenter de densifier notre approche professionnelle, il nous faut effacer cette crainte.

 

Nous nous demandâmes entre museogeeks quel était l’enseignement de ces 3èmes rencontres nationales. Pour nous, cette crainte n’existait pas – nous n’avions pas trouvé dans ces rencontres des réponses qui fassent écho à nos propres inquiétudes pragmatiques ou stratégiques. Mais qu’en ont pensé les autres membres de l’assemblée?

Les réactions à mon intervention ont toutes été similaires : il était bon de voir quelqu’un dont l’action se recentre sur le contenu… Bien. Mais au-delà? Globalement, qu’ont-ils pu penser de ces rencontres et de l’image qu’elles donnent de notre secteur d’activité si particulier, venu recouvrir des territoires déjà en partie explorés par eux?

 

Je crois que les réactions de la salle ont prouvé que l’ensemble des interventions sur scène répondait à leurs peurs, sans parvenir à émettre des solutions, sans parvenir à leur faire porter le regard un peu plus loin sur les sujets. Ma table ronde en était exemplaire, puisque sans cesse je crois que nous avons été au bord de parler d’un peu autre chose, d’aller un peu plus loin et de cesser de tourner en rond comme des amateurs autour de notre sujet – financement, image institutionnelle, regard hiérarchique, rapport public-privé, morcellement des pouvoirs, etc. Mais, par manque de préparation de la table ronde, nous avons sans cesse été recentré sur des sujets qui, c’est vrai, pour un novice semblaient être intéressants. Mais tant de problèmes n’ont même pas été abordés… Ces problèmes soulevés par nos usages de plusieurs années ou dizaines d’années pour certains, par les usages massifs nouveau durant la dernière décennie : arrivons-nous vraiment à décentrer les rapports de pouvoirs dans la culture?  Que devons-nous mesurer quand nous parlons d’efficacité sur les réseaux sociaux? La reconnaissance nouvelle du secteur par les représentants hiérarchiques va-t-elle mener à une normalisation des pratiques? Qu’est-ce qui fait lien entre les professionnels : leurs pratiques ou la réception du public?

« Faites-vous de la modération sur vos pages Facebook? » s’interroge la salle… Ou la vacuité d’une bonne question naïve à laquelle on se sent obligé de répondre malgré tout.

 

Ce problème de la cohérence de notre secteur qu’on peut observer en creux dans le manque d’approfondissement des thématiques déjà abordées dans les rencontres précédentes se ressent sur un autre point: l’articulation des secteurs publics avec les enjeux privés.

 

E-album… Veut-on trouver un modèle favorable au secteur culturel?

Le Clic rassemble de plus en plus d’institutions et semble jouer son rôle de mise en contact avec les professionnels : pour preuve l’intervention renouvelée en cette 3ème année de Frédéric Durand de Smartapps qui est venu présenter le modèle économique qu’il propose dans le monde de la transposition numérique des maquettes d’albums papiers (vous savez, ces produits éditoriaux venus sauver in extremis par une offre moins onéreuse les presses de beaux livres) et autres audioguides d’entrée de gamme.

 

Le modèle clef en main rassure les directions d’établissements publics, car il est rôdé et présente un intéressement identique pour l’entreprise et l’institution quant au partage des revenus : si le privé y trouve son compte, c’est que forcément ce sera aussi le cas pour le secteur public, non? Et quid du contenu? Si le Louvre affiche farouchement sa volonté d’en rester le garant, je crois que nous sommes pourtant bel et bien sur une pente dangereuse – et je sais de quoi je parle, croyez moi.

Là encore, si nous n’arrivons pas à orienter nos pratiques collectives vers les vrais enjeux, nous n’arrivons pas à garantir nos missions.

 

De manière plus impromptue, Audio Visite a également eu l’occasion de prendre la parole un court moment, présentant un modèle économique relativement similaire. Connaissant un modèle différent au Centre Pompidou, j’ai moi-même pris la parole pour exposer un modèle d’accès à un générateur d’e-album par forfait annuel, clef en main, pour l’instant piloté par le prestataire lui-même (Cronos technologies) et sans aucun partage de revenu. Un modèle que je juge bien plus intéressant pour l’institution sans qu’il mette en péril l’entreprise qui le propose : les coûts de gestion de ce type d’app sont très faibles et il n’existe pour ainsi dire aucune maintenance.

