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Les hommes proféministes, ou le darwinisme patriarcal

L’article est à lire à cette adresse : http://www.erudit.org/revue/rf/2008/v21/n1/018314ar.html?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter

Le résumé en est plein de bonnes promesses, même si les féministes citées m’ont fait penser dès le début qu’une position essentialiste était à craindre. mais je faisais fi des chapelles pour goûter avec plaisir la proposition de desempowerment de l’auteur. Il s’agit en effet de proposer que l’homme (en l’occurrence l’auteur se situe en tant que mâle blanc, hétérosexuel faut-il lire entre les lignes) profite de sa position dominante au sein de son propre groupe pour affaiblir sa capacité d’agir au sein de celui-ci et à destination des groupes minoritaires composé par les femmes. Et déjà le bas blesse puisque l’auteur ne détermine les genre que de manière binaire. Car, fort de se situer, il occulte totalement la nécessité de penser des situations différentes qui sont pourtant importantes à considérer. En tant que mâle blanc pédé, il m’est peut-être plus facile de les penser car membre d’une minorité en même temps que d’une majorité ? Voilà en tout cas un point qui viendra enrichir la pensée de l’auteur : le genre, non binaire, ne peut être pensé comme une simple lutte entre deux parties que l’appartenance à un sexe opposerait de fait.

Le reste de l’article continuera sur cette hypothèse, mélangeant à mon sens des arguments faisant sens d’un point de vue culturaliste avec des purs produits argumentatifs essentialistes. Dommage, car cela brouille les pistes d’une réflexion pourtant nécessaire. En effet, opposé à l’introduction du « point de vue » de la « position de mâle » de Delphy, qui semble mener à la distinction située des usages de la domination, Francis Dupui-Déri glisse doucement des comportements attendus par la société à des comportements reproduisant ces attentes : « pourra profiter du rôle de protecteur à l’égard de femmes craignant de se déplacer dans l’espace public. Un homme hétérosexuel saura qu’il peut régler un différend avec sa conjointe en utilisant une violence terrorisante et ne craindra pas que cette conjointe ait recours contre lui à de la violence physique. Il pourra s’attendre que des femmes soient à sa disposition pour ses plaisirs sexuels (pornographie, prostitution salariée ou non) ou simplement pour s’occuper de lui et de ses enfants (écoute et soutien psychologique, tâches domestiques et parentales, premiers soins, etc.). L’homme pourra profiter du travail accompli gratuitement pour lui par des femmes pour se dégager du temps libre qu’il mettra à profit comme il le veut. Il saura que son orgasme marquera généralement la conclusion d’un rapport sexuel avec une femme. Il saura en général s’attendre à inspirer le respect et l’admiration s’il s’approprie sexuellement plusieurs corps de femmes. Un homme pourra s’attendre de la part des autres hommes à une solidarité implicite ou explicite s’il a des paroles ou des comportements ouvertement misogynes. »

On peut le voir facilement, surtout extrait de la suite d’exemple de l’auteur : ces comportements sont tous reproduits. Quoi, un homme féministe ne saurait donc être capable de mettre ses actes en conformité avec sa pensée, trop conditionné par le fait d’être un homme (par sa nature, donc) ? Quoi, les femmes sont forcément pensée comme soumises (une femme n’a pas de force, elle ne peut pas frapper ou même ne pense pas à la violence face à laquelle elle est démunie, par exemple) et celles-ci ne peuvent que reproduire les schémas dans lesquels on les conditionne ? Bien évidemment, si la deuxième question porte tout l’enjeu du féminisme troisième vague, on pourrait s’attendre  ce que ces deux positions soient peu ou prou validés dans les postulats de l’article. Mais ce ne semble pas être le cas… Alors, que doit-on entendre par « homme féministe » ? Et même qu’est-ce que le féminisme ?

La question de la violence est intéressante, car on ne peut pas nier le nombre de femmes battues et la perte des moyens d’action qui résulte de cet état induit par l’homme. Mais justement, quels mécanismes empêchent la violence en retour ? Et au-delà de la violence sur le moment, quels mécanismes empêchent des recours mettant fin à la situation ? Au moins pour la deuxième interrogation, il s’agit de produire une réponse culturaliste et matérialiste : la culture dominante enseigne qu’une femme doit obéir à son homme, et si celui-ci se met en colère c’est parce qu’elle a fauté dans ses actions ou au moins dans la production d’un environnementqui le détende. Et quand bien même elle serait capable de déconstruire cet imaginaire patriarcal, quels recours peut-elle avoir lorsqu’elle n’a pas la possibilité d’échapper physiquement, matériellement, à une situation qu’elle seule a déconstruite. Par ce simple exemple montrant la femme sans ressource face à la violence (c’est-à-dire même conditionné à son simple rapport présupposé naturellement à la force de l’homme – viril et violent, supérieur par nature), l’auteur invisibilise ce raisonnement (ici simplifié) à la base d’un féminisme de pouvoir. Il parlait de désempowerment ? À ce stade je ne vois que celui du féminisme.

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