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Ce que m’a appris la semaine…

… C’est que le Web offre toujours, à un moment ou un autre, le projet qu’on attend. Ainsi, Wikimédia France à annoncé l’ouverture de son DBpedia à la française (SemanticPedia), permettant ainsi au monde francophone d’espérer dans les prochains mois un saut qualitatifs autant que quantitif des projets sémantiques autour de données libres. Peut-être cette annonce pourra-t-elle avoir un impact sur certains des projets du Centre Pompidou d’ailleurs?! À n’en pas douter, j’aurai l’occasion d’en reparler.

Mais cette semaine, c’est d’une expérience un peu particulière dont je voudrais parler. Peut-on la qualifier d’exceptionnelle?  J’espère que non ; peut-être de prototype ?!
Il s’agit de la première rencontré entre « influenceurs » qui a eu lieu au Centre Pompidou. Ce n’est pas une rencontre isolée puisqu’elle s’inscrit dans la démarche de co-construction si chère aux membres du Service Multimédia. Ce qui la rend si importante à mes yeux, c’est aussi qu’elle marque une volonté forte de l’institution et de ses représentants d’entrer de plain pied dans les cultures du Web.

Pourquoi une telle affirmation?  Cela tient déjà des quelques occasions manquées qui ont précédées celle-ci. Je me souviens par exemple d’un pilotage depuis l’extérieur d’une rencontre qui finalement n’avait pas eu lieu : je reste persuadé que fussent-ils fondés, tous les conseils du monde ne peuvent remplacer une démarche immanente. Car une institution comme la nôtre est plus qu’ailleurs encore mue par ses propres dynamiques. Mais ce sera assurément le sujet d’une autre chronique.
Cette affirmation, donc, je la tiens aussi de ce que j’ai pu observer pendant le petit déjeuner. Et ces observations méritent à elles seules qu’on s’y attarde un peu.

À quelques pas de la grande loge où se tenait notre petit déjeuner, les agents du Centre démontaient le studio de Guy Maddin où pendant le Nouveau festival ont été tournés 10 scénarios « perdus » devant les yeux du public. Est-ce le onzième qui s’est joué devant moi, un scénario que je n’avais pas imaginé?
Globalement, les acteurs étaient assez proches de ce que j’avais pu penser en organisant la rencontre. Avec l’équipe, comme toujours, nous avions veillé à l’équilibre des rôles afin qu’aucun ne se sente seul et puisse dialoguer, pour respecter la complémentarité des points de vue et des expertises. Une partie de l’équipe était là (il ne fallait pas donner l’impression d’être supérieurs en nombre) et la directrice de la communication avait souhaité être présente.
J’imaginais assez bien chacun grignoter une viennoiserie et, un verre de café à la main, palabrer sur sa vision du Web et la conformité à celle-ci de nos projets numériques dont nous aurions distillé des éléments au fil de la conversation. Mais en réalité, l’assemblée était peut-être moins à l’aise et a investi les fauteuils de la salle avant que notre directrice ne prenne la parole.

Nous voulions montrer comment notre projet s’inscrivait dans la lignée de l’esprit du Centre Pompidou. Je crois que cette idée à été bien comprise àla suite de l’intervention de notre directrice (je reviendrai sur le contenu même de ce petit déjeuner dans un autre article). Cette prise de parole était classique, et même si j’ai eu peur du ton qu’elle pourrait donner à la rencontre, il s’est avéré qu’elle fut fort utile et qu’elle a réellement permis de structurer les débats qui ont suivi.
Mais nous voulions avant tout échanger et comprendre comment notre projet, nos orientations futures, étaient perçues avec un regard extérieur. Nous nourrir de ces approches dégagées de toutes contingences internes pour toucher du doigt l’absolu (je plaisante)… Plus sérieusement, pour revenir concrètement aux lignes de forces qui guident notre réflexion. C’est pourquoi nous avons ensuite discuté sur un mode plus informel, en mobilisant d’abord ceux qui étaient proches du Centre, puis en élargissant très vite les thèmes. Les participants sont très vite entrés dans la conversation et si nous n’avons pas été étonnés de ce qui a été dit, nous avons renforcé nos convictions et entrevu de nouvelles façons de percevoir notre propre action.

Ce qui m’a le plus plu, le plus étonné dans cette rencontre, pour parler vrai, c’est que notre institution soit capable à travers les volontés individuelles de ceux qui y travaillent, quel que soit leur poste ou leur fonction, de s’adapter à l’esprit du Web. La chose n’est pas facile, et même si indirectement j’ai alors été moqué par un camarade, je continue comme lors de la Social Média Week parisienne d’affirmer que le Web n’est toujours pas compris par les institutions culturelles car elles ont seulement acquis le fait qu’il leur fallait un site internet, sans même en savoir quoi faire – une différence notable avec les administrations, qui y ont au moins trouvé une fonction de réduction des coûts.

Suis-je trop corporate si je dis ça ? Je pense cependant sincérement que notre institution a depuis quelques années déjà posé les bases. Elle s’est dotée de moyens pour les rendre concrètes. Vient maintenant le temps pour chacun de faire entrer ce concret dans sa pratique. Nous avons tout fait dans la structure de nos projets numériques pour que la transition se fasse en douceur, que l’outil numérique ne soit pas une contrainte supplémentaire. Il faut en effet faciliter la transition vers le numérique à la mesure de l’enjeu de celle-ci : le changement complet de pouvoir qu’il engendre, la destitution de l’institution de son rôle de prescripteur. C’est cela qui est compris, et qui peut faire peur – je le comprends, au-delà même de ceux qui simplement voudraient garder simplement les attribus de leur pouvoir.

Mais ce qui se joue au Centre Pompidou, c’est justement la prise en main par tous les corps de métier, à la tête comme à la base, de ces enjeux dans le respect des philosphiesdu Web. Si notre directrice de la communication voulait être présente, c’était bien pour prendre la mesure de ce qui est nouveau et révolutionnaire dans la démarche numérique du Centre. Il semble normal que notre équipe numérique elle-même soit capable de jauger ces changements et leur impact – quoi que certaines équipes sont encore à la recherche d’une image numérique plutôt que d’une pratique. Il faut noter dans notre histoire, et cela trouve son intérêt dans les structures fortement hiérarchisées, qu’une impulsion est venue d’en haut. Mais ensuite, ce sont bien les projets, rendus concrets au fil du temps, qui ont fait frissonner le corps de notre institution.
En construisant avec chacun les chaînes d’alimentation, en élaborant les projets dans l’échange, l’envie de connaître s’est répandue depuis la base jusqu’à la tête des équipes. En deux ans, l’envie du numérique à remplacé la peur du changement.
Ce petit déjeuner, c’est un nouvel acte de cette pièce. Il n’y a ni destin ni tragique, ni scénario préétabli : il n’y a qu’un travail où, à tout niveau, il ne faut pas se croire maître de son outil mais acteur de l’histoire qu’il va permettre de raconter, ensemble. Les enjeux que porte le numérique sont déjà des enjeux internes, qui dépassent de loin les questions économiques mais interrogent fortement les rapports disciplinaires et hiérarchiques.

Bon, il y a quand même des compétences techniques qu’on ne peut pas remplacer. Là preuve: cette semaine j’ai appris ce qu’était un « nas » !
Et la semaine prochaine? J’ai comme l’impression qu’elle sera baignée de préoccupations éminemment matérialistes… Je vous dirai si c’est le cas!

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