S’il semble qu’un seul modèle économique soit présenté de façon récurrente, va-t-il vraiment s’imposer? Malheureusement, nous n’avons pas pu aborder ce point lors de cette rencontre, mais un atelier y sera sûrement consacré prochainement au clic et j’espère que celui-ci sera l’occasion de réfléchir à ces questions très importantes qui pour une fois permettraient le point de vue de l’intérêt stratégique du secteur culturel.

 

Peu de perspectives pour le financement de la culture.

Un autre très bon sujet abordé lors de ces rencontres est celui du financement des projets innovants. Une table ronde regroupant principalement des acteurs du mécénat s’est donc tenue dans l’après-midi, qui a montré combien les structures institutionnelles étaient mal dimensionnés pour le numérique… Pour illustrer ce propos, j’ai retenu la phrase d’une des responsables du mécénat dans l’une des deux institutions présentes qui très honnêtement a expliqué que la nature de leurs actions de financement habituelles la conduisait à aller vers de gros mécènes lorsque le numérique encourageait de petites structures à aller vers eux, sans qu’ils ne puissent répondre à ces propositions.

 

On le voit ici comme ailleurs, le numérique est un mouvement fortement décentralisé et le financement de la culture doit en prendre note également.

Cette table ronde pourtant n’a pas permis de dégager ces nouveaux enjeux de financement. On a peu ou pas parlé des alternatives au mécénat qui de fait s’impose actuellement comme l’autre grand financeur de la culture avec l’augmentation des ressources propres issues de l’activité de la structure. Cela rend plus que fragile le modèle économique de la culture car il ne permet pas les investissements sur le long terme pour les plus petites structures et orientera les mécènes vers les institutions qui sauront le mieux valoriser l’action et l’image du mécène.

 

Au-delà de cette idée sur laquelle de longs débats pourraient avoir lieu, il y a des conséquences prosaïques, à court et moyen terme, de cette polarisation des financements.

Par exemple: a-t-on interrogé la mode absurde de l’externalisation dans ce contexte? Comment pourrait-on encore penser qu’au-delà du court terme maintenir une activité dans l’institution ne reviendrait pas moins cher? Tous les professionnels avec lesquels j’ai pu parler ce jour comme les autres jours se plaignent du recours de plus en plus systématique aux marchés publics, à l’incohérence du code des marchés publics face aux contraintes réelles actuelles de nos domaines d’activité… mais le sujet, est peu glam(our). Il s’agit sûrement d’une révision globale des politiques publiques qu’il faut entamer et dont le secteur culturel est un avatar.

 

Une maison d’e-publishing unique pour tout le secteur culturel publique ?

Un des intervenants de cette table, cependant, a réfléchi un peu plus profondément à ces sujets, même si sa réponse peut là encore faire débat. Je voudrais donc noter la démarche d’un des acteurs culturels qui a pris selon moi un chemin courageux, alors même qu’il emporte principalement le contenu d’autres: la RMN. Car son système de e-publishing, basé sur une technologie que j’aimerais beaucoup voir adoptée par le Centre Pompidou, permet effectivement d’internaliser et de mutualiser une série de traitements des contenus depuis leur création jusqu’à leur publication.

La stratégie de la RMN-GP se recentre fortement sur la valorisation de ces contenus (dernier avatar : le plutôt prometteur quoi qu’encore peu mature Grand format), comme s’il y avait chez eux un devoir supplémentaire de mise en avant de ceux-ci afin de ne pas sembler vendre de l’espace et du vide, fut-il un vide exceptionnellement bien emballé… J’anticipe le modèle, mais j’imagine qu’en utilisant AquaFadas, l’institution se positionne comme un éventuel futur prestataire de service des autres institutions qui n’auront pas la possibilité d’ajouter de la valeur à leur contenu : la RMN-GP le fera à leur place avec des équipes ad hoc réunies pour l’occasion, dans le même temps où ils mettront en forme ces contenus grâce à leurs outils internes. On voit là une stratégie de financement très offensive, mais qui place encore une fois l’institution dans un secteur concurrentiel pour lequel elle n’aura au final pas les bonnes armes : le secteur a-t-il besoin de voir apparaître de nouveaux prestataires centralisant une série de compétences nécessaires au développement numérique, fussent-ils soi-disant publics, plutôt que de diffuser ces compétences et ces moyens?

 

La question connexe, qui n’est pas la seule mais qui est revenue lors de la table ronde : Faut-il pour financer la culture que celle-ci soit rentable? Ne peut-on pas séparer le traitement et la valorisation des contenus du service proposé? Il me semble pourtant, même si cela fait débat, qu’une partie de l’économie numérique nous a montré que c’est le service, la facilité d’accès et de compréhension plutôt que le contenu brut qui est valorisable. Ne serait-ce car ce contenu est diffusable trop facilement sans contrôle et que plutôt que de lutter contre un mouvement de partage, de générosité culturelle, il vaut mieux augmenter la qualité de ce que les visiteurs sont amenés à « consommer » (j’utilise ce terme pour montrer un appétit passif de culture, par opposition aux contenus qu’on cherche activement – j’y reviendrai).

 

 

En fait…

Je crois que ces rencontres du clic ont été un très bon cru. Elles le sont forcément pour tous ceux qui mettent un premier pas dans le monde du numérique. Arriver dans un tel dispositif, c’est comprendre tout à coup la force du numérique dans la culture… Comprendre qu’il ne s’agit pas que d’un jeu.

Mais ça aura aussi été un bon cru pour les professionnels déjà conscients des enjeux, car ils auront remarqué que ce qui manque le plus au secteur, c’est un but commun, une organisation collective qui applique nos principes à nous-même. Par le manque de dynamique qui a pu exister dans le relais des propos inauguraux de Conxa Roda tout au long de la journée, figure de proue d’un bateau amiral dont on n’a toujours pas hissées les voilés, ces mêmes professionnels prendront assurément conscience que sans s’organiser entre nous, nous n’arriverons jamais à faire que la culture déborde de nos musées avant ou après les visites…

Social Media Week… Vous avez dit « empowerment » ?

Avec Coline Aunis, Sébastien Magro, Omer Pesquer et Réza Azard, j’ai participé le mercredi 15 février à l’une des tables rondes de la Social Media Week parisienne, modérée par Catherine Guillou. Cette expérience fut assez frustrante, même s’il est possible de se consoler en se disant que certaines questions ont été posées, certains points de vue exposés. (j’aurais l’occasion de revenir sur le contenu de mon intervention sur le blog de Sébastien)

En effet, afin d’évacuer ma frustration d’intervenant, je dois dire que nous avons été assez déçus par le contexte de l’exercice : la salle n’était pas équipée de wifi et nous étions donc privés de la couche dialectique habituelle que nous permet Twitter… Notre temps de parole a été réduit (enfin, pas tant le mien dans la mesure où j’ai été désigné comme le premier à parler) et les questions avec la salle ont tout simplement été supprimées.

Ces détails n’en sont en réalité pas… Ils sont assez symptomatiques de la façon dont les échanges sociaux sont habituellement dégradés par le manque de moyens dans nos institutions. Par habitude, la structure des expositions, des conférences, de la communication de manière générale, est pensée de telle sorte à mettre en valeur un savoir légitime qui se voit au mieux complété par ces échanges sociaux – si le temps, les finances, le contexte le permettent…bref, si par miracle c’est possible.
J’eusse aimé que nous fussions en capacité d’inverser la logique de cette présentation… Mais nous avons su trop tard, n’étions pas certain les uns les autres de ce que collectivement nous aurions fait, et surtout nous ne voulions pas, l’un ou l’autre, se voler la parole. J’avais parlé en premier, sans être interrompu : lorsqu’on nous annonçât un temps de prise de parole global écourté, quel droit aurais-je eu de leur proposer d’écourter le leur au profit de la salle ? Eh, oui, les règles de savoir vivre sont les premières règles dont il faut se méfier lorsqu’on veut mettre en place des structures d’échanges communautaires : elles sont là pour légitimer et renforcer les structures en place. C’est le cas dans les échanges interpersonnels, mais aussi dans les échanges hiérarchiques (au sein ou avec les institutions).
Il faut le dire : nous avons raté l’empowerment que nous aurions dû produire alors… Nous, qui étions censés en parler ! Nous avions trop à dire, trop à faire, trop à expliquer, trop de pédagogie en stock pour ne pas l’exposer. Nous fûmes incapables de nous sortir de notre carcan ! Comment penser que nous serions capables de mettre en place des dispositifs pour que les autres soient en position, eux, de se sortir des leurs ?!

Le deuxième élément dont nous aurions dû nous méfier ? L’envie de vouloir transmettre un savoir. Je ne vais pas la jouer foucaldien et exposer la notion de savoir-pouvoir… mais quand même, c’est un peu l’idée. Nous avons de l’expérience dans le domaine, nous avons le loisir de produire une analyse sur nos pratiques et celles de nos collègues, le sujet de notre travail est le public… Bref, tous ces éléments nous mettent dans une position légitime de transmission, c’est-à-dire établissent autour de nous un dispositif de pouvoir. Le savoir que nous pensons devoir transmettre est forcément figé, puisque la transmission elle-même se base sur un objet à passer, un état des choses. Ceux d’entre nous qui faisons bien notre travail de museogeek (et ils étaient nombreux à cette table) savent combien nous avons à coeur de ne pas rester sur ces états figés ; mais c’est là une attitude dont nous ne pouvons pas faire profiter les auditeurs de notre table ronde – il faudrait pour cela qu’ils nous suivent, il faudrait qu’ils deviennent des amateurs… Il eût donc fallu que nous préparions notre conférence en réfléchissant un peu plus à ce que le dispositif de monstration qu’on nous proposait signifiait. Au contraire, avec toutes les réserves que nous avons pu émettre sur l’organisation de cette rencontre, nous avons tête baissée tenté d’aménager ce qu’on nous proposait, sans tenter d’utiliser les interstices laissées ouvertes par le flou de cette organisation.

Est-ce le troisième élément dont il faut se méfier dont nous avons été victimes : le soucis de garder une position digne d’être écoutés, invités de nouveau à nous exprimer ? Avions-nous peur de ne pas être entendus et compris par le public ? Je ne sais pas. Toujours est-il qu’à aucun moment nous n’avons remis en cause de manière globale le petit système dans lequel nous étions enchassés. Nous n’avons pas réussi ou pas voulu repenser les pouvoirs qui s’imposaient à nous.

Par twitter, j’ai eu cet échange avec le compte officiel de la SMWparis, suite à un check foursquare publié sur twitter :
@gonzagauthier : Au café, après la conférence on fait les échanges dont on nous a privé au #SMWparis #visiteur20 (@ Théâtre du Rond-point)
@smwparis : Ns vs avions prévenu que nous devions fermer le Petit Palais à 18h au plus tard, vs n’en avez pas été privé.
@gonzagauthier : oui, prévenus en arrivant de la fermeture, et prévenus de l’absence d’échanges pendant nos interventions. Un peu tard donc.
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@smwparis : Le petit Palais est un monument historique, cela ne vous aura pas échappé ; )

L’argument avait déjà été donné : préférer un lieu prestigieux à un lieu pratique. Mais pourquoi ? Quel avantage, si ce n’est produire des avatars de la légitimité que toute conférence cherche à acquérir ?
Je n’ai pas assez assisté à cette semaine d’échanges… mais notre petite table ronde représentait assez bien la façon dont le terme d’empowerment est pris comme un fétiche, quelque chose dont on parle pour sortir de l’embourgeoisement que nous offre la professionnalisation et la reconnaissance publique des pratiques sociales. Il ne faudrait pas qu’il soit ainsi récupéré, vidé de son sens par un emballement rhétorique qui donne de belles choses à entendre, mais aucune à mettre en pratique. Sauf peut-être des versions un peu dégradées, étudiées et disséquées de conférences en conférences.

Pour le moment, les vrais lieux d’empowerment sont les endroits où on ose expérimenter, les micro résistances qui s’effectuent à différentes échelles aussi bien au sein de certaines institutions parisiennes (j’en connais, et j’ose croire que parfois je le réalise aussi) que des plus petites institutions de province. Aussi bien dans des projets portés par des individuels que des professionnels indépendants.
Je souhaite ardemment qu’aucune nouvelle structure ne vienne recomposer un cadre de légitimité, ne norme les échanges aussi bien professionnels que commerciaux de la communauté des museogeeks. Pour ce faire, nous avons déjà un tas de grandes messes qui cherchent à défendre leur légitimité plutôt que les possibilités réelles d’empowerment. Peut-être en avons-nous besoin pour nous justifier auprès de nos hiérarchies… mais nous n’en aurons jamais besoin pour parler entre nous. Là, se situe l’empowerment.